Calais : les droits de l'enfant oubliés selon l'ONU

Enfants migrants jouant dans la "Jungle de Calais" le 29 juillet 2015.
Enfants migrants jouant dans la "Jungle de Calais" le 29 juillet 2015.
© AP Photo/Thibault Camus

Alors que l’évacuation de la « Jungle » de Calais s’achève avec le départ des mineurs isolés, l’ONU publie un communiqué sur la situation des enfants migrants et pointe les manquements des pouvoirs publics français et britanniques en la matière. Eclairage d’Hynd Ayoubi-Idrissi, experte au sein du Comité de l’ONU sur les droits de l’enfant.

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Près de 1800 mineurs non accompagnés quittent à leur tour, ce mercredi 2 novembre 2016, la «Jungle» de Calais, marquant la fin du démantèlement du plus grand bidonville de France. Comme pour les migrants majeurs, ils rejoignent des centres d’accueil dédiés. 

Mais pour le Comité des Nations Unies sur les droits de l'enfant (CRC), tout reste à faire, notamment la question des droits de ces enfants migrants. Dans un communiqué publié ce 2 novembre, les dix-huit experts du CRC interpellent directement les autorités françaises et britanniques : « Les gouvernements de la France et le Royaume-Uni ne se sont pas montrés à la hauteur de leurs obligations en vertu de la Convention relative aux droits de l'enfant dans la façon dont ils ont géré la situation des enfants migrants vivant dans le camp de Calais. » 

Une situation qui se trouve être particulièrement alarmante explique le CRC chargé de suivre la mise en œuvre de ces droits par les États parties de ladite Convention : «Des centaines (d’enfants) ont été soumis à des conditions de vie inhumaines, laissés sans abri adéquat, sans nourriture, sans accès à des services médicaux et à un soutien psychosocial, et se sont retrouvés, dans certains cas, exposés à des passeurs et des trafiquants. » Jusqu'à devoir « se réfugier dans des conteneurs désaffectés d'expédition ou de dormir dehors, suite à la destruction de ce camp de fortune. »
 

Entretien avec Hynd Ayoubi-Idrissi, experte au sein du Comité des Nations Unies sur les droits de l'enfant


Qui a la responsabilité de ces enfants migrants ?

Hynd Ayoubi-Idrissi : La France parle de la responsabilité du Royaume-Uni et inversement. Chaque Etat se renvoie la balle. Pour le Comité, c’est simple : nous parlons de la situation des enfants se trouvant sur le territoire d’un Etat partie, c’est-à-dire qui a ratifié ou adhéré à la Convention relative aux droits de l'enfant. Dans ce cadre, chaque Etat a l’obligation de veiller au respect des droits de l’enfant, quel que soit son pays d’origine.

Que préconise le Comité aux deux États concernés?

Hynd Ayoubi-Idrissi : Le Comité a attiré l’attention des deux pays afin qu’ils procèdent à une politique migratoire respectueuse des personnes et notamment quand il s’agit des enfants. C’est-à-dire, d’éviter les détentions arbitraires, les rétentions administratives mélangeant adultes et enfants, de procéder on ne sait comment à la détermination de l’âge de l’enfant… Pour le Comité, l’intérêt supérieur de l’enfant – à savoir la satisfaction de ses droits fondamentaux, sa santé, le droit à s’exprimer, son éducation – doit primer dans toutes prises de décision. Ce qui a été peu le cas à Calais comme expliqué dans le communiqué.

Doit-on considérer que rien n’est ou n’a été fait ?

Hynd Ayoubi-Idrissi : On ne peut pas nier les efforts. Nous avons reçu des informations du « Défenseur des droits » français, Monsieur Jacques Toubon, qui s’est rendu à maintes reprises dans le camp pour s’enquérir des conditions inhumaines, dégradantes dans lesquelles vivaient ces populations, dont les enfants. Le problème ? Les autorités ont-elles réellement été dépassées par les événements ? N’ont-elles pas pu prévoir cette situation ?

Il s’agit d’enfants, on ne peut pas les traiter comme des adultes. Et on ne peut pas dire que les gouvernements ont été pris au dépourvu. La situation de Calais était largement connue, tout comme le démantèlement, discuté depuis longtemps. Il fallait mieux le prévoir.

Surtout que la France est un pays qui a les moyens. D’ailleurs, le Comité salue tous les efforts financiers faits par la France en matière de protection de l’enfance. Mais une plus grande attention aurait pu être accordée au cas de Calais. 

Quel avenir pour ces enfants ?

Hynd Ayoubi-Idrissi : Les centres d’accueil dédiés sont une bonne première étape mais c’est une solution qui doit rester provisoire. Et cela reste une institutionnalisation. Souvent quand ces enfants, notamment les mineurs non accompagnés, sont dans ces centres et que les mesures de protection ne sont pas suffisantes, ils s’échappent… Et les États ne prennent pas toutes les dispositions nécessaires pour les retrouver. Ce qui veut dire qu’ils deviennent encore plus vulnérables. Il faut vraiment éviter que ces enfants ne se vulnérabilisent davantage.

La "réunification familiale" ? Le renvoi vers le pays d’origine ? Quelle que soit la décision prise, il faut avant tout s’assurer qu’il en va de l’intérêt supérieur de l’enfant et qu’elle garantisse le bénéfice de leurs droits. Parce que finalement, démanteler, renvoyer, repousser une situation pour se retrouver dans une autre analogue ou pire, ne réglera jamais le problème.