Brésil : pression maximale pour Dilma Rousseff

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Dilma Rousseff crie au "coup d'Etat constitutionnel" et dénonce une "trahison". La présidente brésilienne semble de plus en plus isolée à quelques jours du vote des députés sur son avenir à la tête du pays. Mardi, ce fut au tour du Parti progressiste de claquer la porte de la coalition gouvernementale.
 

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La présidente brésilienne Dilma Rousseff a accusé mardi son vice-président Michel Temer d'être le "chef de la conspiration" visant à la destituer à quelques jours d'un vote très disputé des députés sur son maintien au pouvoir.

Dilma Rousseff a rebondi sur l'incroyable maladresse de son vice-président qui a fait fuiter lundi "accidentellement" l'enregistrement d'un discours à la nation anticipant sa succession à l'impopulaire dirigeante de gauche.

"Nous vivons des moments étranges de coup d'Etat, de farce et de trahison", a contre-attaqué Dilma Rousseff lors d'une cérémonie à Brasilia, qualifiant sans le nommer Michel Temer de "chef conspirateur".

"Le masque des conspirateurs est tombé. Le Brésil et la démocratie ne méritent pas un telle farce. Ce geste révèle une trahison envers moi et la démocratie, preuve que ce chef conspirateur n'a pas d'engagement envers le peuple", a -t-elle lancée.

Accusée de maquillage des comptes publics par l'opposition de droite, Mme Rousseff assure n'avoir commis aucun "crime de responsabilité" susceptible de motiver sa destitution et se dit victime d'un "coup d'Etat" institutionnel.

Nouvelle défection

La présidente brésilienne accuse le coup, après la défection, encore, d'une partie de ses soutiens. Mardi, c'est au tour du Parti progressiste d'annoncer qu'il quittait la coalition gouvernementale en précisant que la majorité de ses 47 députés voteraient dimanche en faveur de la destitution.

La chambre des députés doit se prononcer dimanche, en séance plénière, sur le devenir de Dilma Roussef à la tête du pays. Lundi, une commission parlementaire avait infligé un revers attendu mais inquiétant en recommandant sa destitution.
 

Formée de 65 députés, la commission spéciale sur l'impeachment de l'impopulaire dirigeante de gauche a approuvé à la majorité de ses membres un rapport non contraignant préconisant aux députés de voter la poursuite du processus de destitution devant le Sénat, qui aurait le dernier mot.

«Putschistes!» contre «Dehors Dilma!»

Au terme d'une séance houleuse de 11 heures ponctuée d'invectives et d'insultes, 38 députés de cette commission ont voté pour la poursuite du processus de destitution, et 27 contre.

«Putschistes!» hurlaient les députés de gauche à l'adresse de ceux de l'opposition de droite qui vociféraient en retour «Dehors Dilma!» ou entonnaient l'hymne national à gorge déployée. Certains agitaient des petites poupées gonflables représentant en tenue à rayures de prisonnier l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), mentor politique de Dilma Rousseff soupçonné de corruption dans le cadre du scandale Petrobras.

«Je n'aurais jamais imaginé que ma génération verrait des putschistes en train d'essayer de renverser une présidente démocratiquement élue», a fustigé lundi soir Lula, après avoir désigné nommément le vice-président Michel Temer qui assurerait la présidence par intérim en cas de destitution, et le président de la Chambre des députés Eduardo Cunha.

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	Pour démettre la présidente, une majorité des deux tiers des députés est requise, soit 342 voix, avant le vote au Sénat<br />
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Pour démettre la présidente, une majorité des deux tiers des députés est requise, soit 342 voix, avant le vote au Sénat
 
(AP Photo/Eraldo Peres)

L'ex-président participait devant quelques milliers de partisans a un événement contre «le coup d'Etat de velours», organisé à Rio de Janeiro par le célèbre chanteur et écrivain brésilien Chico Buarque.

Le rapport de la commission spéciale sera soumis à partir de vendredi à la Chambre des députés, dont le vote pourrait intervenir dimanche ou lundi prochains. Un vote de deux tiers des députés (342 sur 513) sera requis pour que la procédure se poursuive, faute de quoi elle serait définitivement enterrée.

Si la procédure franchit ce cap, le Sénat devra approuver ou non à la majorité simple la mise en accusation de la présidente, qui serait alors écartée du pouvoir pendant un délai maximum de 180 jours, en attendant un vote définitif sur sa destitution nécessitant les deux tiers des suffrages des sénateurs.

Un discours médiatisé par accident

Un gag incroyable impliquant Michel Temer a fortement envenimé les débats déjà explosifs des députés: le vice-président a reconnu avoir fait fuiter par mégarde lundi dans l'après-midi un discours qu'il avait enregistré sur son portable et dans lequel il tenait un discours rassembleur au cas où il succèderait à Dilma Rousseff.

«Je confesse qu'après, quand j'ai voulu envoyer l'enregistrement à un ami, c'est parti à un groupe et le message s'est diffusé», a reconnu piteusement cet homme d'appareil discret de 75 ans, qui a poussé récemment sa formation, le grand parti centriste PMDB, à claquer la porte de la coalition de la présidente Rousseff.

Temer «est le plus grand traître de l'histoire du Brésil, un grand simulateur», a réagi avec fureur en pleine séance le député Silvio Costa du Parti des travailleurs au pouvoir (PT).

Dilma Rousseff, 68 ans, est accusée par l'opposition de maquillage des comptes publics en 2014, année de sa réélection, et en 2015, pour minimiser l'ampleur des déficits publics du géant émergent d'Amérique latine en pleine récession. Elle se défend d'avoir commis un quelconque «crime de responsabilité» justifiant sa destitution, et dénonce une tentative de «coup d'État institutionnel».

Selon un décompte effectué chaque jour par le quotidien Estado de Sao Paulo, 290 députés étaient favorables dimanche à la destitution, 115 contre, 61 indécis et 47 ne voulaient pas se prononcer.

Lire aussi: La nomination contestée de Lula suspendue par un juge

L'ex-président Lula dirige depuis un hôtel de Brasilia d'intenses négociations pour convaincre des partis de centre-droit de voter contre la destitution, en leur promettant des ministères ou des postes dans la grosse machine gouvernementale brésilienne. Sa nomination mi-mars au gouvernement comme chef de cabinet (quasi-Premier ministre) a été suspendue par la justice en attendant une décision finale du Tribunal suprême fédéral le 20 avril.

Jeudi dernier, le procureur général Rodrigo Janot a recommandé au STF d'annuler son entrée au gouvernement, estimant qu'il s'agissait d'un subterfuge pour le faire échapper à la justice ordinaire. Lula conserve l'espoir d'entrer au gouvernement, dont il deviendrait l'homme fort, en vue d'une possible candidature à la présidentielle de 2018. Selon un sondage publié ce weekend par l'institut Datafolha, il arriverait en tête du premier tour d'une élection présidentielle avec 21% des suffrages.

Avec Le Temps