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Bangladesh : les législatives sombrent dans la violence

Un homme suspecté d'avoir attaqué un bureau de vote dans la ville de Bogra, au nord du Bangladesh, est battu le 5 janvier 2014 par les forces de l'ordre (AFP)
Un homme suspecté d'avoir attaqué un bureau de vote dans la ville de Bogra, au nord du Bangladesh, est battu le 5 janvier 2014 par les forces de l'ordre (AFP)

Et la journée d’élection s'est transformée en journée d'émeute. Le Bangladesh a connu ce dimanche 05 janvier une flambée de violences à l'occasion des législatives organisées par le gouvernement et boycottées par l'opposition.

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Au moins 15 personnes tuées - 22 selon l'opposition- et plus de 200 bureaux de vote incendiés ou vandalisés, c'est le bilan impressionnant de cette journée de législatives au Bangladesh. Un scrutin noyé dans la violence après l'appel au boycott lancé par l’opposition. A la violence des opposants a répondu celle des forces de l'ordre mobilisées en masse. Pas moins de 50.000 soldats avaient été réquisitionnés.
Deux des personnes tuées ont été battues à mort en protégeant les bureaux de vote dans des districts du nord du pays où l'opposition nationaliste est très implantée. Les autres victimes fatales de ces heurts sont des militants de l'opposition abattus par les forces de l'ordre et un chauffeur de camion qui à péri dans son véhicule incendié par des assaillants.
"Nous avons vu des milliers de manifestants attaquer des bureaux de vote et notre personnel en faisant usage de cocktails Molotov et de bombes incendiaires", a déclaré le chef de la police de Bogra, Syed Abu Sayem."La situation est très volatile", a ajouté l'officier selon qui des stocks de bulletins de vote ont été publiquement brûlés. Selon le chef de la police de Parbatipur, dans le nord, des "milliers" de manifestants munis de "pistolets et de petites bombes" ont attaqué la police qui a dû riposter. "C'était une attaque coordonnée. Ils ont réussi à s'emparer de bulletins de vote et ils ont essayé de voler nos armes", a affirmé Mokbul Hossain.

Sheikh Hasina Wajed, Première ministre du Bangladesh
Sheikh Hasina Wajed, Première ministre du Bangladesh
"Une farce scandaleuse"
                                     
Ces législatives interviennent après des mois de tension entre le gouvernement et le principal parti d'opposition, le BNP. Celui-ci exigeait la mise en place d'un gouvernement neutre et provisoire avant l'organisation d'élections, comme ce fut le cas dans le passé, mais le gouvernement a refusé. Les États-Unis, le Commonwealth et l'Union européenne se sont vivement préoccupés des risques d'embrasement. Ils ont renoncé à envoyer des observateurs, estimant que les conditions d'un scrutin libre et transparent n'étaient pas réunies.
La participation - là où le vote était possible- s'annonce très basse. En outre, l'Awami League, le parti au pouvoir, et ses alliés se présentaient sans adversaire dans 153 circonscriptions sur 300. Leur victoire est donc assurée et la Première ministre, Sheikh Hasina Wajed, devrait être reconduite.
Mais ces élections ne feront rien pour apaiser le pays. Pour le BNP, "le pays a rejeté ces élections grotesques, inutiles, risibles et totalement inacceptables" selon les mots de Fakhrul Islam Alamgir, le vice-président du parti. Quand à Khaleda Zia, la chef de l'opposition et rivale historique de Sheikh Hasina Wajed, elle parle de "farce scandaleuse". Le BNP appelle désormais à 48 heures de grève pour protester contre la répression et obtenir l'annulation du scrutin.
Le Bangladesh a connu cette année les violences les plus meurtrières depuis sa création en 1971, à la suite de son indépendance du Pakistan. Selon une ONG, elles auraient fait jusqu'à 500 morts depuis janvier 2013. Les élections de ce dimanche n'auront rien fait, au contraire, pour apaiser les tensions.