Buben Barban, extrait et entretien avec Natalia Negoda

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Extrait de Buben Baraban

Extrait de Buben Baraban
Le titre du film pourrait se traduire littéralement par "Tambour battant"...Dans cet extrait, l'héroïne tente de convaincre son père mineur et malade, de lui léger son appartement, où elle pourrait accueillir son amant, un faux marin, au passé louche.

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“La légèreté insupportable de la vie, elle est belle et bien terminée.“

Entretien avec Natalia Negoda, interprète principale (en russe, avec traduction par écrit ci dessous)

“La légèreté insupportable de la vie, elle est belle et bien terminée.“
Natalia Negoda n'était pas réapparu dans un film russe depuis plus de vingt ans. En 1988, elle avait joué le rôle principal dans "La petite Vera", film emblématique de la Perestroïka, sorte de Family Life russe, où deux jeunes gens tentaient de briser les carcans familiaux et soviétiques.

"La petite Vera", de Vassili Pitchoul connut un succès mondial (il fut primé à Venise) et marqua un curseur dans l'histoire du cinéma russe et soviétique... Il fit scandale en Union soviétique pour sa violence et sa crudité.

Vingt ans donc après cette jeune femme rebelle, Natalia Negoda interprète une quarantenaire désespérée et suicidaire, dans une oeuvre elle aussi marquée par la violence... Elle nous livre son regard sur le cinéma russe aujourd'hui.

28 novembre 2009, 7'31, propos recueillis par Sylvie Braibant

Traduction en français de l'entretien avec Natalia Negoda

Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce personnage du film Buben-Baraban ? Parce que c’est un rôle difficile, non ?

Tout commence toujours par l’histoire. Le réalisateur, Liosha Mizgioriov, m’a donné une opportunité merveilleuse – merveilleuse pour chaque actrice de plus de 40 ans. Donc c’était le facteur décisif. Et comme c’est un film à petit budget et indépendant, un film d’auteur le travail se déroulait dans un cadre très rigide. On ne pouvait pas se permettre beaucoup d’improvisation. Parce que c’est du cinéma d’auteur, parce que le réalisateur a écrit le scénario lui-même et il l'a porté à l’écran lui-même.

Est-ce que votre personnage ressemble aux femmes russes d’aujourd’hui ?

Non, je ne peux pas dire cela. Cela n’a pas d’importance où l’histoire se passe. Cela aurait pu se passer dans n’importe quel pays. C’est plutôt le regard que nous portons sur notre vie d’aujourd’hui. C’est plutôt la question de la solitude, de l’incompréhension, de l’absence d’amour et d’un but dans la vie, de la fatigue de la vie, d’une certaine absence d’espoir. Et cela peut arriver dans n’importe quel pays, dans n’importe quelle ville et, à tout le monde. Chacun peut avoir une période dans sa vie où il est confronté à des questions fatidiques ; il doit les poser à soi-même de façon franche et répondre à ces questions de la même façon.

Aviez vous des difficultés à jouer un personnage comme cela ?

Difficultés, je ne sais pas. Ce n’était pas facile parce que d’abord je n’avais pas travaillé en Russie depuis 20 ans, c’était mon problème personnel. Et deuxièmement je n’ai jamais eu des rôles où la personne porte tout à l’intérieur de soi. Elle ne laisse paraître rien à l’extérieur. En tant qu’actrice, il serait beaucoup plus simple pour moi de me mettre à pleurer, à crier, à jouer une hystérie. Mais retenir les émotions, les cacher à l’intérieur de soi est beaucoup plus difficile pour moi. A cause de mon propre tempérament et mon propre caractère.

Dans cette histoire il n’y a pas d’issue. Pensez vous que cela rassemble à la Russie d‘aujourd’hui ?

Le réalisateur qui a écrit le scénario est âgé de 35 ans. Et moi, j’ai 10 ans de plus que lui. Et pourtant nous parlons la même langue. Personnellement, je ne veux pas dire qu’il n’y a pas d’issue. C’est mon héroïne qui se trouve dans une impasse. Ou plutôt, elle a trouvé une solution, mais c’est sa solution à elle. Et moi, je ne dis en aucun cas que c’est une issue.

La petite Vera était le film symbole de l’époque de la perestroïka. Pensez vous que ce film deviendra lui aussi symbolique pour son époque ?

Non. D’abord les dimensions de ces films sont différentes. Buben Baraban est un film destiné à un public très restreint. Et comme le film est dur, comme vous l’avez dit vous –même, il ne montre pas d’issue, ce ne sera pas un film qui creuse des sillons. Et ce n’est pas lié à notre temps, ce n’est pas une question d’âge, c’est l’histoire d’une personne qui se trouve dans certaines circonstances. C’est une histoire plus philosophique parce qu’avant de faire du cinéma, notre réalisateur a étudié la philosophie. Et il s’intéresse moins au déroulement de l’histoire qu’au caractère du personnage, c'est-à-dire de comprendre pourquoi une personne fait une chose pareille.

C’est un film plus violent que La petite Vera. Dans Buben Baraban il n’y a aucune tendresse...

Ce n’est pas un film qui parle d’amour, il parle d’absence d’amour. Ce n’est pas un film qui parle de la vie difficile des gens, car il parle de l'impossibilité de vivre comme ça. La légèreté insupportable de la vie, elle est belle et bien terminée.

Avez-vous d’autres projets ? Qu’allez vous faire maintenant ?

Je ne sais pas. Je vais faire une pause. Il faut trouver un rôle qui me convienne, parce que je ne peux pas travailler pour travailler, je ne suis pas une dingue de travail, je vous le dis sincèrement.

Propos recueillis par Sylvie Braibant, traduits par Elena Kvassova-Duffort