Bosnie : le siège de Sarajevo, le temps d'une guerre

11541 chaises pour les 11541 victimes du siège de Sarajevo
11541 chaises pour les 11541 victimes du siège de Sarajevo

C'est l'un des épisodes les plus sombres de l'Europe d'après-guerre. Le 6 avril 1992 commençait la guerre de Bosnie-Herzégovine. Tout au long du conflit, la ville de Sarajevo se retrouvera assiégé par les paramilitaires serbes.
Dossier.

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Vingt ans après, la difficile réconciliation

Le sort des couples mixtes de Bosnie-Herzégovine illustre la difficulté des communautés à vivre ensemble 17 ans après la fin de la guerre. Laurent Rouy a rencontré deux jeunes couples. Reportage.

Bosnie : le siège de Sarajevo, le temps d'une guerre

Le combat commun des anciens ennemis


Ils sont 150 anciens combattants à avoir planté leur tente devant le bâtiment du gouvernement fédéral de Bosnie. Ils demandent que leur soit payée une pension que la loi leur accorde, mais qui n’a jamais été versée depuis presque deux ans. Alors que le siège de Sarajevo et la guerre de Bosnie, qui avait opposé Serbes, Bosniaques et Croates  et entrainé la mort de plus de 97000 personnes sont tristement commémorés à Sarajevo ce 6 avril, la manifestation des anciens combattants a ceci d’irréaliste qu’elle regroupe les anciens ennemis. Les tentes mouillées par la pluie printaniere de Sarajevo sont partagées entre des Serbes, des Croates et des Bosniaques qui savent pertinemment qu’il y a deux décennies, ils cherchaient à s’entretuer

L’un des piliers de la manifestation est l’association des anciens combattants de Gorazde, une ville de l’est de la Bosnie moins connue à l’époque que Sarajevo, mais dont le siege avait été des plus sévères. Pendant trois ans et demi, il n’y avait eu aucun ravitaillement, ni électricité ni eau courante, et bien sûr de nombreuses victimes. Pour Senad Hubjer, l’un des piliers de la manifestation, « certains de nos collègues de ces jours-ci étaient sur les collines de Gorazde. On s’est tirés dessus, mais c’est du passé. Aujourd’hui ce sont nos amis et on partage le pain chaque jour. Nous ne laisserons plus les politiciens nous diviser et nous ramener 20 ans en arriere »

Apres la guerre, les anciens combattants avaient pu intégrer les trois armées de la Bosnie. L’Armija bosniaque, le HVO croate ou la VRS serbe, mais en 2007 les trois formations ont été fondues en une seule : les forces armées de Bosnie Herzégovine. Avec la mise aux standards de l’Otan de cette armée nouvelle, la dernière génération de militaires professionnels et anciens combattants de la guerre, 1700 personnes environ, soit 350 serbes et 1350 Croates ou Bosniaques, ont perdu leur emploi. En contrepartie, ils ont reçu la promesse inscrite dans la loi fédérale, de percevoir une pension mensuelle pour avoir défendu la patrie, quelle que soit le côté duquel s’était exercé cette « défense ». Mais la loi fédérale s’est vite heurtée à l’opposition farouche du gouvernement autonome de la République serbe de Bosnie, dont la politique quasi constante depuis la fin de la guerre a été d’affaiblir l’état fédéral commun pour gagner plus d’indépendance au niveau local. Les politiciens de la Fédération croato-bosniaque, l’autre entité de la Bosnie, ont plusieurs fois promis une solution, mais leur engagement n’a été que verbal.

Ancien combattant serbe, Slavko Rasevic vit aujourd'hui dans la misère
Ancien combattant serbe, Slavko Rasevic vit aujourd'hui dans la misère
Une solidarité inattendue 

Récemment, la Fédération croato-bosniaque a par deux fois tenté d’apaiser le conflit : une première fois en début d’année, un budget exceptionnel a été débloqué pour allouer aux Croates et aux Bosniaques une « avance » unique de 310 marks convertibles (environ 160 euros) par combattant. Bien entendu les Serbes, qui résident tous  dans leur entité autonome, n'en ont pas bénéficié. Aussi,les Croates et les Bosniaques, ont décidé de prélever chacun 10 marks de leur avance, au bénéfice leurs anciens ennemis. La somme récoltée n’a pas été suffisante pour assurer une avance aux 350 anciens soldats serbes, mais elle a permis à une soixantaine de leurs familles les plus menacées socialement de bénéficier d’une aide exceptionnelle. C’est Rade Djelatovic, le représentant officieux des combattants serbes à la manifestation de Sarajevo qui a été chargé de la répartition. Il reste extrêmement gêné par cette solidarité inattendue, mais providentielle pour certaines familles, et refuse de confirmer à la presse que cet argent vient bien des anciens adversaires croates et bosniaques. « Toute aide est la bienvenue d’où qu’elle vienne et je ne souhaite pas politiser ce dossier qui a seulement à voir avec la non application d’une loi sociale destinée aux anciens membres des forces armées sans distinction de nationalité. » Rade Djelatovic est aussi beaucoup plus nuancé que Senad Hubljer quant à la responsabilité de la classe politique de la République serbe de Bosnie dans le blocage des pensions des anciens militaires, et il refuse complètement de parler de la guerre. Des réserves dûes à sa position plus que délicate. Même avec la solidarité des autres anciens combattants, il était soldat serbe et manifeste à Sarajevo, ville assiégée par les siens il y a 20 ans, et se trouve pris au piège des tendances partisanes de la presse de Bosnie. Des journalistes de Sarajevo l’ont pris en grippe, alors que la presse de Banja Luka, en partie contrôlée par le gouvernement de la République serbe, reste très discrète sur les problèmes des anciens soldats, même serbes, et surtout sur le geste de solidarité de l’association des anciens combattants de la Fédération.

L’autre tentative de règlement du conflit par les politiciens de la Fédération date de la semaine dernière. Ils auraient promis de bloquer le vote du budget au parlement, si le paiement de toutes les pensions des anciens combattants n’était pas programmé. Les anciens combattants n’accordent qu’une valeur relative à cette promesse, mais l’adoption du budget étant susceptible d'intervenir vers le 13 avril, ils seront vite fixés sur leur sort.

A Mostar, les frères ennemis

Par Sophie Golstein
L'histoire de Mostar est emblématique. Après la destruction de son pont, la ville se retrouve coupée en deux. Amis, familles sont séparés. Et deviennent ennemis. Le récit de Zoran Laketa est édifiant.


Commémorations (avec AFP)

La Bosnie a commémoré vendredi les 20 ans depuis le début de la guerre de 1992-95, avec ses trois principales communautés vivant en paix mais aussi divisées que pendant ce conflit, synonyme des pires horreurs en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. 
Cet anniversaire coïncide également avec celui de la reconnaissance de l'indépendance de cette ex-république yougoslave par la communauté européenne, rejetée par les Serbes, mais aussi avec le début du siège de Sarajevo, le plus long de l'histoire de la guerre moderne. 
La guerre ayant opposé Serbes, Musulmans et Croates a fait environ 100.000 morts tandis que le bombardement aveugle de Sarajevo tout au long du conflit a fait plus de 10.000 morts dont des centaines d'enfants. 
A la mémoire de ces derniers, sur l'avenue du maréchal Tito, principale artère du centre-ville, 11.541 chaises rouges ont été installées en 825 rangées, sur quelque 800 mètres de long. 
Symbolisant les personnes tuées pendant le siège, elles sont restées vides, et encadrées par des milliers de Sarajéviens, pendant un concert symbolique qui a eu lieu dans l'après-midi. 
Tout au long du boulevard, sur plusieurs écrans géants se sont affichés les noms des victimes par ordre alphabétique.

Définition : les snipers

Le siège de Sarajevo a "popularisé" un terme anglosaxon, celui de sniper. En français, on peut le traduire par tireur embusqué ou isolé. Il désigne un tireur d'élite, placé à un endroit stratégique (la fenêtre d'un appartement, une colline...) chargé de "canarder". C'est d'ailleurs la signification du verbe to snipe