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Brésil : premières poursuites dans le scandale Petrobras

Le Parquet brésilien vient de lancer les premières poursuites pour corruption dans le scandale Petrobras. En septembre dernier, un ex-haut dirigeant de la compagnie pétrolière d'Etat lançait une bombe en pleine campagne électorale, en mettant en cause une cinquantaine de personnalités. Aujourd'hui, c'est toute la classe économique et politique qui est éclaboussée, jusqu'à la présidente Dilma Rousseff.

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Surfacturations et sociétés-écran

Les 35 personnes poursuivies depuis lundi 11 septembre, pour la plupart des entrepreneurs, surfacturaient des contrats au géant pétrolier Petrobras, sous contrôle de l'Etat, pour ensuite verser des pots-de-vin à certains de ses directeurs. Concrètement, l'entreprise qui remportait le contrat surfacturait sa prestation de 1 % à 6 %, pour reverser ce pourcentage à des intermédiaires via des sociétés-écrans qui simulaient des contrats de services et de conseils. Une fois blanchi, l'argent était remis aux bénéficiaires, sous la forme de faux contrats.

Parallèlement, des commissions oscillant entre 1 % et 3 % étaient versées aux formations de la coalition au pouvoir : le Parti des travailleurs (de la présidente Dilma Rousseff), le Parti du mouvement démocratique brésilien et le Parti progressiste. Interrogé lors d'une audience au Parlement, l'ex-directeur de l'approvisionnement de Petrobras, Paulo Roberto Costa, affirmait que des "dizaines d'hommes politiques" bénéficiaient du réseau de corruption.
 

50 ans de prison et 1 milliard de reais

Jeudi 11 décembre, le Parquet brésilien lançait les premières poursuites pour corruption, blanchiment et association de malfaiteurs. Les paiements surfacturés par Petrobras s'élèveraient à 3 milliards de reais (près de 500 000 euros) et le réseau aurait blanchi au moins 10 milliards de reais (3,1 milliard d'euros). Les 35 accusés risquent jusqu'à 50 ans de prison et le Parquet demande qu'ils remboursent un milliard de reais.

Parmi les personnes poursuivies figurent l'ancien directeur de l'Approvisionnement de Petrobras, Paulo Roberto Costa, et Alberto Youssef, propriétaire d'agences de change qui proposaient aux sociétés-écrans de blanchir l'argent surfacturé. Sont également poursuivis de hauts cadres des entreprises de construction OAS, Camargo Correa, UTC, Mendes Junior, Engevix et Galvao Engenharia. Ils s'associaient pour obtenir tour à tour des contrats avec Petrobras, dont la complicité leur permettait de remporter les appels d'offre. "Ces gens ont non seulement corrompu Petrobras mais d'autres organismes publics. C'est pourquoi ils doivent rester en prison", a déclaré le coordinateur de l'enquête.

Le procureur général a déjà prévenu qu'il lancerait d'autres poursuites : "C'est le début de l'enquête, a-t-il souligné. Ces gens ont volé l'orgueil des Brésiliens. L'enquête sera difficile, sereine et équilibrée mais ferme".

Commission d'enquête parlementaire sur Petrobras.
Commission d'enquête parlementaire sur Petrobras.
Les actionnaires portent plainte

Tout en gardant l'État brésilien comme actionnaire majoritaire, Petrobras est cotée en bourse à Sao Paulo et à New York. Entre autres conséquences catastrophiques du scandale, le cours du titre s'est effondré : depuis les premières révélations de corruption, en septembre, la valeur du titre a perdu 60 % à Wall Street. Lundi 8 décembre, les actionnaires américains ont porté plainte pour "violation des règles boursières", les plaignants demandant le paiement d'une somme non précisée pour "pertes et dommages" à la suite de la dévalorisation du titre.


Dilma Rousseff : présidente de la réforme ?

Alors que le Brésil stagne à la 69e place dans le classement sur la perception de la corruption publié par Transparency International, l'enquête révèle un "mariage entre l'élite politique et une partie de l'élite économique pour soustraire des ressources publiques", commente le directeur Amérique de l'ONG. Ainsi pointe-t-il l'urgence d'une réforme politique qui cadrerait, entre autres, le financement des campagnes électorales - les présidentielles et législatives d’octobre 2014, les plus chères de l’histoire brésilienne, ont été largement financées par les entreprises de construction justement aux prises avec la justice.

"Je pense que l’enquête peut changer le Brésil pour toujours, dans la mesure où on va en finir avec l’impunité?, déclarait Dilma Rousseff en novembre. C’est la première enquête sur la corruption au Brésil qui englobe les secteurs privés et publics." Reste à savoir si la présidente, qui était ministre de l'Énergie, puis Premier ministre de Lula à l'époque des faits, saura engager les réformes qui s'imposent.