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Bachar Al Assad : la figure adorée des mouvements racistes et d'extrême-droite

SANA via AP

Des membres du Ku Klux Klan, des néonazis et des suprémacistes blancs ont défilé les 11 et 12 août 2017 à Charlottesville, aux Etats-Unis. Dans l'assistance certains arboraient des tee-shirts à l'effigie de Bachar Al Assad. Le président syrien est devenu une icône pour ces mouvements racistes et d'extrême-droite.

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Ils sont nostalgiques d'une époque où noirs et blancs n'étaients pas égaux aux Etats-Unis. Des membres du Ku Klux Klan, des néonazis et des suprémacistes blancs ont défilé dans les rues de Charlottesville dans l'état de Virginie aux Etats-Unis. Flambeau à la main, certains avaient également des tee-shirts au message sans équivoque : "l'équipe de barrils d'explosifs de Bachar", ("Bashar's barrel delivert Co.").

Dans une vidéo diffusée sur Twitter par un journaliste du média en ligne Vice news, des manifestants crient leur admiration pour le dirigeant syrien : "Assad n'a rien fait de mal" ("Assad did nothing wrong"). Le chef de l'Etat fascine et s'attire la sympathie d'une part importante des militants d'extrême-droite. 

"Ce qu'ils admirent ce sont des leaders autoritaires. Il y a plusieurs branches parmi les suprémacistes blancs, vous en avez un certain nombre qui sont carrément anti-démocratie. Par exemple, le mouvement "Dark enlightenment" - en français -  les lumières sombres, allie une réthorique conservatrice avec celle anti-démocratie qui consiste à penser que les blancs, pour retrouver leur primauté aux États-Unis et dominer le monde, ont besoin d'avoir un leader fort", explique Cécile Coquet-Mokoko, maîtresse de conférence en civilisation américaine à l'université François Rabelais de Tours.

 

"La référence à un leader fort"

Il a foncé sur la foule des militants antiraciste à Charlottesville à bord de son véhicule, le 12 août 2017. James Alex Fiels Jr a à peine 20 ans, et déjà il affiche sur les réseaux sociaux sa passion pour les armes, les idées suprémacistes et la figure de Bachar Al Assad. 

Après le drame qui a coûté la vie à Heather Heyer, une jeune femme de 32 ans venue protester contre le rassemblement de groupes racistes et néo-nazis à Charlottesville. L'enquête autour de James Alex Fields Jr a révélé qu'il faisait partie du groupe Vanguard America, un mouvement suprémaciste blanc.

Sur Facebook, le jeune homme postait régulièrement des photos faisant référence à l'Allemagne nazie, de croix gammées, mais aussi des images d'Hitler et plus récemment, l'un de ses derniers messages montre Bachar Al Assad en tenue militaire, lunettes d'aviateur et regard tourné vers l'horizon avec pour inscription "invaincu", ("undefeated").
 
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©TV5Monde Interview réalisée par N'daricaling Loppy, Montage : Aude Gourichon

L'image de Bachar Al Assad est omniprésente dans les publications de certains groupuscules d'extrême-droite, depuis le début du conflit en Syrie en 2011. L'homme fort de Damas est devenu l'un des symboles de ralliements de mouvements entiers d'extrême-droite en Occident. "Cela s'explique par la référence à un dirigeant fort qui n'a pas peur du jugement du monde. Le côté isolationniste de ces mouvements trouve un attrait à un dirigeant venu du monde musulman car autrement, si on ne considérait que l'aspect purement racial de leur croyance, Bachar Al Assad serait quelqu'un qui serait méprisé même si il est laïc parce qu'il est non-blanc", souligne Cécile Coquet-Mokoko.

Aux Etats-Unis, l'engouement autour de la figure de Bachar Al Assad n'est pas nouveau. Preuve en est, en 2005 David Duke, l'ex-dirigeant du Ku Klux Klan, aux discours révisionnistes et racistes avait rendu visite au président syrien en pleine guerre d'Irak. "Il s'agit d'abord d'une fascination pour la violence, pour cette puissance sans limite d'Assad qui s'abat contre des gens qui méritent d'être punis", précise le politologue Ziad Majed, interrogé par L'Orient le jour.
 
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©TV5Monde Interview réalisée par N'daricaling Loppy, Montage : Aude Gourichon
 

Assad et la classe politique française

Barbe parfaitement taillée et chemise impeccable, Julien Rochedy a tout du gendre idéal. Derrière son image travaillée, photo après photo sur les réseaux sociaux, le jeune homme n'en n'oublie pas ses convictions politiques. Classées à l'extrême-droite.

Julien Rochedy, ex-président du Front national de la jeunesse ne cache pas sa sympathie pour le chef de l'Etat syrien. Il y a un an, le jeune homme était en visite à Damas avec des parlementaires français. La délégation a rencontré le chef de l'Etat syrien, et le 27 mars 2016, Julien Rochedy a publié un selfie avec Bachar Al Assad.

Le Français, qui se décrit sur Twitter comme un "homme de droite" défend sur son blog le Président syrien : "Bachar Al-Assad n'a pas du tout les caractéristiques du dictateur arabe qui joue de son menton et de son autorité. Il vous accueille et vous demande, en français, de lui parler librement. Il rit et vous couvre de son empressement ainsi que de sa politesse. [...] J'ai vu un homme dans la pure tradition du raffinement et de la civilisation syrienne, un homme qui m'a paru être soucieux de son pays et de la paix prochaine [...]".
 
Photo tirée du blog de Julien Rochedy
Photo tirée du blog de Julien Rochedy

Julien Rochedy n'a pas d'éloges assez flatteuses pour décrire Bachar El Assad : "On me reproche d'avoir fait un selfie avec un monstre ; je crois cette photo infiniment moins grave que la décoration par François Hollande, il n'y a que quelques semaines à peine, d'un ministre saoudien, c'est à dire ceux-là mêmes qui financent et arment partout les pires islamistes [...]" explique t-il sur son blog.

La figure de Bachar Al Assad n'attire pas que des personnes d'extrême-droite ou de mouvements racistes. En France, le député Les Républicains (LR) des français de l'étranger Thierry Mariani a rencontré à trois reprises Bachar Al Assad. La dernière entrevue remonte au 8 janvier 2017. Accompagné des députés Nicolas Dhuicq (LR) et Jean Lassalle (ex-Modem), Thierry Mariani a visité Alep, ville reconquise par le régime avant d'être reçu pendant plus d'une heure par le président syrien. Une visite qui avait poussé le parti à prendre ses distances.