Bâtir le Grand Genève humanitaire

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	La Cité de la Solidarité Internationale aspire à construire un monde dans lequel la solidarité internationale, le développement économique et les territoires travaillent ensemble pour imaginer des formes de coopération innovantes.</h3>

La Cité de la Solidarité Internationale aspire à construire un monde dans lequel la solidarité internationale, le développement économique et les territoires travaillent ensemble pour imaginer des formes de coopération innovantes.

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Annemasse a ouvert une Cité de la solidarité internationale. Maire de la ville et président d’Annemasse Agglomération, Christian Dupessey détaille les objectifs de cette structure qui regroupe nombre d’ONG aux portes de la Genève internationale

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Un acteur incontournable ?


La ville haut-savoyarde d’Annemasse, frontalière avec la Suisse, a ouvert une Cité de la solidarité internationale, qui abrite des organisations non gouvernementales (ONG). Pour celles-ci, françaises essentiellement, la proximité avec Genève et l’ONU et le faible coût des loyers sont autant d’avantages. Pas de mise en concurrence directe avec Genève mais une volonté de se placer au sein du Grand Genève et de devenir un acteur incontournable en Rhône-Alpes, région parmi les plus actives en France dans l’engagement humanitaire. Christian Dupessey, maire d’Annemasse et président d’Annemasse Agglomération, répond aux questions du Temps.

Le Temps: Pourquoi ouvrir une Cité de la solidarité internationale (CSI) aux portes de Genève, siège en Europe des Nations unies, qui concentre déjà 25 organisations internationales et 300 organisations non gouvernementales?

Christian Dupessey: C’est avant tout une question d’éthique. Annemasse est une ville où la solidarité, par tradition, se vit au quotidien et ce, depuis longtemps. Nous menons par exemple des actions humanitaires à destination du Bénin et du Burkina Faso. Beaucoup de personnes de différentes nationalités cohabitent dans notre ville, un tissu associatif vivace et varié existe qui crée des liens étroits avec les pays d’origine et contribue à apporter des aides adaptées. Ensuite, je crois que l’avenir de la Genève internationale passe par le développement de liens avec la France voisine parce que nous nous connaissons et qu’il est donc simple d’élaborer des projets. Mieux vaut Annemasse que Singapour pour imaginer des actions qui soient complémentaires avec celles de Genève. Il existe une proximité, nous vivons dans le même bassin, nous bâtissons le Grand Genève, autant se servir de ces atouts. Nous avons ici un ancrage et une situation idéale pour profiter de l’Europe et de ses financements et nous tenons aussi à être des acteurs rhônalpins de la solidarité. Je rappelle que les deux tiers des ONG françaises ont leur siège en Rhône-Alpes. Cette idée d’une Cité de la solidarité internationale, lancée en 2008 à l’initiative d’Annemasse Agglomération, est financée par la Région Rhône-Alpes avec le soutien du Ministère des affaires étrangères et du programme Interreg France-Suisse. La CSI est aujourd’hui une réalité. Les premières ONG sont arrivées en 2012, on en accueille en ce moment sept dans 500 m2. On peut en recevoir plus et on peut agrandir l’espace.

Quels sont vos arguments pour inciter une ONG à venir s’installer chez vous?

– Je dirais simplement que chez nous, il y a de la place et c’est beaucoup moins cher qu’en Suisse. A 13 euros le m2, le loyer n’est pas excessif. Par ailleurs, l’emplacement de la CSI dans le quartier d’affaires Etoile Annemasse-Genève est stratégique puisque la frontière et la gare d’Annemasse sont toutes proches. Lorsque le CEVA (la liaison ferroviaire Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse) sera fonctionnel, la gare de Cornavin sera à 20 minutes des bureaux de la CSI. Je regrette le retard pris dans les travaux car si le CEVA était dès aujourd’hui opérationnel, ce ne seraient pas sept ONG qui auraient déjà fait le choix de venir à Annemasse, mais sans doute le triple.

Entrez-vous, d’une certaine manière, en concurrence avec Genève?

– Non, il ne s’agit pas de «piquer» quoi que ce soit mais d’ajouter quelque chose. Nous sommes complémentaires. Charles Beer en son temps l’a compris, François Longchamp maintenant le comprend. L’agglomération annemassienne met un point d’honneur à accueillir des ONG sur son territoire afin de leur permettre de profiter de la Genève internationale. C’est pourquoi la CSI met à disposition des espaces de travail mais aussi un réseau avec des experts de la solidarité internationale, des appuis à la professionnalisation grâce à un centre de ressources et des formations. Tous les deux ans, la cité organise le Salon des métiers de l’humanitaire, qui reçoit plus de 60 exposants, dont beaucoup d’ONG suisses. Ce rendez-vous qui a drainé plus de 2000 visiteurs les 29 et 30 novembre dernier est devenu incontournable pour les professionnels de l’action humanitaire et ceux qui cherchent des informations avant de s’engager.

Quelles relations entretenez-vous avec les instances onusiennes voisines?

– Lorsque nous avons imaginé la CSI, nous avons approché l’Unitar, l’Institut des Nations unies pour la formation et la recherche, pour présenter le projet et être conseillés. Les contacts avec cette agence se poursuivent. Fin octobre 2015, nous allons organiser à Annemasse un forum sous l’égide de l’ONU avec le concours du Ministère français des affaires étrangères. On y parlera de la promotion d’un partenariat public-privé en faveur du développement durable. Cinq cents personnes seront attendues à Château Rouge, le centre culturel d’Annemasse. Ce sera la première fois qu’une manifestation d’une telle ampleur, sous le drapeau de l’ONU, se déroulera dans le Grand Genève côté français. Et ce n’est pas un coup. L’idée est de donner rendez-vous tous les deux ans pour parler de développement durable.