Bahreïn: une cour des droits de l'Homme pour qui?

Une réunion de la Ligue arabe début septembre a entériné l’installation de la cour arabe des droits de l’Homme au Bahreïn. Aucune précision n’a pour l’instant été communiquée quant à ses compétences,  son fonctionnement, qui peut la saisir ou la date de début de ses activités. Les ONG s’interrogent sur le rôle d’une telle cour hébergée dans un pays épinglé régulièrement pour ses violations des droits de l’homme. La présidente Maryam Al-Khawaja de l’ONG Bahrain center of human rights s’inquiète de l’utilisation qui sera faite de cette juridiction.


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Depuis que la Ligue arabe a décidé en septembre d’installer la cour arabe des droits de l’Homme au Bahreïn, en sait-on plus sur ses compétences et sur qui pourra la saisir ?

Nous n’avons pas entendu parler de mécanisme ou de mesures mises en place pour la création de cette cour. Nous savons qu’elle est utilisée comme un coup de publicité par le régime bahreïni pour dire que leur pays mène des réformes, respecte les droits de l’homme et peut donc accueillir cette cour. Donc que la situation du pays semble meilleure aux yeux du monde que ce qu’elle est en réalité.

Au Bahrain center of human rights (Centre bahreïni des droits de l’Homme,ndlr), nous plébiscitons l’idée d’avoir une cour arabe des droits de l’Homme dans la région du Moyen-Orient. Mais étant donné le contexte de violations des droits et l’utilisation du système judiciaire dans un pays comme le Bahreïn, nous craignons que cette cour soit utilisée contre les défenseurs des droits de l’homme, les dissidents politiques et au bénéfice du régime.
Nous sommes inquiets qu’ils installent cette cour à un moment où il n’y a pas de vraies réformes ni une réelle démocratie dans ce pays. Nous avons déjà vu comment les gouvernements et les régimes dans le monde arabe en général et dans le Golfe en particulier utilisent le système judiciaire pour poursuivre des dissidents.

En 2011, l’émir avait lancé l’idée de cette cour. Est-ce une manière de blanchir son image de chef d’un royaume où la répression violente contre les manifestants qui plaident pour plus de droits depuis 3 ans a fait plus de 80 morts (voir notre article « Bahreïn, les protestations oubliées  »)?

Tout à fait. Je pense que c’est un coup de publicité pour toute la famille royale et pas seulement le Premier ministre. Au Bahreïn, le gouvernement et les gens qui travaillent pour lui, la famille royale ne sont de toute façon pas soumis à la loi. Nous sommes dans un système d’impunité dans lequel le système judiciaire censé protéger les citoyens de ce pays est en fait est un lieu politique, utilisé pour poursuivre les défenseurs des droits de l’Homme.

Lors du procès de quelqu'un d'important, il n'est pas rare qu'on lui trouve des circonstances atténuantes, ou qu'apparemment il n'y as pas de preuves suffisantes. Il sera reconnu coupable juste pour l’image mais il restera hors de prison comme cela arrive souvent au Bahreïn. Il y a des défenseurs des droits de l’Homme en prison à vie. Mais vous avez quelqu’un accusé et reconnu coupable de tuer des manifestants qui n’est inculpé que de deux mois de prison. 

Pensez-vous que le futur président de la cour, encore inconnu, puisse faire respecter réellement les droits de l’Homme ?


Cela pourrait être un bon signe si le président de cette cour est indépendant et jouit d’une crédibilité internationale. Mais si l’un de ces pays ou de ces régimes du Golfe contrôle cette cour, je ne pense pas que le président aura assez de pouvoir pour outrepasser ces régimes.

Le Bahreïn accueille la cour arabe des droits de l’Homme et depuis 2004 est aussi signataire de la charte arabe des droits de l’Homme. Cela reflète-t-il une réelle volonté de changement ?

Le gouvernement bahreïni a signé un texte pour les droits égaux des femmes en tant que citoyennes. Mais si nous regardons la réalité de ce qui se passe, elles n’ont toujours pas de droits égaux à ceux des hommes. Ils ont aussi signé la convention de protection des enfants, mais regardez toutes les violations de droits qui ont cours à l’encontre des enfants au Bahreïn aujourd’hui. Et il y a bien d’autres exemples comme ça. Ce n'est pas nouveau.

La raison pour laquelle ils agissent ainsi est parce qu’ils ont besoin de se donner les outils idéaux pour dire « Regardez, nous faisons les bonnes choses ». Donc, ils signent les bons textes, ils disent les bonnes choses. Puis ils disent qu’il leur faut plus de temps pour réformer. Mais pendant ce temps là, ils continuent de mener une économie corrompue, de contrôler la situation politique, sociale . Ils continuent de réprimer les gens qui manifestent dans les rues.