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Aux Etats-Unis, polémique autour du joueur Colin Kaepernick

Le joueur Colin Kaepernick a fait scandale en refusant de se lever lors de l'hymne national avant un match de football américain, le 26 août 2016.  <br />
Le joueur Colin Kaepernick a fait scandale en refusant de se lever lors de l'hymne national avant un match de football américain, le 26 août 2016.  
©AP Photo/Tony Avelar

En refusant de se lever pendant l’hymne national, le joueur de football américain des San Francisco 49ers a suscité de nombreuses critiques, questions et soutiens dans un pays très attaché à ce symbole patriotique. Son geste visait avant tout à protester contre l’oppression dont la communauté noire est souvent victime aux Etats-Unis.

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« Je ne peux pas montrer ma fierté devant le drapeau d’un pays qui oppresse les noirs et les gens de couleurs », a déclaré Colin Kaepernick samedi 27 août, au lendemain du match qui opposait son équipe, les San Francisco 49ers aux Green Bay Packers (Wisconsin).

La veille il s'est fait remarquer au moment où l’hymne national américain retentissait dans le stade avant le début du match ce vendredi 26 août. Supporters, entraîneurs, joueurs se lèvent pour entonner le chant. Tous, sauf Colin Kaepernick qui a décidé de rester assis sur sa chaise en signe de protestation contre les violences et l’oppression dont est régulièrement victime la communauté noire américaine. 
 
« Ce problème dépasse le football américain, cela serait égoïste de ma part de détourner le regard, il y a des gens qui meurent dans le rues et d’autres qui tuent et qui échappent à des punitions », ajoute-t-il.  
 
Le joueur métis élevé par une famille blanche fait référence aux nombreuses victimes noires des violences policières perpétrées dans le pays. Des violences contre lesquelles il s’élève régulièrement sur son compte Twitter personnel sur lequel il défend le mouvement "Black Lives Matter" et s'oppose aussi contre le mouvement raciste de suprémacisme blanc américain. 
 
 

Critiques et soutiens

Dans un communiqué, son club lui assure son soutien au nom notamment du Premier amendement de la Constitution américaine qui assure la liberté d’expression à chacun : « Nous reconnaissons le droit de tout individu de choisir de participer, ou non, à la célébration de notre hymne national ». 
 
Sur les réseaux sociaux, son geste a été diversement accueilli. Pour certains Américains, toucher à l’hymne - symbole patriotique par excellence - reste tabou, comme pour cet ancien footballeur américain Jerry Rice. 
 

["Chaque vie compte. Tant de choses se passent dans le monde aujourd’hui. Ne pouvons-nous pas juste s’entendre. Colin, je respecte ta position mais ne manque pas de respect au drapeau." ]

Certains Américains ont appelé la Ligue nationale de football américain (NFL) à suspendre le joueur. Et des internautes ont posté des vidéos d’eux en train de brûler son maillot. Le candidat républicain à la présidentielle, Donald Trump a qualifié « d’exécrable » le geste du joueur à qui il conseille de « chercher un pays mieux adapté ». 
 
D’autres ont affiché, au contraire, leur soutien. 
 

["Malcolm X serait fier de Kaepernick."

 

Noirs vs blancs?

Le geste de Kaepernick dérange parce qu'il invite le politique, les problèmes de la société américaine dans la sphère sportive vue avant tout comme un divertissement.

Le magazine américain Rollingstone souligne dans ses colonnes que si le geste soulève autant de critiques c’est parce qu’on attend d'un noir qu’il joue uniquement au football pas qu'il exprime un point de vue politique. « La majorité des joueurs de la NFL sont noirs, alors que les fans de la NFL sont à 83% blancs et à 64% des hommes. Ces gens qui paient d’énormes sommes d'argent pour voir les corps de ces hommes noirs battus sur le terrain. Tant qu'ils courent et taclent, qu’ils gardent leurs casques et leurs bouches fermées, ils sont acceptés par le grand public blanc. Toutefois, lorsque les athlètes noirs choisissent de signaler leur agressivité non pas vers l'autre, mais à de plus grandes inégalités systématiques, c’est là qu'arrivent les réactions violentes. »

Le magazine ajoute aussi : « Les blancs veulent que les minorités montre leur allégeance au drapeau et qu'ils se lèvent pour l'hymne national parce qu'alors cela renforce la fausse croyance que tout le monde est égal et uniformément protégé par la loi et la Constitution. (...) Ils sont encouragés à oublier que la création du drapeau s'est faite lorsque les Afro-Américains étaient encore esclaves et que dans la version complète de l'hymne national le texte condamnait les esclaves qui cherchaient à se battre avec le peuple britannique pour atteindre la liberté .» Quand l'histoire rattrape le présent. 
 

Les sportifs porte-paroles

Le geste symbolique de Kaepernick dans le cadre sportif s’est mué en position contestataire politisée révélatrice d’une nation toujours divisée. Si une partie de l’opinion s’insurge encore aujourd’hui, ce n’est pourtant pas la première fois qu’un sportif métis ou qui se revendique noir, agit ainsi. 
 
Le boxeur légendaire Mohamed Ali avait été vivement critiqué après avoir refusé de ne pas aller combattre au Vietnam. Il lui en avait coûté plusieurs années pauvres de sa carrière. 
 
Les athlètes Tommie Smith et John Carlos lors des JO de 1968 à Mexico. 
Les athlètes Tommie Smith et John Carlos lors des JO de 1968 à Mexico. 
©AP Photo/File
Beaucoup ont aussi en mémoire les poings gantés et brandis vers le ciel des athlètes noirs Tommie Smith et John Carlos qui détournent leur regard du drapeau américain sur le podium des Jeux olympiques de Mexico en 1968. Ce geste est alors symbole à l’époque d’une formation radicale contre la ségrégation : le Black Panther Party. Après le choc médiatique et politique, ils sont rapidement bannis du village olympique et interdits de compétition à vie rappellent nos confrères de l’Obs. La reconnaissance de la bravoure de leur geste viendra des décennies plus tard. 
 
En 2014, ce sont des basketteurs comme Lebron James ou Carmelo Anthony qui arborent sur le parquet des t-shirts avec les mots « I can’t breathe » faisant référence aux derniers mots d’Eric Garner, un jeune noir américain qui est mort par suffocation alors qu’il était arrêté par la police. 
 
Des joueurs de football américain ont aussi mimé le geste « mains en l’air, ne tirez pas » répétés après à la mort de Michael Brown, lui aussi tué par la police et dont la mort avait suscité des manifestations à Ferguson. 
 
En juillet dernier, c’est une équipe de basket féminine qui reçoit une amende pour avoir porté des maillots sur lesquels est inscrit « Black Lives Matter ». 

Et encore plus récemment, le 14 juillet dernier, les stars de la NBA encore Lebron James, Dwyane Wade, Chris Paul et Carmelo Anthony, se sont exprimés sur les fusillades visant des noirs. Lors d'une cérémonie de remises de prix sportifs, ils ont tous les quatre appelé à se mobiliser pour que cela cesse. 
 
Contrairement à ses confères basketteurs, Colin Kaepernick ne jouit pas de la même notoriété. En réalisant ce geste protestaire à une période de la saison sportive importante pour les joueurs de football américain, il prend des risques pour sa carrière. D'autres avant lui en ont fait les frais. Son refus d'honorer l'hymne national relève autant de la protestation que de la bravoure.