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Belgique : bientôt une messagerie électronique centralisée pour tous

(photo : creative commons)

Le ministre fédéral de l'Agenda numérique, Alexander De Croo vient d'annoncer la création d'une messagerie électronique unique et centralisée pour le printemps 2018. Un système de courriel pour chaque citoyen et chaque entreprise belge, géré par l'Etat : bonne ou mauvaise idée ?

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C'est une note de politique générale du ministre fédéral de l'Agenda numérique qui indique que bientôt, tous les citoyens et entreprises belges pourront recevoir sur une unique messagerie électronique tous les documents administratifs : factures, contrats, attestations, fiches de payes, etc… Le ministre Alexander De Croo estime qu'"Aujourd'hui, les boîtes de messagerie pullulent, ce qui crée une vraie jungle. Presque chaque expéditeur développe sa propre messagerie". Et de lancer qu'avec ce système centralisé "chaque citoyen et chaque entreprise pourront recevoir et gérer de manière sécurisée leurs communications numériques", puisque selon le ministre, avec cet outil global — géré par l'Etat — il y aura "moins de paperasserie, moins d'ennuis, et moins de perte de temps."

Les risques de la centralisation absents de la réflexion

La simplification apportée par le système de messagerie administrative électronique unique, avec un compte d'accès simple, peut sembler au premier abord une avancée positive. Mais d'un point de vue technique et politique, ce type de système peut rapidement poser de nombreux problèmes.

Centraliser un outil tel que la messagerie électronique est antinomique avec le fonctionnement d'Internet qui a pu —justement — se développer et se renforcer grâce à sa structure décentralisée : si un nœud du réseau tombe, le réseau continue de fonctionner, si un serveur de messagerie tombe, le système de messagerie sur Internet continue d'être opérant… Toute centralisation d'un service sur Internet mène au risque qu'en cas de dysfonctionnement dudit service, plus rien ne soit possible tant que le service n'est pas rétabli, sans pouvoir en utiliser d'autres, parallèles ou complémentaires. Dans le cas de la Belgique, si les serveurs de la "messagerie administrative belge" tombent en panne, c'est le pays dans son intégralité qui ne pourra plus échanger de documents officiels par courriers électroniques. La probabilité que tous les serveurs actuels de messagerie belge — différents les uns des autres — tombent en panne en même temps est proche de zéro, alors que ceux de l'administration d'Etat seuls pourraient très facilement subir une attaque ou un dysfonctionnement technique paralysant ainsi l'ensemble du pays. De la même manière, une faille informatique sur les serveurs de la "messagerie d'Etat" permettrait aux pirates informatiques de visiter… toutes les messageries, de tous les citoyens et entreprises belges…

D'un point de vue politique, mettre tous les "œufs administratifs" dans le même panier informatique pose aussi problème : quelle confidentialité attendre de la part des services de renseignement, de police, de statistique, fonction des agendas politiques face à cette manne d'information détenues par les citoyens et à laquelle l'administration pourrait avoir accès sans limite, puisque l'Etat possèdera les clés d'accès aux serveurs ? Dans le même temps, les système de piratage, de surveillance, d'aspirations de données mis en place par la NSA à travers le monde et dévoilés par Edward Snowden (lire nos articles)  peuvent opérer avec une bien plus grande facilité dans un modèle centralisé. Le gouvernement belge offrira potentiellement un accès unique aux spécialistes de l'espionnage — qu'ils soient américains ou d'autres nationalités, en même temps qu'une messagerie unique à ses citoyens.

Est-ce là une véritable bonne idée ?