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Au Brésil, la violence urbaine reste une préoccupation quotidienne  

En Amérique du Sud, le Brésil se place en sixième position sur l'échelle des pays les plus violents. L'insécurité urbaine est un lourd dossier qui attend le futur chef d'État brésilien. Localement pourtant, des initiatives naissent et les conditions de vie des habitants des favelas s'améliorent.

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La favela de Rocinha à Rio (© chensiyuan)
La favela de Rocinha à Rio (© chensiyuan)
C´était à la fin du mois d´août, à l'hôtel Intercontinental de Rio de Janeiro : suite à un affrontement armé avec des policiers dans la favela de Rocinha, des bandits se retranchaient dans le luxueux palace voisin, retenant 35 personnes en otages, pour se protéger. Finalement, tous les vacanciers furent relâchés, sans plus de violence.
Dans une ville qui voudrait accueillir, en 2016, « les meilleurs Jeux Olympiques jamais organisés » comme l'a promis le président Lula au CIO, le défi qu'impose la violence est grand. L' État de Rio de Janeiro reste l'un des plus dangereux du Brésil.

La sécurité publique, ou plutôt l'insécurité urbaine, est un lourd dossier qui attend le futur chef d'État brésilien. Les deux mandats du président Lula n'ont pas réussi à transformer des statistiques qui restent inquiétantes : même « stabilisé », le taux de morts violentes avoisine 25,2 pour 100.000 habitants, en sixième position parmi les pays d'Amérique du sud.
Des initiatives ont cependant été prises pour infléchir les chiffres, et une tendance à la baisse apparaît dans les grandes villes du pays. Des initiatives plutôt locales, car au niveau national, il n'y a pas eu de politique ou de plan sécuritaire.

Tout a commencé avec l'adoption, au Congrès, d'un nouveau statut du port d'armes, appliqué parallèlement à une campagne de désarmement. Une indemnisation était versée à ceux qui rendaient, anonymement, leur pistolet, leur carabine, leur mitraillette ou la grenade enfermés dans l'armoire. L'Institut Sangri de Sao Paulo constate un grand impact de la campagne, même si l'interdiction du port d'armes pour tous, a échoué en référendum.

Et puis, au niveau local : à Sao Paulo, les autorités se sont mises à mieux former les policiers, à créer des sites et des numéros d'appel gratuit de dénonciations, à divulguer des photos de criminels sur Internet. Des petites villes proches ou des cités de banlieue de la mégapole ont, elles, imposé la fermeture des bars, la nuit.

À Rio de Janeiro, la pacification des bidonvilles lancée fin 2008 a remporté un succès impressionnant. Au point de devenir une référence, grâce à des résultats convaincants : 20% d'homicides en moins au premier semestre 2010.

POLICE DE PROXIMITÉ DANS LES FAVELAS

Dans des « territoires » abandonnés à des gangs de trafiquants surarmés, qui dictaient leur loi et sentences de mort, la police est entrée. D'abord pour saisir les armes, puis pour chasser les caïds, enfin pour laisser patrouiller les hommes des UPP : des Unités de police de proximité, chargées de rétablir la confiance des habitants des zones défavorisées, assimilés aux bandits qui les menaçaient aussi.

Favela pilote, Santa Marta, dans le quartier résidentiel de Botafogo. La police communautaire, dirigée par une jeune femme, a engendré la paix. Plus d'homicide, plus d'affrontements armés, alors que l'État est venu avec des programmes sociaux, des assistantes sociales, des installations d'égouts et d'électricité aux normes, la connexion Wi Fi gratuite, le remplacement des masures en bois branlantes, et l'installation d'un funiculaire. Des touristes se baladent librement à Santa Marta depuis plusieurs mois.

Une dizaine de favelas sont déjà pacifiées à Rio, et dans deux ans, 210.000 personnes devraient bénéficier des UPP. Actuellement un tiers des deux millions d'habitants de Rio vivent dans une favela.

En visite ce week-end à Cantagalo, favela qui domine Ipanema, la candidate du Parti des travailleurs a vanté les résultats obtenus. « Ce programme doit servir de modèle dans tout le pays, car nous avons démontré ici qu'améliorer la vie d'une communauté pauvre bénéficie à la ville entière » a déclaré Dilma Rousseff, la grande favorite pour succéder à Lula.

Avant son arrivée au pouvoir en 2003, Lula arguait que la diminution de la violence passait par la réduction de la misère et des créations d'emplois. Huit ans plus tard, 28 millions de Brésiliens sont sortis de la misère, 14 millions d´emplois ont été créés. Mais les morts violentes fauchent encore beaucoup trop de Brésiliens, surtout parmi les hommes jeunes.