Bande dessinée : 41ème festival d'Angoulême

Calvin et Hobbes par Bill Watterson
Calvin et Hobbes par Bill Watterson

Le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême (France) est le grand rendez-vous de la discipline. Chaque année, les visiteurs se pressent pour visiter les expositions et faire signer leurs albums par les auteurs. Cette année, il s'est déroulé du 30 janvier au 2 février et a couronné Bill Watterson, le "père" de Calvin et Hobbes. Retrouvez aussi les reportages de nos journalistes.

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L'Américain Bill Watterson a été couronné dimanche par le Grand Prix d'Angoulême, au 41e Festival international de la BD.
Les autres finalistes du Grand Prix étaient le Japonais Katsuhiro Otomo (Akira) et le Britannique Alan Moore (Watchmen). Le Festival a par ailleurs décerné ses Fauves d'Angoulême avec le Prix du meilleur album à "Come Prima" d'Alfred (Delcourt), le Prix spécial du jury à "La Propriété" de Rutu Modan (Actes Sud BD) et le Prix de la série à "Fuzz & Pluck" de Ted Stearn (Cornélius).
                 
"Calvin et Hobbes" est l'oeuvre de la vie de ce scénariste et dessinateur de 56 ans. Son comic strip met en scène le quotidien d'un gamin de six ans (Calvin)  et de son tigre en peluche (Hobbes) qui s'anime loin du regard des adultes. Timide et perfectionniste, Bill Watterson s'est toujours dissimulé derrière ses héros de papier et a posé ses crayons quand il a estimé en avoir fini avec ses personnages.
                 
Né William B. Watterson, le 5 juillet 1958 à Washington, il a grandi dans la banlieue de Cleveland, à Chagrin Falls, dont il s'est inspiré pour les décors de Calvin et Hobbes. Passionné de dessin depuis l'enfance, il est engagé comme dessinateur de presse au Cincinnati Post après des études de sciences politiques. Mais le dessin politique n'est pas pour lui.
                 
Renvoyé du journal, il essuie plusieurs échecs, doit retourner vivre chez ses parents... Puis, le 18 novembre 1985, l'Universal Syndicate Press publie la première planche de Calvin et Hobbes. C'est le début d'un incroyable succès pour ces vignettes qui décrivent l'imaginaire de l'enfance et se moquent gentiment du monde des adultes.
                 
Parue d'abord dans 130 journaux, la série a été diffusée au total dans 2.400 journaux à travers le monde, traduite dans une quarantaine de langues.
Plus de 30 millions d'albums ont été vendus, dont plus d'un million en France, où la série est éditée intégralement en 1991. Watterson reçoit d'ailleurs dès 1992 le prix du meilleur album étranger au Festival d'Angoulême après avoir été couronné en 1986 par le Reuben Award, de la National Cartoonist Society américaine.
"Ecrire et dessiner sont des actes lents, réfléchis, qui ne souffrent aucune distraction", écrit-il dans la préface d'une Intégrale Calvin et Hobbes, parue fin 2013 chez Hors Collection. Il explique comment il fuit les médias, avides d'interviewer un auteur jugé inaccessible.
                 
Bras de fer
                 
Et s'il admire les Peanuts, il ne cherche pas non plus à devenir fabuleusement riche comme Schulz, leur auteur. C'est pourquoi, dès 1988, débute un bras de fer avec son éditeur qui veut lui imposer des produits dérivés, gages de juteux profits. Mais ce puriste refuse. Tout comme il rejette les adaptations en dessin animé. Le contrat signé à ses débuts l'oblige cependant à céder tous ses droits à l'agence Universal Press Syndicate. Après un dur combat, il finit par récupérer les droits de ses personnages et met ainsi un terme à toutes les propositions de T-shirts et autres babioles.
                 
Le 31 décembre 1995, en pleine gloire, Bill Watterson met un point final aux aventures de l'espiègle Calvin et de son tigre sarcastique, pour se consacrer à la peinture et à sa famille. "C'est une marque de respect et de gratitude envers mes personnages de leur dire au revoir au sommet de leur art, dit-il. Et je veux croire que Calvin et Hobbes prennent d'autant plus de bon temps maintenant que je ne suis plus sur leur dos !".
                 
Ce 41e Festival, ayant pour thème" la BD qui regarde le monde", a accueilli durant quatre jours des dizaines de milliers de fans, des centaines d'auteurs et des expositions phares, dont "Tardi et la Grande Guerre".
Le Japon a par ailleurs protesté contre l'exploitation, "politique" à ses yeux, d'une exposition sud-coréenne sur les "femmes de réconfort", enrôlées de force pendant la Seconde guerre mondiale dans des bordels militaires nippons, et des dessinateurs se sont élevés contres le partenariat du Festival avec la multinationale israélienne SodaStream dont une usine se trouve en Cisjordanie occupée.

Les religions au prisme de la bande-dessinée

02.02.2014Reportage de Karine Barzegar, Clément Alline et Elodie Rivalan.
D'un coté "Superman n'est pas juif " par Jimmy Bemon et Emilie Boudet, de l'autre "In God we trust" par Winshluss (alias Vincent Parronaud), deux BD qui interrogent avec humour le rapport à la religion.
Les religions au prisme de la bande-dessinée

Par Karine Barzégar
Balloté entre un père juif et une mère catholique, Benjamin ne sait pas trop ce que ça veut dire d'être "juif". Jusqu'à ce que son père lui explique que tous les grands hommes sont juifs, comme Woody Allen, Steven Spielberg, Jean-Jacques Goldman, et même Superman (bon, oui, enfin ses créateurs, eux, si...).

Benjamin qui adule sa famille paternelle est donc très fier d'être juif "comme Superman". Tellement fier, qu'il le clame partout à l'école... Seulement vient un jour où le petit garçon fait le lien entre son zizi circoncis et la religion juive... Désormais conscient de sa différence, il est bien décidé à cacher sa religion à ses copains de classe pour éviter tous les clichés et moqueries. Et quand arrive le temps du collège, c'est encore pire, pas question de dévoiler sa religion aux autres ados et encore moins à la belle Yasmine, dont il est fou amoureux...
 
Malgré son amour pour son père, pratiquant fervent, Benjamin s'interroge sur ses croyances et sa judéité: Peut-il vraiment être juif si sa mère ne l'est pas? Pourquoi doit-il faire sa Bar-Mitsva, alors que tout ce qu'il veut c'est aller à l'anniversaire de Yasmine? Peut-il affronter le regard de son père et défier 5000 ans de tradition? Arrivera-t-il enfin à trouver sa place et une identité qui lui est propre?

Écrit par Jimmy Bemon, dessiné par Émilie Boudet, et édité par la maison d'édition La Boîte à Bulles, "Superman n'est pas juif" a aussi donné naissance à un moyen-métrage homonyme réalisé par Jimmy Bemon et produit par Easy Tiger.

Après avoir réinterprété avec acidité l'univers du conte dans le fantastique Pinocchio (Prix du Meilleur Album au Festival d'Angoulême en 2009), le pape de la bande-dessinée indépendante française, Winshluss alias Vincent Parronnaud, s'attaque cette fois au livre des livres, la Bible.

Connu pour son humour noir et son coup de crayon corrosif, l'auteur-dessinateur revisite à sa manière les paraboles les plus connues de la Création, révélant derrière les figures les plus saintes une humanité... Disons jusqu'ici insoupçonnée!
Dans sa version de la Bible, Dieu arbore une dégaine de biker sur le retour et prend un malin plaisir à s'amuser, parfois aux dépens des malheureux humains. Jésus surfe sur l'eau et fait du bodybuilding, tandis que les anges s'inquiètent de la baisse des parts de marché du christianisme et cherchent le meilleur moyen marketing de relancer la religion chrétienne, pourquoi pas avec un nouveau Livre...

Édité par la maison d'édition Les Requins Marteaux, "In God we Trust" est nommé dans la Compétition officielle 2014 du Festival d'Angoulême.
 

Nicolas Pitz : son premier “Angoulême“

04.02.2014Reportage de Karine Barzegar, Clément Alline et Elodie Rivalan.
Nos journalistes ont suivi Nicolas Pitz. Il est belge, fils et petit-sils de colons du Congo. Il raconte dans son album "Les Jardins du Congo" cette histoire familiale taboue. Il participe pour la première fois au Festival d'Angoulême où nos journaliste l'ont suivi.
Nicolas Pitz : son premier “Angoulême“

Angoulême 2014 en chiffres

200 nombre d'auteurs présents

200.000 : nombre de visiteurs du festival en 2013

1914-1918 : dates de la première Guerre Mondiale, illustrée par l'exposition "Tardi et la Grande guerre" cette année au Festival

50 anniversaire de Mafalda, héroïne de l'auteur argentin Quino, symbole d'anticonformisme et de résistance

4 Catégories de prix (Sélections Officielle, Polar, Patrimoine et Jeunesse)

9 prix: prix du meilleur album, prix du public, prix spécial du jury, pris de la série, prix révélation, prix jeunesse, prix du patrimoine, prix polar SNCF, prix de la BD alternative

62 ouvrages nommés cette année au Festival toutes catégories confondues (Sélections Officielle, Polar, Patrimoine et Jeunesse)

35 ouvrages dans la Sélection officielle

25 académiciens, anciens Grand prix du festival

3 nommés au Grand prix du festival cette année: le Britannique Alan Moore (Créateur de "Watchmen" et de "V for Vendetta", "From Hell"), L'Américain Bill Watterson (Créateur de "Calvin et Hobbes"), le japonais Katsuhiro Otomo (créateur d'"Akira")

1 Grand prix du Festival. L'an dernier c'était Willem.

Des “Fauves“ pour tous

Le palmarès du 41ème Festival

- Prix du meilleur album à "Come Prima" d'Alfred (Delcourt),

- Prix spécial du jury à "La Propriété" de Rutu Modan (Actes Sud BD)

- Prix de la série à "Fuzz & Pluck Tome 2" de Ted Stearn (Cornélius).
                 
- Prix Révélation (ex-aequo), "Le Livre De Léviathan" de Peter Blegvad (L'Apocalypse) et "Mon Ami Dahmer" de Derf Backderf (Ça et Là).
                 
- Prix du patrimoine, "Cowboy Henk" de Herr Seele et Kamagurka (Fremok)
                 
- Prix du public Cultura, "Mauvais Genre" de Chloé Cruchaudet (Delcourt)
                 
- Fauve polar SNCF, "Ma Révérence" de Rodguen et Wilfrid Lupano (Delcourt)
                 
- Prix jeunesse, "Les Carnets de Cerise Tome 2 - Le Livre d'Hector" de Joris Chamblain et Aurélie Neyret (Soleil)
                 
- Prix de la bande dessinée alternative, "Un Fanzine carré" (revue éditée par Hécatombe - Genève)
                 
Par ailleurs, ont été décernés:
                 
- Prix Jeunes Talents, parrainés par la Caisse d'Epargne: 1er lauréat, Gabrielle Roque pour "Léa", 2e lauréat, Juliette Mancini pour "De la chevalerie", 3e lauréat, Mattéo Germain pour "Catastrophe"
                 
- Prix Jeunes talents Poitou-Charentes, parrainé par la Région, Mathieu Roda pour "Isis, Seth et Osiris"
                 
- Les Prix du concours de la BD scolaire, parrainé par la Caisse d'Epargne et le ministère de l'Education nationale, sont les suivants :
                 
- Prix d'Angoulême de la BD Scolaire, Noé Garcia pour "Il était une fois, Bob..."
                 
- Prix Humour du Concours de la BD Scolaire, parrainé par Fluide Glacial, Martin Robic pour "Western cafouillis"
                 
- Prix Graphisme du Concours de la BD Scolaire, Louis Pelosse, pour "L'inconnu du métro"
                 
- Prix Scénario du Concours de la BD Scolaire, Emilie Daret pour "Un héros pas comme les autres"
                 
- Prix Coup de Coeur du Concours de la BD Scolaire, Tristan Cottreau
                 
- Prix révélation blog, Tarmasz pour son blog www.tarmasz.com .