Belgique : pourquoi le roi s'en va-t-il ?

Mercredi 3 juillet, à 18 heures, le roi des Belges Albert II annonce à la télévision qu'il abdiquera le 21 juillet prochain. Ce n'est pas une surprise pour les observateurs : entre crises gouvernementales à répétition, problèmes de santé et découverte d'une enfant naturelle du roi, beaucoup s'attendaient à ce qu'il quitte le pouvoir. Pour eux, la véritable surprise, c'est la date de cette déclaration. 

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Les faits : l'allocution du roi

Les faits : l'allocution du roi


Entretien avec Pierre Vercauteren, politologue de l'université de Louvain-Mons

03.07.2013
Que dire de la date de cette abdication ?

L'annonce, aujourd'hui, de l'abdication du roi répond en vérité à un choix qui était posé entre deux alternatives : soit le roi abdiquait avant le 21 juillet, soit il ne pouvait abdiquer qu'après la formation du prochain gouvernement après les élections de mai 2014. Comme cette échéance est assez imprévisible quant à sa longueur puisque l'on s'attend à des négociations qui peuvent être assez difficiles pour la formation du futur gouvernement, la solution la plus sure en termes de délais était sans doute le choix d'aujourd'hui.

Existe-t-il un précédent à cette situation ?

Il y a un précédent qui s'est produit lorsque l'on a assisté à ce qu'on a appelé la 'question royale', où le retour sur le trône après la guerre du roi Léopold III s'est avérée extrêmement controversée. C'est après une consultation populaire qui a quasiment conduit le pays au bord de la guerre civile que le roi Léopold III a pris la décision d'abdiquer en faveur de son fils le prince Baudoin, devenu alors le roi Baudoin Ier. 

Quelle est l'importance du rôle joué par le roi en Belgique ?

Le rôle du roi est de faire en sorte que lorsque la machine politique pour la formation d'un gouvernement est grippée, il fasse tout ce qu'il peut pour mettre de l'huile dans les rouages et faire en sorte que le moteur politique se remette en marche. Alors en principe cette fonction est assez limitée dans le temps : dans les expériences au cours des décennies qui ont suivi l'après-guerre cette mission allait de quelques jours à parfois quelques semaines. On est arrivé à une situation totalement atypique avec la crise gouvernementale qui a frappé le système politique belge après les élections de juin 2010, et on a assisté effectivement à une période de 540 jours pour la formation du gouvernement. On peut considérer là que le système a été tiré jusqu'aux limites de ses capacités.

Dans quelle mesure le prince Philippe va-t-il pouvoir remplir son rôle de roi ?

Il faut savoir que des contestations ou des critiques avant qu'un prince n'accède à la fonction de roi ont déjà existé par le passé. Aussi loin que l'on peut remonter, par exemple, lorsque le roi Albert Ier (1909-1934) n'était pas encore sur le trône mais qu'il était encore simplement le prince Albert, donc fils de Léopold II (1965-1909), on considérait déjà qu'il manquait des capacités pour assurer ses fonctions. Or il est devenu le grand roi chevalier qui a marqué l'histoire de la Belgique au cours de la première Guerre Mondiale. On disait un petit peu la même chose aussi à l'encontre du prince Albert avant qu'il ne succède au roi Baudoin : on mettait en cause ses capacités et certains posaient la question de savoir dans quelle mesure, à l'occasion du décès du roi Beaudoin, on ne devait pas passer directement la couronne au prince Philippe. La question se pose maintenant à l'égard du prince Philippe, mais sans doute que, comme dans chaque cas, on a pu se rendre compte à quel point la fonction avait permis à l'homme d'assurer sa mission.