Birmanie: une ouverture bien réelle ?

Une femme vend des journaux sur lesquels figure Aung San Suu Kyi / AFP<br/>
Une femme vend des journaux sur lesquels figure Aung San Suu Kyi / AFP

Les élections législatives partielles se tiennent ce dimanche 1er avril en Birmanie. Le pouvoir civil nouvellement en place entend prouver à la communauté internationale son ouverture à la démocratie. Il multiplie les réformes. Mais sont-elles bien concrètes ? Ont-elles des conséquences positives sur les populations ? Réponses.

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Aung San Suu Kyi, chef du parti de la Ligue Nationale Démocratique / AFP - Soe Than WIN
Aung San Suu Kyi, chef du parti de la Ligue Nationale Démocratique / AFP - Soe Than WIN
Moins de censure, amnistie de prisonniers politiques,droit de grève. Depuis un an, la Birmanie change. Un peu. En mars 2011, l’auto-dissolution de la junte voit le pouvoir passer des mains du généralissime Than Shwe au président Thein Sein. Le nouveau pouvoir civil, toujours contrôlé par des militaires, se veut plus démocratique.  Sans révolutionner le pays, le président Thein Sein amorce un tournant politique.  «  Il s’est ouvert à différents partenaires au niveau national d'une part en ouvrant le dialogue avec la Ligue Nationale Démocratique et Aung San Suu Kyi. Et d'autre part, au niveau international, des délégations américaine, européenne et asiatique se sont succédées dans le pays », souligne Isabelle Dubuis, coordinatrice au sein de l’association Info Birmanie.


La toute nouvelle liberté de la presse reste la meilleure illustration de l’ouverture du pays. Sans totalement disparaître, la censure s’est assouplie. « Certains sites d’informations comme celui de la BBC sont accessibles alors qu’ils ne l’étaient pas auparavant. Les journalistes testent les limites de cette liberté. L’un d’eux a, par exemple, parlé de corruption et un ministre a porté le cas devant la justice », raconte Isabelle Dubuis. Autre signe positif avec la libération de journalistes et blogueurs du groupe Democratic Voice of Burma lors de l’amnistie du 13 janvier 2012. En octobre 2011, 6300 prisonniers se voient également amnistiés. L'élan démocratique signe aussi la nouvelle officialisation du parti de la Ligue Nationale pour la Démocratie supprimé lors des élections de 2010. Une loi autorise maintenant le droit de grève et la syndication libre. Des cessez-le-feu sont signés avec des ethnies minoritaires, notamment les Karen, afin d'apaiser leur relation avec l'Etat.

Des cultivateurs de riz / AFP
Des cultivateurs de riz / AFP
Mascarade ou réelle volonté démocratique ?

Les disparités restent très marquées dans tout le territoire. Isabelle Dubuis d’Info Birmanie dénonce un double discours des pouvoirs politiques. Ce qui a court à Rangoon est bien différent de la réalité dans les zones rurales où réside entre 70 et 80% de la population du pays.  Les élans démocratiques du président Thein Sein ne portent pas jusque dans les campagnes birmanes.  « Il y avait une opportunité importante de montrer que la page de la dictature est en train de se tourner mais une série de faits qui nous sont relatés nous poussent à dire que la page de l’autoritarisme n’est pas complètement tournée en Birmanie », affirme Isabelle Dubuis.
Les derniers combats au nord du pays le prouve. Les droits de l’homme continuent d’y être bafoués. Les luttes se poursuivent entre la communauté ethnique des Kachins et les militaires birmans. L'ONG Human Rights Watch a publié la semaine dernière un rapport pour dénoncer cette situation. « L'armée birmane commet des violations en toute impunité dans l'État Kachin tandis que le gouvernement bloque l'aide humanitaire destinée à ceux qui en ont le plus besoin », a déclaré  Elaine Pearson, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. Des menaces, des tortures et des viols de femmes ont été subis par la communauté Kachin. Plus de 75 000 civils ont été déplacés lors des combats débutés en juin 2011.
Outre ce pied-de-nez aux droits de l'homme, l'Etat peine à lutter contre la pauvreté de sa population. Alors que l’Etat birman tente de relever son économie, la coordinatrice d’Info Birmanie s’interroge : « Thein Sein a annoncé la venue d’investissements étrangers et une exemption de leur taxe fiscale. On peut se demander si c’est vraiment une priorité quand on sait que les indicateurs santé et éducation sont parmi les plus bas du monde. » 

Hillary Clinton en visite en Birmanie, rencontre le président Thein Sein / AFP<br/>
Hillary Clinton en visite en Birmanie, rencontre le président Thein Sein / AFP
Soucis de transparence.

Les élections législatives partielles de dimanche pourraient cependant convaincre les Etats-Unis et l’Europe de lever leurs sanctions politiques et économiques. Si les élections de novembre 2010 se sont avérées être un fiasco démocratique, cette fois ci, la donne est un peu différente. Le pouvoir civil birman a invité le 21 mars des observateurs internationaux des Etats-Unis, d’Europe et de Chine pour assister aux scrutins. Une invitation toutefois un peu tardive selon un diplomate en poste à Rangoon: « ça me semble difficile de bien observer le vote jusqu’à la consultation des résultats car l’invitation arrive trop tard, il me semble. C’est une procédure précise qui habituellement prend trois mois pour se mettre en place. Cela va plus ressembler à une promenade dans les centres de vote », explique-t-il.  Cet effort de transparence pourrait bien n'être qu'une façade. Reste donc à savoir si les voix du parti d’Aung San Suu Kyi porteront assez haut pour faire progresser le pays vers plus de démocratie. Après plus de 20 ans aux mains de la junte militaire, plus d'une année sera nécessaire pour changer la Birmanie en démocratie.


La Birmanie en quête d'investisseurs

La Birmanie déjà en quête d'investisseurs dans les hydrocarbures

RANGOUN, 27 mars 2012 (AFP) -
    La Birmanie invite à partir de mercredi les géants mondiaux des hydrocarbures à se réunir à Rangoun pour leur présenter le potentiel du secteur, alors que les espoirs sur la levée des sanctions économiques sont de plus en plus vifs depuis quelques mois.
    La réunion de deux jours doit dégager "des directions claires et des perspectives équilibrées sur les opportunités dans le secteur du pétrole et du gaz birman", a expliqué sur son site internet le Centre for Management Technology (CMT), organisateur de l'événement avec le ministère de l'Energie.
    Selon CMT, les réserves prouvées en pétrole en Birmanie s'élèvent à 3,2 milliards de barils et celles de gaz à 11.800 milliards de mètres cube. La Birmanie s'apprête d'ailleurs à mettre aux enchères plusieurs blocs offshore.
    Ces ressources ont déjà attiré des investissements importants de la Chine et de l'Inde, mais les investisseurs occidentaux ont été entravés depuis plus de 15 ans par les sanctions américaines et européennes.
    Les réformes politiques entreprises par le régime birman soulèvent aujourd'hui de forts espoirs de les voir disparaître dans un avenir proche.
    "En attendant la levée attendue des sanctions économiques", les entreprises "préparent leur participation à des contrats lucratifs dans le pétrole et le gaz", a souligné CMT, qualifiant la conférence de "plate-forme utile".
    L'arrivée attendue de capitaux dans ce secteur n'était pourtant pas vue d'un très bon oeil par tout le monde.
    "Augmenter en ce moment les investissements dans le secteur (...) va faire plus de mal que de bien au pays", a estimé dans un communiqué OilWatch Southeast Asia, alliance d'associations représentant des communautés affectées par ce type de projets.
    L'organisation pointe en particulier les violations des droits de l'Homme et les atteintes à l'environnement.
    "Aussi longtemps qu'il y aura un régime militaire et pas de démocratie en Birmanie, il n'y aura pas de transparence (...) dans l'industrie du pétrole et du gaz", a souligné son coordinateur, Clemente G. Bautista Jr.
    La junte au pouvoir pendant des décennies s'est autodissoute en mars 2011 et a transféré ses pouvoirs à un gouvernement civil, mais toujours contrôlé par d'anciens militaires.
    Cette nouvelle équipe a depuis multiplié les réformes politiques depuis un an et espère ouvertement la levée totale des sanctions qui avaient été mises en place à la fin des années 90.