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Attentats de Paris : quels impacts sur l’économie ?

Les Galeries Lafayette du boulevard Haussmann à Parisl, le 14 novembre 2014.
Les Galeries Lafayette du boulevard Haussmann à Parisl, le 14 novembre 2014.
©AP Photo/Jacques Brinon

Deux secteurs pourraient subir les conséquences directes des attentats du 13 novembre : le tourisme et les loisirs. Mathieu Plane, économiste, décrypte la situation.

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Les attentats du vendredi 13 novembre en chiffres :
- 130 victimes de 13 nationalités différentes,
- 352 blessés,
- 6 lieux d'attaques à Paris et Saint-Denis,
- 7 kamikazes morts.

Les conséquences de la vague d'attentats la plus meurtrière de l'histoire de France ne se font pas attendre. Dès le samedi 14 novembre, un mouvement d’annulation des réservations sévit en France, et particulièrement à Paris. Les géants de la réservation de logements en ligne Booking.com et Airbnb confirment, sans être en mesure de donner des chiffres. « Il faut s’attendre à une période difficile » s’inquiète un porte-parole de Booking.com, avant de confier vouloir tout mettre en œuvre pour aider Paris, troisième ville la plus visitée du monde, à retrouver son attractivité. En 2014, le tourisme représentait près de 8% du PIB de la France avec 83,7 millions de visiteurs étrangers.

Dans un communiqué du 17 novembre,  l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), syndicat patronal qui représente le secteur de l'hôtellerie, de la restauration, des cafés et des discothèques en France, a appelé tous ses adhérents à « maintenir ouverts les hôtels, les restaurants, les brasseries, les cafés et les terrasses ». Un appel qui semble avoir été entendu puisque les clients se sont pressés dans les bars et restaurants dans les jours qui ont suivi la vague d'attentats.

Emblématiques pour les touristes, le Printemps et les Galeries Lafayette, boulevard Haussmann, ont vu leur fréquentation baisser de 30% et de 50% depuis les attentats. En visite sur place jeudi 19 novembre, la secrétaire d’Etat à la Consommation, Martine Pinville, s’est voulue rassurante « nous avons à dire à chacun de nos concitoyens qu’ils peuvent se déplacer, aller travailler, ils peuvent consommer, et vivre normalement. C’est le message que nous souhaitons délivrer : la vie continue ».

Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la communication, s’est quant à elle déclarée en faveur de la création d’un fonds d'aide de plusieurs millions d'euros pour les salles de spectacles. La ministre, qui s’est exprimée mardi sur France Culture, a souligné que ce fonds devrait répondre à « la sécurité immédiate » et à « la pérennité de l'activité des petites salles qui ne sont pas forcément assurées pour des annulations » et qui risquent de se retrouver « en difficulté économique ». Suite aux attentats,  U2, Motörhead, Marylin Manson ou encore Soprano ont décidé d’annuler leurs concerts.

Avant la tragique soirée de vendredi, Michel Sapin, ministre des Finances et des comptes publics, annonçait une nouvelle phase de croissance pour la France avec une hausse du PIB d’au moins 1,1% en 2015 et 1,5% en 2016. Au troisième trimestre de cette année, la consommation des ménages a elle aussi progressé de 0,3%.

Quatre questions à Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (Ofce).

Quelles sont les conséquences des attentats de Paris sur l’économie française ?

L’activité économique ne semble pas s’être arrêtée. Nous ne sommes pas dans une situation de blocage du pays et c’est important. L’impact n’est donc pas significatif à ce jour et ne permet pas remettre en cause nos prévisions de croissance, ni celle du gouvernement. Il faut toutefois rester très prudent.

A court terme, le canal du tourisme risque particulièrement de subir les conséquences des attentats de Paris. Mais il est difficile d’en évaluer les dégâts aujourd’hui, compte-tenu du peu d’éléments dont nous disposons. Les annulations de vacances à Paris et en France auront une répercussion négative et seront un manque à gagner certain. Aussi, nous pouvons penser que le secteur des activités de loisir (restauration, spectacles etc.) pourrait être impacté puisqu’il est à la fois lié au tourisme et à l’activité domestique. A ce stade, les dommages potentiels sont difficiles à chiffrer. Il faut plutôt se concentrer sur la perception des attentats à l’étranger pour se faire une idée de l’impact qu’ils pourraient avoir sur le tourisme.

Les fêtes de fin d’année approchent. Les comportements de consommation des Français pourraient-ils changer ?

A priori, les comportements ne seront pas durablement modifiés. L’effet de choc et l’émotion, qui sont totalement compréhensibles, vont peut-être modifier les habitudes des Français pendant deux semaines. Si les choses se normalisent, il n’y a pas de raison que les gens arrêtent de consommer. Par exemple, ce qui n’a pu être acheté pour Noël cette semaine le sera plus tard. Ce sont des effets de report.

En économie, les revenus des ménages sont le déterminant numéro un de leur consommation. Si les Français vont moins au cinéma ou aux spectacles, cela ne veut pas dire qu’ils consomment moins. Ils consomment différemment.

Suite aux attentats de janvier, les comportements de consommations n’avaient pas été modifiés. La consommation avait même connu un rebond de +0,7%. Cela était du à des facteurs macroéconomiques, comme la baisse des prix du pétrole.

Qu’en est-il des marchés financiers ?

A la réouverture de la Bourse lundi 16 novembre, il ne s’est strictement rien passé. Le CAC40 était stable. Il n’y a pas de lien direct entre les attentats et les activités sur les marchés financiers. Ils sont « décorrélés ».

Lundi, François Hollande a déclaré devant le Parlement réuni en congrès que le pacte de sécurité l’emportait sur le pacte de stabilité. Que cela signifie-t-il ?

Au regard de la situation exceptionnelle, le gouvernement va engager des dépenses supplémentaires avec l’embauche de policiers, de militaires etc. Et François Hollande considère que le financement de ces recrutements n’a pas à être compensé par des économies dans d’autres secteurs. La France, avec sa politique étrangère, assume d’une certaine façon la sécurité de l’Europe. Pour autant, ses engagements de Défense ne sont pas déduits de ses déficits…

La trajectoire de 50 milliards d’euros d’économies était fixée vis-à-vis du pacte de stabilité et de la Commission européenne. Cette déclaration est donc une façon de dire à la Commission européenne et à l’Allemagne que le pacte de stabilité ne prendra pas en compte ces nouvelles dépenses et qu’il devrait être moins rigide.