Belgique : la communauté juive redoute une montée de l'antisémitisme

Le drame de samedi rappelle aux belges la tuerie de Toulouse en 2012 ©AFP

Le samedi 24 mai 2014 un homme ouvrait le feu sur quatre personnes dans l'enceinte du musée juif de Bruxelles. Ce drame rappelle tristement celui de Toulouse - en mars 2012 Mohammed Merah avait tiré sur sept personnes. Aujourd'hui la communauté juive belge est confrontée à la peur du retour d'un phénomène antisémite.

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Depuis samedi, des fleurs jonchent le sol devant la porte du musée juif de Bruxelles. La Belgique tente de comprendre l'acte meurtrier qui a entraîné la mort de trois personnes et en a blessé grièvement une quatrième samedi après-midi, rue des Minimes, dans le quartier touristique du Sablon.

Mardi 27 mai, François Hollande, à Bruxelles pour une réunion du Parti socialiste européen (PSE), s'est recueilli devant le musée avec les chefs des gouvernements italien et belge, Matteo Renzi et Elio Di Rupo ainsi que le président du Parlement européen Martin Schulz. 

Outre-Quiévrain, les 40 000 membres de la communauté juive vivent dans l'attente de l'arrestation du tueur. Suite à l'attaque de samedi, la ministre belge de l'Intérieur, Joëlle Milquet, a annoncé que "les écoles, les synagogues, les centres culturels... [continueraient] à fonctionner mais dans un contexte de sécurité renforcée, avec une présence policière permanente".

François Hollande s'est recueilli avec les chefs de gouvernement italien et belge ©AFP
Menace permanente

Malgré ces précautions, Joël Rubinfeld, le président de la LBCA (Ligue belge contre l'antisémitisme), met en garde: "Tant que le tueur court, il peut frapper. C'est un prédateur en liberté et il ne s'en tiendra sûrement pas là".

Ce qui inquiète habitants et forces de sécurité, c'est la similitude entre la tuerie de samedi et celle de Mohamed Merah en mars 2012. Pour Simone Susskind, présidente d'"Actions dans la méditerranée", une association promouvant le dialogue par les femmes entre les rives de la Méditerranée et la paix entre Israël et Palestine, "il y a des amalgames très graves entre Juifs et politique israélienne et Mohamed Merah est le fruit de ces amalgames."

Le seul moyen de lutter contre l'antisémitisme serait, selon elle, de renforcer le dialogue entre les communautés et de déconstruire ces amalgames.  "C'est le devoir des institutions politiques, de la société civile, des représentants des communautés religieuses mais aussi de chacun de nous", ajoute-t-elle. 

L'essayiste Alain Soral et l'humoriste Dieudonné sont régulièrement accusés de tenir des propos antisémites ©AFP
"C'est un choc mais pas une surprise"

Pourtant, ces dernières années, les violences à l’encontre des membres de la communauté juive se multiplient partout en Europe et dans le monde. Simone Susskind comme Joël Rubinfeld dénoncent une libération du discours antisémite. Pour le président de la LBCA, ce phénomène est le résultat de deux facteurs: "les représentants du discours antisémite que sont Dieudonné et Alain Soral et le laxisme politique." 

Cet ancien président du Crif belge a identifié une recrudescence des actes antisémites depuis la fin de l'an 2000. "Cela correspond précisément à la deuxième intifada en Palestine(déclenchée le 28 septembre à la suite de la visite d'Ariel Sharon sur l'esplanade des mosquée à Jérusalem) et cela s'est traduit par des agressions, des tags ou des tombes vandalisées".

Selon lui, la classe politique belge se désintéresserait de ces problèmes par « calculs électoraux ». Il donne comme exemple une manifestation de soutien à la Palestine organisée en janvier 2009 pendant laquelle, selon lui, les leaders des partis socialiste et écologiste, en tête de cortège, auraient cautionné des slogans antisémites.

Une accusation que dément formellement Pierre Galand, ancien sénateur socialiste et président de l’Association belge et de la Coordination européenne pour la Palestine. « En 2009 nous manifestions contre l’opération « Plomb durci » (en décembre 2008 Israël lance une opération militaire sur la bande de Gaza en répression à des tirs de roquettes du Hamas, en 2009 une opération militaire au sol succède aux frappes aériennes). Parfois, il arrive, comme dans toute manifestation, que des gens dérapent mais ça ne veut absolument pas dire que nous cautionnons ces propos », précise-t-il.

« Lorsque la tuerie de samedi a eu lieu, j’étais à une fête pour les 20 ans de la création de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). Quand nous avons appris ce qui était arrivé, nous avons tout arrêté, j’ai pris la parole, puis nous avons fait une minute de silence pour les victimes », ajoute le sénateur. 

Le tueur n'a montré aucune hésitation, signe que l'attaque avait été soigneusement préparée ©AFP
Le djihad en Belgique?

La justice belge a qualifié cet acte de violence de « terroriste » renforçant l’hypothèse de la piste djihadiste. Un spécialiste du sujet admet d'ailleurs "pencher de plus en plus pour cette option". La caméra GoPro que le meurtrier portait sur lui pour filmer les faits et la Kalashnikov pliable utilisée seraient des objets très régulièrement utilisés par les membres des groupes djihadistes qui combattent en Syrie. 

Malgré cela, la plupart des adeptes de l'islam radical partent en Syrie pour y mourir en martyrs. Les cas de retour dans le pays d'origine pour y étendre la « guerre sainte » sont rares. "Une opération à la Merah est vue comme quelque chose de légitime mais tous n'ont pas l'intention de le faire. Il y a débat entre djihadistes sur les cibles à frapper", explique cette personne. Si cette piste est la bonne, les infrastructures militaires ou de gendarmerie pourraient également être considérées comme des cibles potentielles.

Mardi, le quotidien israélien Haaretz relançait le débat en évoquant la possibilité qu'il ne s'agisse pas d'un acte antisémite mais d'une "attaque ciblée" contre deux anciens employés du gouvernement. Selon l’expert en matière de défense du journal, Amir Oren, les deux personnes visées y étaient plutôt comptables qu'espionnes.