Langue anglaise dans l'Union européenne : le Brexit change la donne

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L’anglais est la deuxième langue maternelle la plus parlée parmi les 28. Avec la sortie du Royaume-Uni, il s’apprête à dégringoler au 17e rang.

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To be or not to be. L’anglais a mis du temps à s’imposer comme première langue de communication au sein des institutions européennes. Devenu idiome officiel de la Communauté économique européenne en 1973 suite à l’adhésion du Royaume-Uni, il a dû batailler ferme contre le français pour y devenir peu à peu incontournable. Il a attendu par exemple 20 ans pour y être utilisé dans les conférences de presse, a rappelé ce lundi «The Financial Times». Et il a fallu l’entrée des pays d’Europe centrale en 2004 pour qu’il passe nettement devant ses principaux concurrents.

Or, la décision des Britanniques de se retirer du «club» remet aujourd’hui cette place en question.

L’anglais a bénéficié de la présence du Royaume-Uni pour figurer ces dernières décennies au deuxième rang des langues maternelles les plus parlées au sein de l’Union européenne. Parlé par 13% de la population, il arrive légèrement derrière l’allemand (16%), se trouve au coude-à-coude avec l’italien (13% également) et devance d’un cheveu son vieux rival, le français (12%). Or, sans la Grande-Bretagne, il est condamné à une dégringolade spectaculaire qui en fera la 17e des 24 langues officielles de l’UE, avec moins de 1% de locuteurs. Derrière le bulgare, le slovaque et le finnois.

L’Irlande et Malte, derniers représentants


Les derniers représentants de l’anglais au sein de l’Union européenne seront l’Irlande et Malte. Deux pays qui présentent comme caractéristiques communes d’être peu peuplés – ils ont respectivement 4,6 millions et un peu plus de 400 000 habitants – et de posséder un rapport particulier avec la langue de Shakespeare. S’ils la parlent, ils se sont parallèlement battus pour imposer d’autres idiomes, plus intimement liés à leurs racines, comme langues officielles de l’Union européenne: un parler celtique, le gaélique, pour le premier, et un parler sémitique, le maltais, pour le second.

Les souverainistes français bondissent


Les réactions n’ont pas tardé du côté des souverainistes français. L’ancien candidat du Front de gauche à la présidentielle de 2012, Jean-Luc Mélenchon, a tweeté dès vendredi à ce sujet.
A l’autre extrémité du spectre politique, le maire de Béziers proche du Front national Robert Ménard a estimé sur le même réseau social que «la langue anglaise n’a plus aucune légitimité à Bruxelles». Jeanne d’Arc, nous voilà!
Pourtant, l’anglais garde son poids. Lourd

Alors, le français ou l’allemand s’apprêtent-ils à remplacer l’anglais comme principale «lingua franca» de l’Union européenne? Cela reste, en fait, improbable. L’anglais est de très loin la langue étrangère la plus parlée au sein des 28. Selon un rapport officiel publié en 2012, il l’est pour 38% des personnes qui maîtrisent plus d’une langue. Et cette place, il l’occupe on ne peut plus solidement devant le français (12%), l’allemand (11%) et l’espagnol (7%).

Affaire de chiffres, l’avance est impressionnante, mais aussi de rapport de force géopolitique: cette prédominance s’appuie sur l’immense influence des Etats-Unis dans le monde, une influence que les vicissitudes actuelles du Vieux Continent ne remettent nullement en cause. Si le poids officiel de l’anglais sera peut-être revu à la baisse dans les institutions de l’Union européenne, il y a peu de chances que son poids réel se réduise dans les échanges entre Européens. Y compris à Bruxelles.
 
Article publié en accord avec nos partenaires de la rédaction "Le Temps"