Brésil : une nature riche mais menacée par la croissance

La protection de l'environnement n'est pas la préoccupation première des candidats à la présidentielle. Pourtant, si le pays continue ainsi, la nature sera la prochaine victime de cette course à la croissance.

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Les chutes de Caracol ( ©Tiago Fioreze)
Les chutes de Caracol ( ©Tiago Fioreze)
L'Amazonie occupe un immense territoire, le bassin du puissant fleuve couvre 5 des 8 millions de km2 du Brésil. Mais la protection de l'environnement a fort peu occupé de temps dans la campagne électorale. Même la candidate du Parti vert, Marina Silva, n'a pas réussi à provoquer « la vague verte » que ses jeunes adeptes espéraient. Le Brésil doit pourtant choisir entre se développer en protégeant sa biodiversité, ou en la sacrifiant sur l´autel de la croissance. Jusqu'à présent, la nature a perdu sans cesse plus de terrain.

DES VILLES QUI RONGENT LA NATURE

Prenons le Cerrado, cette végétation de transition entre l´Amazonie et la côte atlantique, au centre du Brésil : 40% de sa couverture a disparu, remplacée par l´agriculture. D'abord pour produire la viande la plus exportée du monde, ensuite du soja, du maïs, et de la canne à sucre. Les autorités ont récemment annoncé un plan de sauvetage du Cerrado, mais sans réelle punition contre les destructions à grande échelle. Par exemple ces terribles brûlis réalisés en période de grande sécheresse.

Brasilia et son district fédéral, sorti de la terre rouge du Cerrado il y a tout juste 50 ans, compte aujourd'hui deux millions d'habitants. À son image, les nouvelles villes du Centre-ouest explosent, et rongent la nature. De la forêt atlantique, végétation luxuriante du Brésil qui avait enchanté les premiers explorateurs, il ne reste au bout de 510 ans, que 7%.

Le barrage de Castanhao
Le barrage de Castanhao
L'Amazonie sera-t-elle sauvée de la marche vers l´ouest des hommes, et de leur frontière agricole ? On peut être pessimiste : un des ministres du gouvernement Lula avait affirmé que « l'Amazonie n'est pas seulement une addition d´arbres ». Et les projets fleurissent pour « développer » une région qui compte 25 millions d´habitants : tracé de routes goudronnées, aménagement de voies fluviales, creusement de ports, et construction de barrages. Deux sont en chantier sur le Madeira, et un devrait bientôt enjamber le Xingu, le polémique barrage de Belo Monte. Les Indiens Kayapos, qui vivent dans le Parc national voisin, luttent sans grande force, contre cette réalisation.

UNE DÉFORESTATION PRÉOCCUPANTE

La destruction de la forêt vierge a pourtant été freinée. Les autorités de Brasilia supportaient mal d'être attaquées dans les forums internationaux, au sujet de la déforestation galopante. Et sous la houlette de Marina Silva, enfant de l'Amazonie et ministre de l'environnement de Lula, une lutte s´était engagée, mais avec de petits moyens. Les relevés démontrent que l'abattage des arbres a été fortement ralenti, mais « la déforestation reste préoccupante » affirmait, début septembre, l'Institut brésilien de la statistique (IBGE), inquiet de la vitesse des destructions. En quatre décennies, 15% de la forêt amazonienne a disparu, laissant place à des pâturages, des plantations et pour en exploiter ses bois précieux ou ses minerais.

La dernière menace planant sur cette nature encore vierge, est la réforme du Code forestier, âprement discutée au Congrès de Brasilia, sous pression des écologistes et des grands cultivateurs. La réforme prévoit de réduire les « réserves légales » de nature originale, et la végétation qui borde les cours d´eau.

« BARRIÈRES VERTES » AUX EXPORTATIONS

La dauphine et probable successeur du président Lula avait mené la délégation brésilienne au sommet de Copenhague, en décembre dernier. Mais Dilma Rousseff n'a jamais démontré de sensibilité pour les thèmes environnementaux. Ses nombreux différents avec Marina Silva, avaient, notamment, poussé l'ex-ministre à abandonner ses fonctions, puis à entrer au Parti vert.

Le Brésil redoute qu'un jour, des pays, d'Europe notamment, instaurent « des barrières vertes » à ses exportations. Pour interdire l'entrée de bois non certifié, ou de la viande obtenue sur des terres illégalement défrichés. Les lois seraient peut-être alors mieux appliquées. Mais les Brésiliens s'irritent facilement quand ils entendent des étrangers leur dire de protéger leur nature, estimant qu'on veut les empêcher d'exploiter leurs richesses, dont ils veulent disposer librement.