Culture

Aux Oscars : l’Afrique représentée par des Occidentaux

Une scène du film “Open Heart“ de Kief Davidson et Cori Shepherd Stern. Nominé pour les Oscars du meilleur court-métrage documentaire, le film raconte un centre médical soudanais qui opère les enfants gratuitement.
Une scène du film “Open Heart“ de Kief Davidson et Cori Shepherd Stern. Nominé pour les Oscars du meilleur court-métrage documentaire, le film raconte un centre médical soudanais qui opère les enfants gratuitement.

Soudan, Somalie, Afrique centrale : l’Afrique sera bien présente cette année aux Oscars. Mais à travers l’œil de réalisateurs américains et canadiens. Le continent sert de sujet principal et lieu de tournage de quelques œuvres nominées pour ce prestigieux prix, remis dimanche soir à Hollywood.

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Pas facile pour les non-américains d’accéder aux nominations pour le prix le plus prestigieux du septième art. Une seule catégorie dans les Oscars est consacrée aux films en « langue étrangère ». En plus, pour les Africains, la compétition semble beaucoup plus difficile : « Il paraît qu’il faut avoir une liaison américaine pour accéder aux nominations et pour avoir de la chance de remporter un oscar », constate Claire Diao, journaliste et bloggeuse franco- burkinabé, spécialiste en cinéma.
Parmi les nominés des Academy Awards cette année, au moins trois films parlent du continent africain. Ils évoquent des histoires en Somalie, au Soudan et dans une région d’Afrique centrale. Les trois films sont mis en scène par des réalisateurs américains et canadiens.
« Asad » raconte l’histoire de deux enfants somaliens, réfugiés de la guerre civile dans leur pays. L’un des deux, Asad, rêve de devenir un chanteur célèbre, « comme Jay Z ». Il est pêcheur et, faute de bien gagner sa vie, il est tenté par la vie des pirates. 
Ce court-métrage de l’Américain Bryan Buckley est tourné en Afrique du Sud et « tiré d’une histoire vraie ».

18.02.2013Par Pauline Tissot
Aux Oscars : l’Afrique représentée par des Occidentaux


Les enfants de l’Afrique reviennent encore dans « Rebelle », du Québécois Kim Nguyen. Le réalisateur met en scène l’expérience d’une fille de 12 ans contrainte de devenir enfant-soldat dans un conflit frappant l’Afrique centrale. C’est la seule œuvre choisie par le Canada pour représenter le pays aux Oscars. Elle est nominée pour la catégorie du meilleur film en langue étrangère.


 
 
 
 

Au Soudan, cela fait six ans qu’un centre médical opère gratuitement des enfants d’Afrique, ou d’ailleurs, atteints de maladies cardiaques. Le centre Salam est au cœur d’un documentaire réalisé par Kief Davidson et Cori Shepherd Stern. « Open Heart » est cette année nominé dans la catégorie court-métrage documentaire. Le chirurgien principal quitte Khartoum pour raconter l’expérience du centre à la cérémonie de dimanche. Le docteur Gino Strada n’est pas soudanais. Il est italien.
 


 
« On n’entend pas les Africains »

« L’Afrique n’est pas représentée par ses représentants. Elle est toujours représentée par des occidentaux qui y travaillent, s’indigne Diao. On n’entend pas les Africains raconter leurs propres histoires ».
« J’ai l’impression que tout film étranger a du mal à y arriver, et en plus l’Afrique est toujours en retard par rapport aux Asiatiques ou au cinéma de l’Amérique Latine », explique la journaliste, jointe par téléphone depuis la capitale burkinabé Ouagadougou.
Pour elle, on ne peut pas comparer les « millions » dépensés sur le cinéma par les Etats-Unis avec les « quelques milliers » consacrés au septième art par les états africains. « Les Américains mettent le cinéma comme deuxième industrie derrière l’armement, alors que dans les pays africains ce n’est pas un secteur important ».
Et cela n’est pas une excuse pour les gouvernements africains, selon la bloggeuse. Car le cinéma est aussi une façon d'éduquer les générations et surtout un art qui permet de bien définir l’identité d’une société. En l’absence d'un soutien pour la production cinématique africaine par des africains, toute une histoire de l’époque d’avant l’esclavage restera caché, regrette Diao.

Si elle avait la possibilité de nominer des productions africaines pour les Oscars, la bloggeuse présenterait deux films :

 - « Aujourd’hui (Tey) », du Sénégalo-français Alain Gomis. C’est l’histoire de Satché, un sénégalais qui sait qu’il va mourir ce soir. Il essaie donc de « célébrer sa mort » chez lui avec les siens.
 
 - « Les Chevaux de Dieu », du Franco-marocain Nabil Ayouch. Ce long métrage de fiction amène aux attentats qui ont secoué Casablanca en mai 2003.

En attendant, le continent noir peut se revendiquer avec deux Oscars déjà remportés. Le premier date de 2004, gagné par l’actrice Sud-africaine Charlize Theron pour son rôle dans « Monster » de Patty Jenkins. L’année suivante, « Tsotsi » devient le seul film africain oscarisé. « Mais bon, c’est un réalisateur américain qui vivait en Afrique du Sud ! ».