Brexit : Londres sous le choc

Le camp du "Leave" a gagné le référendum d'une courte avance en multipliant les discours anti-immigration.
Le camp du "Leave" a gagné le référendum d'une courte avance en multipliant les discours anti-immigration.
©Julia Dumont

La capitale britannique a largement voté en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne. La ville s'est réveillée vendredi matin toute étourdie par la victoire du camp du "Leave".

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Le ciel est plus bleu que d'habitude mais, à peu de choses près, Londres a son visage de tous les jours ce vendredi matin. Rien ne semble indiquer que le Royaume-Uni vit une journée historique alors que le camp du "Leave" l'a emporté la veille d'une courte avance. Rien, excepté la devanture des bureaux de change.
 
Les écrans des bureaux de change sont restés noirs pendant quelques heures vendredi matin. Le temps de voir l'effet que le Brexit avait sur la livre sterling.
Les écrans des bureaux de change sont restés noirs pendant quelques heures vendredi matin. Le temps de voir l'effet que le Brexit avait sur la livre sterling.
©Julia Dumont
Les écrans qui, la veille encore, indiquaient les taux de change de la livre sterling en euro et en dollar sont restés noirs ce matin. Dans les bureaux des agences de change, les employés, mi- amusés, mi- inquiets, avouent qu'ils ne savent pas encore quoi afficher.
 
Deborah Sim, elle, n'a pas le coeur à plaisanter. Les yeux encore rougis par les larmes et le manque de sommeil, cette designer se dit "dévastée" par la nouvelle du Brexit.
 
La veille encore elle battait le pavé pour tenter de convaincre les Londoniens de voter pour le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne. Comme nombre d'habitants de la capitale britannique, elle avait même affiché une pancarte "Vote Remain on the 23rd june" ("Voter 'rester' le 23 juin") à sa fenêtre. Mais le soir du vote, un homme l'a injuriée depuis la rue à cause de cette prise de position.
 
Pour Deborah, cette réaction dit quelque chose de la situation actuelle en Grande-Bretagne : "Le pays est totalement divisé entre le camp du "Leave" et le camp du "Remain". Il y a des amis et même des familles qui ont arrêté de se parler pendant la campagne", raconte-t-elle.
 

Un pays coupé en deux

Alors que les résultats du référendum donnent les deux camps au coude à coude dans le pays (51,9 % contre 48,1 %), Londres fait figure d'exception avec 59,9 % d'opinions en faveur du maintien dans l'UE (contre 24,7 % pour une sortie de l'UE).
 
La ville semble irréconciliable du reste du pays ce vendredi. Même en cherchant bien, il était presque impossible de trouver des pancartes en faveur du "Leave" dans les derniers jours de la campagne.
 
Deborah Sim peine à surmonter son chagrin au lendemain du vote pour la sortie de l'UE.
Deborah Sim peine à surmonter son chagrin au lendemain du vote pour la sortie de l'UE.
©Julia Dumont
Un tel écart de vue fait craindre à Deborah que la société britannique ne devienne plus violente et moins tolérante. "Les personnes qui ont voté pour le Brexit l'ont fait pour de fausses raisons. Il ont été manipulés", assure-t-elle.
 
Pour cette habitante du quartier de Covent garden, dans le centre de Londres, le vote "Leave" est "un vote raciste et misogyne". "Je ne suis vraiment pas sûre, par exemple, que les députés britanniques soient sensibles à la questions des congés maternité", détaille-t-elle.
 
C'est Cameron qui a mis le pays dans cet état

Amilar Afsar, lui, était pour le "Leave". Ce vendredi matin, il s'affaire dans son café et ne semble pas tellement se réjouir que son camp l’ait emporté. En revanche, l'annonce de la démission du Premier ministre David Cameron dans trois mois le satisfait : "Qu'il parte, de toute façon c'est lui qui a mis le pays dans cet état !"

Amilar Afsar tient un café dans le quartier de Soho. Il a voté pour une sortie de l'UE car il souhaite une meilleure régulation de l'immigration au Royaume-Uni.
Amilar Afsar tient un café dans le quartier de Soho. Il a voté pour une sortie de l'UE car il souhaite une meilleure régulation de l'immigration au Royaume-Uni.
©Julia Dumont
Certain d'avoir "pris la bonne décision" pour son pays, il explique que c'est la situation de l'immigration qui a motivé son choix. Comme beaucoup de Britanniques, il estime que les citoyens européens des pays d'Europe de l'Est comme la Roumanie ou la Pologne obtiennent des emplois qui devraient revenir aux Britanniques.
 
Sakthi Ariaratnam partage cette opinion. Le directeur de l'agence de change Thomas Exchange Global Ltd explique entre deux coups de téléphone que "sur le plan des sentiments, [il] étai[t] pour le "Leave", notamment pour qu'il y ait plus de contrôles de l'immigration", mais "en tant que professionnel du secteur financier", il a voté "Remain". Fin connaisseur du fonctionnement des marchés, il reconnaît que les choses ne vont pas changer du jour au lendemain.
 
Pour la première fois, Sakthi Ariaratnam a suspendu les émissions de taux de change de son bureau de change, de peur que la livre soit dévaluée.
Pour la première fois, Sakthi Ariaratnam a suspendu les émissions de taux de change de son bureau de change, de peur que la livre soit dévaluée.
©Julia Dumont
Au lendemain de ce vote historique, les conséquences sont surtout politiques. Dès la fin de la matinée, la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a annoncé qu'elle ferait tout pour que son pays reste dans l'Union européenne, ouvrant la voie à un nouveau référendum sur l'indépendance de l'Ecosse où le vote en faveur du maintien dans l'UE était majoritaire (62 %).
 
En cas de nouveau référendum, Deborah est "sûre à 100 % que les Ecossais voteront pour leur indépendance". Alors comme d'autres de ses amis, cette "européenne passionnée" envisage déjà de demander un passeport écossais. Un passeport européen.