Baisse des aides au logement APL : les étudiants contre Emmanuel Macron

Les APL baisseront de 5 euros par mois pour tous les étudiants bénéficiaires dès le 1er octobre 2017
Les APL baisseront de 5 euros par mois pour tous les étudiants bénéficiaires dès le 1er octobre 2017

Les aides personnelles au logement (APL) vont baisser dès octobre pour renflouer les caisses de l'État : cinq euros de moins chaque mois, soixante euros de moins par an... Cela peut paraître dérisoire, mais pour certains étudiants français, c'est un manque à gagner majeur. D'où leur colère contre le président Emmanuel Macron, pourtant grand favori des jeunes durant la présidentielle de 2017.

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La décision a été rendue publique samedi, en plein milieu de l'été, alors que l'immense majorité des étudiants sont en vacances : les aides personnelles au logement (APL) subiront "une baisse de 5 euros par mois et par ménage à partir d'octobre suite à l'application d'une réforme d'économie budgétaire décidée sous le quinquennat précédent et pas encore appliquée", a indiqué à l'AFP une responsable du ministère de la Cohésion des territoires, chargé entre autres du logement.

Selon cette responsable, une suppression pure et simple des APL, qui profitent notamment aux étudiants, "n'a jamais été envisagée" et n'aurait "aucun sens". Mais la baisse annoncée a suscité la colère immédiate des étudiants, parmi les bénéficiaires de ces aides.

Que sont les aides personnelles au logement (APL)? 

Les aides personnelles au logement bénéficient au total à 6,5 millions de ménages français et coûtent 18 milliards d'euros par an au budget de l'État, selon la responsable du ministère de la Cohésion des territoires.

Versées par la Caisse d'allocation familiale (CAF), elles se décomposent en trois catégories: Une baisse de ces aides de 5 euros par mois et par ménage représenterait une économie mensuelle de 32,5 millions d'euros, soit 97,5 millions sur les trois derniers mois de l'année en cours.

Stupeur et colère chez les étudiants

Les organisations étudiantes ont été les premières à réagir samedi. Le premier syndicat, la Fage, s'est immédiatement insurgé contre cette réduction de 60 euros par an des APL. "Alors que plus de 60.000 bacheliers sont en détresse, faute d'affectation, la poursuite d'études se voit aujourd'hui doublement remise en cause", a dénoncé ce syndicat dans un communiqué
 
"Deux mois, c’est le temps qu’il aura fallu au gouvernement pour s’en prendre au budget de l’Enseignement Supérieur et pour désormais s’attaquer au porte-monnaie des étudiants."Communiqué de la Fédération des Associations générales étudiantes (FAGE)
La Fage demande au gouvernement d'Édouard Philippe et au président Emmanuel Macron "de ne pas matraquer le portefeuille des étudiants en revenant sur cette mesure injuste, d'ouvrir une vraie réforme des aides sociales étudiantes et de lancer sans délais le plan de 80.000 logements annoncé dans le programme du président de la République".
                                 
Pour Lilâ Le bas, présidente de l'Unef, "encore une fois on fait des économies sur le dos des étudiants", qui représentent 40% des allocataires des APL. Selon un communiqué du syndicat étudiant, le loyer représente "près de 54% des dépenses mensuelles" : il "pèse lourdement sur le budget des étudiant-e-s et pénalise les plus précaires".  ​"Cette aide est vitale pour avoir un logement autonome, pour avoir simplement les moyens de poursuivre ses études car on le sait bien, la précarité est importante, les bourses insuffisantes", a-t-elle déclaré sur BFMTV.

Autre syndicat étudiant, le mouvement PDE (Promotion et défense des étudiants) a également exigé "le retrait d'(une) proposition dangereuse pour la jeunesse" et condamné un "double discours" du gouvernement, qui a promis un gel des frais d'inscription universitaires tout en prenant des mesures d'économies "à contresens" en termes de logement.

Un étudiant sur quatre sous le seuil de pauvreté 

Or, selon la Fage, un étudiant sur quatre vit sous le seuil de pauvreté et le logement représente plus de la moitié du budget mensuel d'un étudiant.

Pour le mouvement des jeunes socialistes (MJS), il s'agit tout bonnement "d’un plan social contre les jeunes".  "Les coupes budgétaires induites par l’austérité violente que ce gouvernement met en place ne s’attaquent qu’aux pauvres", attaque le MJS dans son communiqué, et appelle "à l’instauration d’une allocation d’autonomie qui donne enfin à la jeunesse les moyens de son émancipation".

Dans son communiqué, l'UNEF appelle le gouvernement à reculer sur cette baisse des allocations. Au contraire l'organisation étudiante demande "des gestes forts leur permettant l’accès au logement de toutes et tous", dont:
  • une augmentation de 20% des APL
  • la mise en place de l’encadrement des loyers dans toutes les villes universitaires
  • La construction de logements CROUS.

Enfin l'organisation appelle tous les jeunes à signer massivement une pétition pour démontrer leur volonté de voir les APL sauvegardées.

> Pétition de l'UNEF pour le maintien de l'Allocation personalisée au logement NON à la diminution du montant des aides au logement !

Le Gouvernement exige "un effort sans précédent"...

Jeudi, à l'Assemblée nationale, lors du débat d'orientation des finances publiques pour 2018, le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, avait affiché la couleur en annonçant des coupes dans les dépenses pour le logement, la formation professionnelle et dans les aides sociales, où la France dépense "plus que ses voisins sans pour autant améliorer les services publics". Il avait appelé à un "effort sans précédent" afin de réduire de trois points d'ici à 2022 le poids des dépenses publiques (qui représentaient 56,4% du PIB en 2016).

"Avec le niveau de dépenses le plus important de tous les pays européens, nous devrions avoir le taux de chômage le plus faible, la croissance la plus forte, la balance commerciale la plus vigoureuse et c'est exactement le contraire", avait renchéri le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, issu du parti LR comme M. Darmanin.

Samedi, le Mouvement des jeunes socialistes a fustigé les pratiques du gouvernement et réitéré son appel à manifester le 12 septembre prochain "aux côtés du mouvement social". Et à le mouvement de gauche de s'interroger : "Où sont le 'pragmatisme' et la 'modernité' quand M. Philippe fait des économies de bouts de chandelle sur le dos des classes populaires, alors qu’il offre des milliards aux plus riches en baissant l’ISF ?​"

La décision du gouvernement a déclenché un florilège de réactions notamment sur le réseaux sociaux, où de nombreux internautes proposent au Premier ministre Edouard Philippe et au président Emmanuel Macron d'autres pistes pour gérer le déficit de l'Etat...
Réaction sur twitter après l'annonce de la baisse de l'APL