Birmanie : test électoral pour le gouvernement d'Aung San Suu Kyi

Les élections législatives partielles qui se tiennent ce samedi 1er avril 2017 en Birmanie constituent un premier test pour le gouvernement d'Aung San Suu Kyi. Un an après son arrivée au pouvoir, la conseillère d'État birmane peine à relancer le pays.

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L'euphorie qui a entouré en 2015 la large victoire électorale de l'icône de la démocratie, ancienne dissidente et prix Nobel de la paix en 1991, s'est dissipée. En un an, l’espoir que suscitait son arrivée au gouvernement entré en fonction le 1er avril 2016, s’est transformé en profonde défiance alors que son gouvernement s'efforce tant bien que mal de réaliser les réformes promises.

Des électeurs peu motivés

Des centaines d'électeurs faisaient la queue en début de journée devant les bureaux de vote à Rangoun, la capitale économique de la Birmanie. Seuls 19 sièges de députés sont en jeu et ces élections ne devraient donc pas menacer la prééminence du parti d'Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD). Chit Min, un habitant de Dagon Seikkan, une banlieue de Rangoun, a déclaré à l'AFP que beaucoup de ses amis avaient décidé de ne pas voter cette fois-ci. "Mais je suis sûr que la NLD va de nouveau gagner", a-t-il dit.

Mais ces élections permettront de juger le sentiment du public envers le gouvernement.

Une élection test pour le NLD

Le mécontentement est particulièrement fort dans les régions de la Birmanie habitées par des minorités ethniques. Le parti pourrait particulièrement être en difficulté dans l'Etat Shan dans le nord du pays, où des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées par une recrudescence des affrontements entre l'armée et des insurgés ethniques.

Pourtant, la conseillère d’État avait fait de la résolution des conflits ethniques sa priorité. Or, le pays compte 160 000 déplacés et réfugiés supplémentaires depuis six mois.

Beaucoup considèrent que Aung San Suu Kyi collabore trop étroitement avec les militaires qui ont dirigé le pays pendant 50 ans et contrôlent encore des leviers importants du gouvernement.

Des milliers de personnes de l’ethnie rohingya sont toujours la cible de violences. Des représentants de l’ONU parlent même de crimes contre l’humanité. Mais Aung San Suu Kyi, qui dirige la branche civile du gouvernement, ne contrôle ni les policiers ni les militaires déployés dans l’Arakan. Ces derniers répondent aux ordres du chef de l’armée. Une politique répressive à laquelle la conseillère d’État ne s’est pas opposée publiquement. Son gouvernement a même bloqué l’aide humanitaire dans l’Arakan et nie systématiquement les violations des droits de l’Homme dont est l'objet la minorité musulmane.

Une situation dénoncée par Info Birmanie (association Loi 1901)  :
 

 

L'enquête de l'ONU sur les exactions rejettée

Le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU prévoyait la mise en place d’une mission d’information pour faire la lumière sur les crimes dans cette région de l'Arakan. Mais Aung San Suu Kyi s’y oppose. Selon le ministère birman des affaires étrangères, l’initiative « raviverait des problèmes, plus qu’elle n’en résoudrait ».