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Audrey, Blandine, Olivia et Rudy... blog-trotteurs en fauteuil roulant

Audrey, Blandine, Olivia et Rudy considèrent que le fauteuil roulant n'est pas un frein à leurs voyages partout autour du monde. 
Audrey, Blandine, Olivia et Rudy considèrent que le fauteuil roulant n'est pas un frein à leurs voyages partout autour du monde. 
©captures d'écran de leurs sites internet.

Si pour certains, cela relève de l’exploit, pour eux, c’est devenu une évidence de parcourir le monde en fauteuil roulant. Leurs voyages, racontés sur leurs blogs, mettent en avant les problèmes d’accessibilité qui perdurent et les efforts qui sont parfois faits. Rencontres avec ces jeunes handivoyageurs.

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Ils sont handivoyageurs, voyageurs en fauteuils roulants. Une maladie ou un accident leur a fait perdre l’usage complet de leurs jambes. Pas question pour autant d’arrêter de rêver, d’avancer, de bouger et surtout de voyager ! 

Pour tous, le fauteuil n’est pas un frein à l'envie d’aller voir ailleurs. 

A deux ou en solo, ils se lancent à l’assaut du monde sur quatre roues. Rien n’est simple, pourtant, et partir demande parfois beaucoup d’organisation en fonction de la situation de handicap de chacun. 

Alors ils racontent leurs (més)aventures sur leurs blogs, et tous soulèvent un problème récurrent : l'accesssibilité. Leur hantise à tous : l'acheminement de leur fauteuil sans encombre jusqu’à destination, ou l'accès aux toilettes... tout simplement. Leur but commun : partager leurs expériences, les bonnes surprises, mais aussi les aléas du quotidien en itinérance, pour livrer les bons plans et les astuces afin de voyager en fauteuil roulant en France, en Europe et même au bout du monde.

Audrey, Blandine, Olivia et Rudy détaillent tout dans leurs récits, pour aider à se préparer les prochains handivoyageurs qui voudraient se lancer dans l’aventure. Témoignages de ces guides hors pair. 

Les deux frères 

Eux voyagent entre frères. L’un est en fauteuil, l’autre non. Rudy Choron, 26 ans, est atteint d'une myopathie rare, la dystrophie musculaire de Becker. A 19 ans, il a dû se résoudre à adopter un compagnon d'infortune à quatre roues "ses jambes", précise-t-il. Son fauteuil électrique qui lui assure une certaine autonomie en déplacement. Mais tout dépend des lieux… bien sûr. Son frère, Julien 33 ans, attentionné, prévenant, aimant, aidant, pare aux besoins de son frère lors des voyages et assure à ses côtés tous les gestes du quotidien. 

Julien part régulièrement en voyage avec son frère Rudy qui se déplace en fauteuil roulant électrique. 
Julien part régulièrement en voyage avec son frère Rudy qui se déplace en fauteuil roulant électrique. 
©Handi Lol


Entre eux, une même énergie hyperpositive qui mettrait de bonne humeur les plus pessimistes. Ils en ont fait un mode de vie pour affronter le handicap "ça a toujours été notre état d'esprit", souligne Rudy. C’est aussi le nom de leur blog " Handi lol " ("lol" pour "laughing out loud", rire aux éclats) qui aborde le handicap moteur avec bonne humeur et sans fatalisme. Parce qu’il faut vivre avec et améliorer le quotidien au maximum. Alors pourquoi pas le voyage ? 

Le premier voyage en duo ce sera Venise ! Julien devait y partir avec un ami. " Je n’aurais jamais pensé emmener Rudy avec moi. Puis, par hasard, je suis tombé sur une collection de guides qui prenaient en compte les difficultés en voyage pour les personnes à mobilité réduite. Il expliquait comment éviter les obstacles quartier par quartier à Venise. Alors on s’est lancés. L’année suivante, on a fait Barcelone. " Puis Amsterdam, Athènes, Bruxelles, Florence, Lisbonne..." Avant le premier voyage, je ne pensais pas du tout pouvoir autant voyager, confie Rudy. Dès le premier séjour à Venise, avec tous les obstacles dans la rue, les ponts... Je ne pensais pas pouvoir y aller. Il fallait en passer par là pour se rassurer.

A chaque retour de leurs pérégrinations en Europe ou en France, ils partagent leurs aventures sur leur site internet en prodiguant une multitude de détails essentiels pour partir sereinement en fauteuil. Ainsi après leur séjour à Venise (noté 3,4/5 sur leur site), ils expliquent quel fauteuil roulant ils ont utilisé, quel bus adapté prendre depuis l'aéroport, si les commerces sont accessibles, l'état de la voirie, s'il y a des toilettes publiques pour les personnes à mobilité réduite... 

Quelques images extraites du descriptif fait par Rudy et son frère sur leur voyage à Venise. 
Quelques images extraites du descriptif fait par Rudy et son frère sur leur voyage à Venise. 
©Handi lol


Autant d'informations qui sont le fruit de leur expérience, mais aussi de longues recherches à chaque fois avant le départ. 

"De manière générale, l’hébergement, c’est une catastrophe encore aujourd’hui, explique Julien. C’est le plus difficile à trouver dans notre organisation de voyage. Parce qu’accessible ne veut pas dire adapté ! Un hôtel est dit accessible parce qu’il y a une entrée de plain-pied dans la rue, un ascenseur qui va au 10e étage de la chambre adaptée. Mais parfois tu ne peux pas circuler autour du lit, ni avoir accès à la penderie parce que la tringle est trop haute. Si tu n’as pas d’espace de rotation dans la salle de bain pour faire demi-tour avec ton fauteuil, et pas d'espace de transfert à côté des toilettes ou de la douche, à supposer qu’il y ait bien une douche italienne... Tout devient très compliqué." Il ajoute : "En ville, les principaux problèmes sont : la voirie qui nous contraint parfois à rouler sur la route à côté des voitures  et l’accessibilité aux commerces. En moyenne, 50 % des commerces sont accessibles."

Autre gros problème quand les deux frères se déplacent : l'accès aux toilettes publics difficiles à trouver. " Rares sont les villes qui ont des toilettes publiques adaptées, constate Rudy. Le mieux ça reste les musées ou les lieux culturels."

Pour les deux frères, leur blog représente aussi une manière de militer pour plus d'accessibilité partout. Même en France, où une loi de 2005 définit des obligations de mise aux normes. Dix ans après, elle n'a pas toujours été entièrement respectée. En voyage, avec les législations différant d'un pays à l'autre, il faut s'adapter. Alors que ce serait plutôt aux villes de s'adapter...

Et chacun de réclamer plus d'accessibilité, non seulement pour les personnes en fauteuil, mais aussi pour les personnes âgées, pour les parents avec une poussette, pour les gens avec le pied dans le plâtre... 

"Passer dans les médias, c’est bien, explique Julien. On gagne quelques followers sur nos réseaux sociaux et on reçoit de gentils messages. Mais moi, ce que je veux, c’est qu'on oeuvre au quotidien, appeler la mairie, par exemple, quand un trottoir est trop haut. Aujourd’hui les réseaux sociaux, c’est parfait, parce qu’on balance une photo sur Twitter et ça fait son effet." A bon entendeur. 

Leur classement 

TOP 3 des meilleures villes en France:
1- Bordeaux
2- Lyon
3- Montpellier

TOP 3 des meilleures villes en Europe
1- Barcelone
2- Vienne
3- Berlin

TOP 3 des pires villes en Europe
1- Lisbonne
2- Athènes
3- Bruxelles

Les globe-trotteuses en solo

Comme eux, Blandine, 24 ans, apporte conseils et bonne humeur sur son blog "Mille découvertes sur 4 roulettes" en racontant ses aventures en solo dans le monde entier. Son but ? "Aborder le thème du handicap, encore trop souvent méconnu, sur un ton plus léger. Car quand on est blonde, belge et handicapée, mieux vaut avoir le sens de l’humour." Le ton est donné.  

Cette jeune femme qui se déplace en fauteuil roulant électrique depuis 3 ans et demi, a décidément le goût du large. A 17 ans, elle part un an aux Etats-Unis. Puis les destinations s'enchaînent : "Andalousie en 2010, Toscane en 2011, road-trip d’un mois dans l’Ouest américain en 2012, Erasmus de 3 mois en Ecosse en 2013, Floride en 2014,…un tour d’Europe en train." A l'été 2015, elle réalise seule un périple de 40 jours à travers 14 pays différents. En ce moment, elle réalise un autre rêve, un autre défi, tout simple... un tour du monde en solo.

Après le Japon, la Chine, la voici en Nouvelle-Zélande. Les internautes peuvent suivre son périple sur sa page Facebook, agrémentée de superbes photos et de récits sur les pannes de fauteuil, les bonnes surprises des logements, mais aussi les rencontres qu'elle fait au gré de ses déplacements. Plus que les conseils de voyages qu'elle dispense, Blandine nous fait part des moments partagés avec des inconnus.  

Blandine raconte sur son blog "
<p>Sans hésiter, Peter et Bessie. J’ai eu une chance incroyable de les rencontrer lors de ma première journée à Pékin. Ils m’ont invitée au restaurant, et quelques jours plus tard, ils m’ont emmenée voir la Grande Muraille. Des gens aussi généreux et bienveillants, c’est des perles rares. Je suis toujours en contact avec eux, et je compte bien les revoir le jour où je reviendrai à Pékin (car c’est sûr, j’y reviendrai !)."</p>
Blandine raconte sur son blog "

Sans hésiter, Peter et Bessie. J’ai eu une chance incroyable de les rencontrer lors de ma première journée à Pékin. Ils m’ont invitée au restaurant, et quelques jours plus tard, ils m’ont emmenée voir la Grande Muraille. Des gens aussi généreux et bienveillants, c’est des perles rares. Je suis toujours en contact avec eux, et je compte bien les revoir le jour où je reviendrai à Pékin (car c’est sûr, j’y reviendrai !)."

©Mille découvertes sur 4 roulettes /Blandine

"À part quelques rares petits soucis d’accessibilité, et des difficultés évidentes de communication, mes trois semaines dans l’Empire du milieu se sont passées 'comme sur des roulettes'. Quand un endroit n’était pas accessible, les Chinois se précipitaient pour m’aider. Et même si toute communication orale était impossible, ils comprenaient toujours que j’avais besoin d’un coup de main", raconte-t-elle sur son blog

©Mille découvertes sur 4 roulettes /Blandine

Je suis blogueuse, voyageuse en fauteuil roulant. 

Audrey Barbaud, 26 ans

Une autre jeune femme n'hésite pas à embarquer à bord d'un avion pour parcourir le monde. Audrey Barbaud, 26 ans, est " blogueuse, voyageuse, globe-trotteuse en fauteuil roulant". Atteinte d’une maladie génétique, elle utilise un fauteuil roulant électrique depuis l’âge de 9 ans, mais "marche malgré tout un petit peu pour les courtes distances".

Audrey Barbaud, 26 ans, ici lors d'un voyage à Bangkok. 
Audrey Barbaud, 26 ans, ici lors d'un voyage à Bangkok. 
©Hobography.net


A 21 ans, c’est une relation amoureuse malheureuse qui la pousse à prendre le large. "J’avais besoin de me retrouver, me recentrer sur moi-même. Je suis partie au Royaume-Uni où je n’avais réservé que les deux premières nuits en auberge de jeunesse. Tout s’est très bien passé et cela a été une bonne découverte pour moi de me retrouver toute seule dans un pays étranger, d’être confrontée à tous les problèmes que cela engendre de voyager en solo et en plus… en fauteuil roulant !" 

En fonction de son handicap, du fauteuil (manuel, électrique) utilisé, et donc des besoins de chacun, difficile de trouver toutes les informations nécessaires avant le départ. "On ne peut pas toujours s’identifier à ce que l’on trouve comme information, c’est pour cette raison que mon blog est né. Pour partager mes expériences afin qu’elles soient utiles à d’autres. Je veux aussi montrer que l'on peut faire plein de choses même si on a une différence et un handicap. Oui, on peut s’épanouir par un voyage. Je ne vais pas  dire que tout va bien, mais ça va pas mal quand même. "

La recherche d’informations varie en fonction des destinations. Aux Etats-Unis, "l’information sur l’accessibilité est facile à trouver, soit directement sur le site du lieu que vous voulez visiter ou sur les sites institutionnels."

Pour elle, le plus grand stress, c’est la casse de fauteuil : "C’est la partie du voyage qui m’inquiète le plus, parce qu’ils n’en prennent pas toujours bien soin. Selon les compagnies, ça reste parfois assez flou, la façon dont ils mettent le fauteuil en soute, comment il est conditionné. Cela reste une inconnue la manière dont on va le récupérer à l’arrivée. Dans le meilleur des cas, il a une rayure ou un cale-pied un peu démonté, ou bien le fauteuil est inutilisable."

Tout un chacun doit être libre de pouvoir se déplacer, d’être libre comme n’importe qui. 

Audrey Barbaud.

Autre grosse problématique en voyage : les toilettes, encore ! "Que ce soit dans l’avion ou dans certains trains, ils apposent le petit logo bleu du fauteuil, mais on se demande pourquoi. On se dit que l’on se fiche un petit peu de la tête des personnes qui sont en fauteuil, parce que concrètement on ne peut pas rentrer complètement dedans avec un fauteuil. Ou la porte s’ouvre de l’intérieur, donc impossible de la refermer. Parfois, ils manquent beaucoup de bon sens dans les installations."

Pour elle, en général, il reste encore beaucoup à faire en terme d'accessibilité. "Tout un chacun doit être libre de pouvoir se déplacer, comme n’importe qui."

L’aventurière et sa complice

Une autre voyageuse a décidé de pousser l’aventure un peu plus loin. Olivia Wattinne a 31 ans. Un accident l’a rendue tétraplégique. A force de rééducation, elle a recouvré l’usage de ses membres supérieurs. Aujourd’hui, elle se déplace en fauteuil mécanique. "Depuis deux ans, je peux me mettre debout et marcher un peu. Je ne suis pas stable, il faut que je sois entre des béquilles ou entre deux personnes. Je peux monter quelques marches. Et puis après, je peux me débrouiller sur les fesses.

Plus déterminée que jamais, elle veut terminer un voyage commencé quand elle n’était pas encore en fauteuil, en Amérique latine. Direction l’Argentine, le Chili, le Pérou, la Bolivie pour un voyage original. Grâce au financement participatif, les internautes feront aussi partie du voyage en apportant une participation et/ou en lançant des défis à cette handivoyageuse, véritable baroudeuse et amatrice de sports extrêmes. 

Je sais que ça va réveiller cette passion de liberté intense que j’ai eu la chance de connaître longtemps avant mon accident.

Olivia Wattinne


Comme Rudy, Olivia part accompagnée d’une comparse : Héloïse Lancesseur, 31 ans également, qui l’a aidée en étant un temps son auxiliaire de vie. Moins téméraire, plus angoissée, mais campée sur ses deux jambes, elle forme avec Olivia un duo complémentaire. Toutes deux vont s’entraider pendant le voyage. 

Olivia et Héloïse veulent faire participer les internautes à leur projet "We wheel rock you"
Olivia et Héloïse veulent faire participer les internautes à leur projet "We wheel rock you"
©capture du site internet We wheel rock you.


L’idée ? Partir à l’aventure, louer une voiture et filer sur la route en fonction des défis à relever. Le tout raconté dans un blog "We wheel rock you". "L’idée, ce n’est pas de chercher les lieux qui sont accessibles. Mais on les cherchera aussi pour proposer des bons plans à partager." Mais surtout : "On a envie de montrer que, concrètement, avec un peu de bonne volonté et en n'hésitant pas à demander de l’aide, on peut tout faire. Les gens sont prêts à aider. 


Préparer ce périple dont le départ est prévu pour mars/avril 2017 ne va pas sans une appréhension pour Olivia : "Dans tous les voyages que j’ai fait depuis que je suis en fauteuil, des endroits restent inaccessibles. Cela créé une frustration difficile à gérer. Même si en général, quand on a un accident, on fait le deuil de quelque chose et l'on travaille là-dessus... Forcément, avec le fauteuil roulant, il y aura des endroits auxquels on n’aura pas accès pendant le voyage. Mais on essaiera de trouver des moyens alternatifs pour le faire que ce soit à dos d’âne, de cheval… Toujours essayer de trouver des solutions pour contrecarrer ce blocage du fauteuil roulant. 

Mais je sais que ça va réveiller cette passion de liberté intense que j’ai eu la chance de connaître longtemps avant mon accident. Se retrouver confrontée à ça, je sais que ça va être difficile à certains moments. Mais ça fait partie du jeu.
"

Des héros ordinaires ? 

Audrey, Olivia et Rudy, ont un même leitmotiv : ce ne sont pas des héros d’un quotidien peu ordinaire qui forcent l'admiration de beaucoup. 

Souvent, dans le monde du handicap, on met en avant des sportifs de haut niveau, des gens qui entreprennent des choses bluffantes.

Olivia Wattinne

"On veut montrer que l’on n’est pas un super héros pour faire tout ça, souligne Olivia. Souvent, dans le monde du handicap, on met en avant des sportifs de haut niveau, des gens qui entreprennent des choses bluffantes. Mais ce n’est pas parce qu’on est handicapé que l’on doit être un super héros. On veut montrer que l’on peut le faire nous aussi !"

Réaliser tous ces voyages, ce n'est pas non plus pour "surmonter le handicap". "Si je voyage, que je fais de la voile, du parapente, de la plongée, c’est aussi par goût, martèle Audrey. Ce que je fais, ce n’est pas pour dépasser quoi que ce soit, mais c’est parce qu’avant tout ça me plaît. Quand on a une passion, on se bouge pour la vivre."