Belgique : la grève des gardiens de prison ne faiblit pas

Mur d'une prison entouré de barbelés. 
Mur d'une prison entouré de barbelés. 
© Thinkstock

En Belgique, les gardiens de prison sont en grève depuis plus de trois semaines pour dénoncer le manque de moyens face à une surpopulation pénitentiaire. Une situation « insupportable » pour les détenus qui vivent dans des conditions difficiles. Mais pour le moment, les négociations semblent au point mort. 

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La tension ne faiblit pas. Mardi 17 mai, des centaines de gardiens de prison et de militants syndicaux se sont réunis devant le siège du Mouvement Réformateur (MR), le parti libéral du Premier ministre Charles Michel, à Bruxelles pour manifester avant de pénétrer violemment au sein du ministère de la Justice.
 
C’est dans ce contexte qu’une nouvelle réunion entre le ministre belge de la Justice Koen Geens et les syndicats doit avoir lieu ce mercredi 18 mai à 19h. Le but : tenter de mettre fin à la grève qui touche les prisons wallonnes et bruxelloises (sud de la Belgique) depuis le 25 avril dernier.

Des effectifs en baisse depuis 2014

Les syndicats de gardiens pénitentiaires francophones dénoncent fermement les conditions de travail dans les prisons et la surpopulation carcérale. Ils refusent notamment le plan de rationalisation du ministre Geens entamé depuis 2014, qui réduit le personnel pénitentiaire. Entre 2014 et aujourd’hui, le nombre d'agents est passé de 8204 à plus ou moins 7000.
 
Pour tenter d’apaiser les tensions, le ministre de la Justice a annoncé l’embauche de 405 personnes (100 pour la lutte contre le terrorisme et 305 fonctionnaires supplémentaires) ainsi que le maintien du personnel actuel pour 2016. Mais cela ne suffit pas aux syndicats. En attendant, quelques dizaines de militaires assurent la surveillance de certaines prisons.  
 

Les gars ne sortent pas, sont confinés en cellule, ils ne respirent plus, le linge n'est plus changé... 

Vincent Spronck, directeur de la prison de Forest

La grève est devenue « insupportable » pour les détenus, a affirmé Vincent Spronck, le directeur de la prison de Forest, une des plus vétustes de Belgique et qui est régulièrement la cible de critiques des défenseurs des droits de l’homme. « Les gars ne sortent pas, sont confinés en cellule, ils ne respirent plus, le linge n’est plus changé, les visites n’ont pas lieu. Ca ne va pas ! Il faut trouver une solution à cette crise », a-t-il déclaré devant des journalistes. Mardi soir, un détenu de la prison de Lantin a été tué dans sa cellule par son co-détenu. Un drame que certains imputent à la grève en cours. 
 
Début mai, une quarantaine de détenus de prisons belges ont d’ailleurs porté plainte contre l’Etat belge pour réclamer une amélioration de leurs conditions de détention. Un détenu de la prison de Forest a saisi, mercredi 4 mai, le tribunal pour réclamer que l’Etat mette fin au « traitement inhumain auquel il est exposé » depuis que les gardiens sont en grève, a indiqué son avocat Alexander Hamels. Et d’ajouter : « La situation dans la prison de Forest est indigne d’un Etat de droit et est pour le moins explosive. La question n’est pas de savoir si un incident grave pourrait se produire mais quand il surviendra ». Le détenu a exigé une astreinte de 1 500 euros par jour et par infraction que constaterait le tribunal. 

Face à la situation qui s'empire, de nombreux politiques font entendre leur voix : ils souhaitent que le Premier ministre Charles Michel reprennent les rênes des négociations avec les syndicats de gardiens de prison. 

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Journal de 13H du mercredi 18 mai 2016 - RTBF