Afrique

Confédération Africaine de Football : le malgache Ahmad succède à Issa Hayatou

Le Malgache Ahmad Ahmad a été élu jeudi 16 mars président de la Confédération africaine de football
Le Malgache Ahmad Ahmad a été élu jeudi 16 mars président de la Confédération africaine de football
©CAF

Ahmad Ahmad, président de la Fédération malgache de football, a été élu ce jeudi 16 mars à la tête de la CAF (Confédération Africaine de Football). Il détrône le camerounais Issa Hayatou, qui dirigeait l'organisation depuis 1988.

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A l'annonce des résultats officiels, les poings victorieux se sont levés et une clameur a éclaté dans la salle rassemblant les représentants des fédérations africaines votantes: 34 voix pour M. Ahmad, contre 20 pour M. Hayatou, qui briguait, à 70 ans, un huitième mandat à la tête de la CAF. Depuis deux mois, Ahmad Ahmad était considéré comme "challenger" dans cette élection. Pourtant, dès après le vote, il déclarait à la presse: "Si je pensais que je ne pouvais pas y arriver, je ne me serais pas présenté".
 

"Si je pensais que je ne pouvais pas y arriver, je ne me serais pas présenté".Ahmad Ahmad, le 16 mars 2017, Addis Abeba

Son adversaire a pourtant longtemps été considéré comme indéboulonnable sur le continent. Issu d'une grande famille de Garoua, au nord du Cameroun, l'un des frères Hayatou a d'ailleurs été Premier ministre entre avril 1991 et avril 1992. Lui, est un sportif de haut-niveau depuis sa jeunesse (athlète, puis membre de l'équipe nationale de basket-ball du Cameroun) il grimpe progressivement les échelons de l'administration sportive de son pays avant de devenir président de la Fédération camerounaise de Football en 1986.

L'année suivante, pour la première fois, il devient président de la CAF, avant d'intégrer en 1990 les instances dirigeantes de la Fifa. Une organisation au sein de laquelle il prendra une place de plus en plus importante tout en faisant évoluer celle du football africain.

Mais Issa Hayatou, lui aussi, a été éclaboussé par les affaires de corruption au sein de la Fifa. Il avait notamment reçu un blâme du CIO en décembre 2011 après avoir été mis en cause dans une affaire de corruption en lien avec l’ancienne agence de marketing de la Fifa, International Sport and Leisure (ISL). 

Il est également soupçonné notamment d'avoir accepté de l'argent en échange d'un soutien au Qatar pour l'obtention du Mondial-2022, ce qu'il a toujours nié. Mais contrairement au président de la Fifa, Sepp Blatter, et à Michel Platini, personne n'a jamais réussi à obtenir son départ. Après la suspension du président déchu, Hayatou a d'ailleurs assuré l'intérim à la présidence de la Fifa, jusqu'à l'élection de Gianni Infantino, en février 2010.

Le tombeur d'Issa Hayatou

L'homme, âgé de 57 ans, assure son troisième mandat à la tête de la Fédération malgache de football. Actuellement sénateur, il a également été Ministre des Sports et en charge du très important portefeuille de la Pêche, mais reste -somme toute- méconnu hors de la Grande Ile.

L’annonce de sa candidature est parvenue le 13 janvier, à Libreville, quelques heures avant que le comité exécutif de la CAF ne retire à Madagascar l’organisation de la CAN 2017 des moins de 17 ans, pour impréparation. 

L'élection se rapprochant, Ahmad Ahmad bénéficiait de soutiens grandissants sur le continent. Quatorze fédérations de la Cosafa (Conseil des fédérations d’Afrique australe) ont annoncé qu’elles soutiendraient sa candidature. Par la suite, plusieurs pays lui ont également assuré son appui. L'homme avait notamment fait campagne contre le président sortant en promettant "une transparence dans la gestion" de la CAF et la fin des "pratiques obsolètes".  

Pourtant lui non plus n'est pas exempt de reproches. Le nom de M. Ahmad a été cité par le Sunday Times dans l'affaire de corruption qui a entouré l'attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar. Selon le journal britannique, il aurait perçu 30.000 à 100.000 dollars en échange de son vote pour le Qatar, ce que l'intéressé dément formellement.

A Madagascar, avant l'élection, les sentiments se mêlent, entre fierté nationale et déception, autour du bilan du nouveau patron de la CAF. Comme le souligne Sylvain Ranjolahy, directeur de L'Express de Madagascar, "en termes de résultats sportifs, son bilan à la tête de la Fédération malgache de football n'est pas fameux. Il a été élu en 2003 et en quatorze ans, l'équipe nationale n'est jamais parvenue à se qualifier à la Coupe d'Afrique des Nations. Mais de tous les présidents qui se sont succédés , il est celui qui a en a fait le plus. Grâce à ses relations avec la Fifa de Blatter, il a obtenu un budget de fonctionnement pour la Fédération malgache. Il a aussi fait construire trois stades à Majunga, Tamatave et Tananarive, avec un centre de formation pour ce dernier". 

Alors comment expliquer l'élection à ce poste, d'un quasi inconnu dont le pays n'est pas réputé pour l'excellence de son football? 

"Son excellence Issa Hayatou a fait beaucoup pour le football africain", mais "il était temps pour lui de se retirer".George Afriyie,  patron de la Fédération ghanéenne de football.

Hayatou: sortie négociée ou lâchage organisé?

A y regarder de plus près, plusieurs éléments, ces dernières semaines laissaient penser que le vent tournait au sein des instances du football africain. Au fil des années, Issa Hayatou s'était attiré bien des inimitiés sur le continent. On se souvient de la remise des trophées de la finale de Champions League africaine 2010 en Tunisie. Après des polémiques sur l'arbitrage corrompu surtout pendant le match aller qui s'est conclu sur un score de 5-0 en faveur du TP Mazembe (RDC) contre l'Espérance sportive de Tunis, Issa Hayatou est insulté et sifflé tout au long du match par le public tunisien.

D'aucuns soulignent également la présence de Gianni Infantino, à Addis Abeba pour assister au vote.  Des rumeurs ont fait état de son soutien - non déclaré publiquement - à M. Ahmad. Le patron de la  Fifa y aurait vu un moyen de prendre sa revanche contre Hayatou, qui avait soutenu Sheikh Salman bin Ebrahim Al Khalifa lors de l'élection à la présidence de la Fifa en février 2016.

Il y a aussi la question de l'âge et de la santé d'Issa Hayatou. Lors des dernières compétitions de la CAN (Coupe d'Afrique des Nations), les observateurs ont pu constater l'état de fatigue et l'amaigrissement de l'ancien président. Après avoir assuré l'intérim de Sepp Blatter, Hayatou avait d'ailleurs indiqué qu'il ne se présenterait plus aux instances dirigeantes de la Fifa. Cette "élection-surprise" pourrait, aux dires des commentateurs, constituer une voie de sortie honorable pour ce monument du football africain.

En tout cas, l'élection d'Ahmad Ahmad à la tête de la CAF ouvre une nouvelle ère pour le football africain, mais aussi pour le football mondial puisque la CAF est une des plus importantes associations membres de la FIFA, la Fédération Internationale de Football.