Belgique : le ministre de l'intérieur Jan Jambon veut mettre des badges aux réfugiés

Des migrants à la frontière entre la Slovénie et la Croatie, mardi 27 octobre 2015.
Des migrants à la frontière entre la Slovénie et la Croatie, mardi 27 octobre 2015.
Armin Weigel/dpa via AP

Le ministre de l'Intérieur, Jan Jambon (N-VA, Alliance néo-flamande), a annoncé de nouvelles mesures de sécurité dans les centres d'accueil pour demandeurs d'asile. Parmi elles, l'utilisation de badges pour identifier les réfugiés.

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Jan Jambon souhaite "mieux encadrer l'accueil", comme il l'a déclaré dans l'émission L'Acteur en Direct dans Matin Première ce mardi sur la RTBF.
L'objectif est clair pour le ministre de l'Intérieur belge, il s'agit de rassurer les communes.
Plusieurs sont inquiètes. Coxyde, par exemple, a imposé des mesures particulièrement sévères ces derniers jours pour les demandeurs d'asile sur son territoire.

Le bourgmestre de Coxyde, Marc Van den Bussche, a récemment annoncé l'extension de le la brigade VIP (Very Irritating Police), une équipe de police déployée contre les jeunes Français du Nord qui traînent dans les rues et qui maintenant oeuvre contre les demandeurs d'asile. Cette commune avait reçu début septembre, une demande des autorités fédérales pour accueillir 1.000 candidats réfugiés. Un nombre "disproportionné" avait alors réagit le bourgmestre. Cette commune se situe non loin de la ville française de Calais, destination privilégiée des migrants qui souhaitent rejoindre la Grande-Bretagne.

Des mesures pour mieux "encadrer l'accueil"

Jan Jambon, ministre belge de l'Intérieur (NVa)
Jan Jambon, ministre belge de l'Intérieur (NVa)
D'abord, les demandeurs d'asile doivent être plus facile à identifier. Ils porteront donc désormais un badge. S'ils se promènent à Liège, par exemple, alors qu'ils sont hébergés dans un centre en Flandre, la police saura qui c'est...

Deuxième mesure : un contrôle renforcé des visiteurs à l'entrée des centres d'accueil. Ils devront s'enregistrer sur une liste auquel la police aura accès.

Jan Jambon veut aussi plus de communication entre les polices locales et fédérale. Il y aura une analyse détaillée du profil de chaque demandeur d'asile à Bruxelles, les résultats seront transmis aux communes.

Et puis, dernière mesure : la police fédérale pourra venir en renfort dans les centres en cas de besoin. Mais il n'y aura pas de régime d'exception. Les règles seront les mêmes que dans n'importe quel lieu privé. Une maison par exemple.

"Illégal et irresponsable"

Pour Philippe Hensmans d'Amnesty International, ces mesures annoncées par Jan Jambon sont des mesures "stigmatisantes". Pour lui, ce sont les fous, l'extrême droite, qui s'attaquent aux centres d'accueil et ce sont eux qui posent les problèmes de sécurité, pas les réfugiés.

"Le port d'un badge identifiable dans la rue, cela devient démesuré", ajoute le Ciré (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers). "C'est absolument abject ce qu'il propose. Ce comportement illégal et irresponsable a tendance à criminaliser le réfugié. Ce n'est pas agir dans leur propre intérêt, contrairement à ce que dit sournoisement Jan Jambon", réagit Alexis Deswaef. "Au lieu de répondre à l'inquiétude du citoyen, de lui expliquer que c'est notre devoir d'accueillir" les réfugiés, "on souffle sur les braises, on joue sur les craintes. C'est la définition même du populisme !"

Ces propositions "vont dans la lignée des décisions du bourgmestre de Coxyde" de mener un contrôle plus strict des demandeurs d'asile. "On considère le réfugié comme un criminel, qu'il faut donc traiter comme un prisonnier. Mais on ne peut pas leur imposer un régime carcéral où on peut fouiller leur chambrée", s'insurge le président de la Ligue des Droits de l'Homme.

"Nous sommes très gênés par ces propos", a déclaré Caroline Intrand, co-directrice du Ciré. "On ne voit pas pourquoi il faut un nouvel accord-cadre." Les mesures telles que le port d'un badge "rajoutent à la stigmatisation, à la criminalisation, alors que c'est l'inverse qu'il faut faire. On est dans l'accueil. Est-ce qu'on peut nous expliquer en quoi ces personnes sont dangereuses?" "Il y a une surenchère. On veut faire croire qu'il y a un danger quelque part, pour pouvoir faire croire que l'on maîtrise ce danger. (...) Ce type de comportement dresse les populations les unes contre les autres", déplore encore Caroline Intrand.

Jan Jambon a présenté ces nouvelles mesures ce mardi avec Theo Francken, le secrétaire d'État à la Migration, dans le cadre d'un journée d'étude de l'Office des Étrangers.

Ecoutez ou réecoutez l'entretien de Jan Jambon ici.

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