Autorisation du glyphosate : l'Union européenne, soutien de Monsanto ?

L'herbicide RoundUp, produit phare de Monsanto est à base de glyphosate. Le RoundUp est considéré comme cancérogène par l'Etat de Californie depuis mars 2017, mais toujours pas par l'Union européenne. (AP Photo/Reed Saxon)

L'autorisation du glyphosate doit être votée en octobre 2017 pour une prolongation de 10 ans par les pays membres de l'Union européenne. Une récente étude indique que cette molécule, principal agent actif des herbicides, est présente dans de nombreux aliments. Dans le même temps une enquête vient de démontrer que le rapport de l'UE soutenant la non-dangerosité du glyphosate est un copié-collé d'une étude de Monsato, le géant de l'agrochimie.

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L'ONG environnementale "Génération future" a testé la présence de glyphosate — la matière principale active des pesticides (dont font partie les herbicides) — dans l'alimentation. 30 produits alimentaires, des céréales, pâtes alimentaires, légumineuses sèches, ont été achetés en supermarché par l'ONG. Plus de 53% de ces aliments, en moyenne, contenaient des traces de glyphosate.

 Résultat des tests de Générations Futures sur 30 aliments

Le glyphosate est soupçonné d'être un perturbateur endocrinien tout comme le bisphénol, présent dans de nombreux produits de la vie courante. Le Centre international de recherche sur le cancer (IARC), affilié à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a conclu en 2015 que le glyphosate contenu dans les pesticides était un "cancérogène probable pour l'humain" (groupe 2A). L'Union européenne aurait pu alors empêcher le renouvellement de l'autorisation du glyphosate à partir de ces conclusions, en 2016, puisque ses propres réglementations interdisent l'utilisation de pesticides lorsqu’ils sont considérés comme cancérogènes "certains ou probables". Mais cela n'a pas été le cas,

Le rapport de l'UE recopie une étude de Monsato

Alors que le rapport de l'IARC, basé sur des études scientifiques indépendantes, classait le glyphosate en "cancérogène probable", l'Union européenne publiait, à sa suite un rapport inverse indiquant que cette substance n'était pas dangereuse pour l'homme. Des scientifiques, des defenseurs de l'environnement, sont depuis lors vent debout contre ces conclusions.


L’ICE : Initiative Citoyenne Européenne contre le glyphosate (extrait du site de l'ONG Générations Futures)

Plus de 60 ONG européennes sont engagées dans cette initiative. En France nous sommes aujourd'hui 14 ONG à soutenir l'ICE, dont Générations Futures. Première étape franchie En juin, cette ICE a atteint les exigences fixées par l’UE et ce en moins de cinq mois (un nombre minimum de signatures dans au moins 7 états membres différents – La France ayant dépassée son quota – le tout devant atteindre le million de signatures). A l’heure actuelle plus d’un million trois cents mille citoyens de l’UE ont signé l’ICE dans les 28 États membres de l’UE. Les différents pays sont en train de vérifier les listes de signataires pour pouvoir les certifier et les présenter à la Commission européenne qui devra légalement répondre aux demandes des Européens. A l’heure actuelle le Luxembourg, l’Espagne, la Hollande, la Hongrie et la Belgique ont déjà certifié leurs signatures. Les autres pays qui ont eu leur nombre de signatures, dont la France, sont en cours d’analyses des listings de signatures (pour mémoire, la France a atteint son seuil de 55 500 signataires durant le printemps). Pour continuer de signer : http://www.generationsfutures.fr/glyphosate/signez-ice/

Une autre étude, en 2016, mais cette fois ci de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) et de l'OMS est venue contredire celle du Centre international de recherche sur le cancer — pourtant lui aussi affilié à l'OMS — et qui a conclu… que le glyphosate n'était "probablement pas cancérogène".

Suivent alors les rapports de deux agences sanitaires européennes, avec des conclusions toujours opposées à l'IARC. l'EFSA (Agence européenne de sécurité alimentaire), tout comme ensuite l'ANSES française (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation de l'environnement et du travail) concluent en 2016 que : "Le niveau de preuve de cancérogénicité chez l'animal peut être considéré comme limité (…) la matière active n'est pas classée comme "cancérigène probable ". Ces agences se basent en majorité sur des études  fournies par… les industriels de l'agrochimie, dont la multinationale Monsanto, et ne considèrent pas les études univesritaires comme valides, selon l'ONG Générations Futures. Etonnant. 

Extrait du rapport de Génération Futures sur les méthodes des agences européennes :

Le récent rapport 3 publié par Global 2000 (résumé en français) et écrit par le toxicologue Dr. Peter Clausing a révélé que les autorités européennes (le BfR, l’EFSA et l’ECHA) ont violé leurs propres règles en dissimulant des preuves de la cancérogénicité du glyphosate pour pouvoir conclure à sa non dangerosité ! Elles l’ont fait en laissant de côté des preuves de cancers sur des expérimentations animales et en violant des directives et lignes directrices habituellement supposées guider leur travail. Le rapport montre pour la première fois que le glyphosate aurait pu être classifié comme cancérogène selon les standards européens actuels. Cela aurait permis une interdiction automatique d’après la législation européenne en matière de pesticides. Cependant, les autorités européennes ont préféré passer à côté de ces standards, ce qui leur a permis d’arriver à la conclusion que le glyphosate n’est pas cancérogène.

En juillet 2017 la Commission européenne indique qu'elle est toujours favorable à un renouvellement de l'autorisation du glyphosate et souhaite que les membres de l'UE votent celui-ci les 5 et 6 octobre. L'autorisation du glyphosate n'est en effet valable que jusqu'au 15 décembre 2017. Mais un problème important vient de jeter la suspiscion sur la Commission : une enquête publiée sur le site de RMC révèle le 15 septembre 2017, que plus de 100 pages du rapport de l'Union européenne de 2015 — particulièrement la partie favorable au glyphosate — sont en réalité un copié-collé d'une étude de 2012… de la firme Monsanto, le plus gros vendeur de pesticides au monde. L'Union européenne et ses agences de sécurité alimentaire se baseraient donc sur les démonstrations des industriels pour décider de la nocivité des pesticides vendus par ces mêmes industriels ? Au point de recopier leurs études ? Un constat fort génant.

Le RoundUp au centre des préoccupations européennes

L'herbicide le plus vendu au monde est le RoundUp, produit phare de la firme Monsanto, dont la seule vente représente 30% de son chiffre d'affaire. Les grands syndicats de l'agro-industrie soutiennent la firme productrice du RoundUp, tout comme les pesticides issus de l'agro-chimie en général : la crainte des agro-industriels réside dans une potentielle baisse des rendements des terres induisant une plus faible production, si les produits contenant du glyphosate venaient à être interdits. Le modèle d'agriculture européen, intensif, industriel, est basé sur la monoculture d'où découle une hyper-dépendance aux herbicides. Le RoundUp tient une place de choix dans le palmarès de ces produits phytosanitaires agricoles, toujours incontournables sur le vieux continent.

Monsanto milite depuis des années pour prouver que son herbicide n'affecte pas la santé humaine, fortement soutenu par les représentants des lobbies agrio-industriels, affirmant qu'il est parfaitement normal et sans danger de continuer à arroser les cultures agricoles de produits à base de glyphosate. Aux vues des enjeux commerciaux pour la firme, ce lobbying est compréhensible, mais il l'est plus difficilement de la part des autorités sanitaires et des décideurs des États membres de l'Union. L'Union européenne ne serait-elle pas prête à obliger ses producteurs agricoles à changer de modèle, trouver d'autres méthodes, modifier leurs habitudes, tout en se garantissant des quantités équivalentes de matières premières agricoles mais sans risquer la santé des populations ? Le copié-collé de l'étude Monsanto sur les 100 pages du rapport européen de 2015 semblent indiquer une réponse négative. 

Danger ou non pour la santé ?

Les taux de glyphosate trouvés dans les aliments testés par Génération Future sont en dessous des seuils tolérés par l'Europe, ce qui pourrait laisser penser que leur ingestion est sans conséquence sur la santé, surtout si l'on écarte l'étude du Centre international de recherche sur le cancer de l'OMS et que l'on ne retient que les 3 autres, tout en admettant que leurs concluions ne sont pas biaisées. La réalité est plus complexe, puisque si la quantité de glyphosate ingérée pour un seul aliment est faible et en dessous des normes acceptables, elle va s'accumuler au cours du temps dans le corps humain. 
Extrait de l'enquête de Générations Futures au sujet des quantité de glyphosate dans le corps
"On estime qu’environ 1/3 du glyphosate ingéré est absorbé par le corps, le reste demeurant dans le tractus gastro intestinal. 99% du glyphosate absorbé est ensuite rejeté dans les urines", indique Générations futures dans son enquête. Une partie conséquente de cette molécule s'accumule donc dans l'organisme, avec pour conséquences sur la durée, des problèmes de santé : si l'Union européenne refuse toujours de considérer la dangerosité du glyphosate, l'État de Californie, en mars 2017, a lui reconnu le glyphosate comme cancérogène. Monsanto a décidé de porter plainte contre l'Etat de Californie…

Au final, la France, par la voix de Nicolas Hulot, ministre de l'écologie soutenu par le premier ministre Edouard Philippe a annoncé fin août qu'elle voterait contre la proposition de renouvellement du glyphosate de la Commission. Il semble que la deuxième économie d'Europe et fleuron agricole du vieux continet ait une position d'arbitre lors de ce vote, puisque une majorité qualifiée à 55% des États membres — représentant 65% de la population de l'Union — est requise pour autoriser encore le glyphosate ou le stopper. Sachant que le rapport favorable au glyphosate n'a pas été écrit par les décideurs européens mais en grande partie par Monsanto, il sera alors peut-être difficile pour les pays pro-glyphosate de renouveler l'autorisation ?