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Cambodge : arrestation du chef de l'opposition Kem Sokha

<p>Le chef de l'opposition Kem Sokha dépose son bulletin dans l'urne à Chak Angre Leu, à la périphérie de Phnom Penh, lors des élections régionales du 4 juin 2017.</p>

Le chef de l'opposition Kem Sokha dépose son bulletin dans l'urne à Chak Angre Leu, à la périphérie de Phnom Penh, lors des élections régionales du 4 juin 2017.

©AP /Heng Sinith

Accusé de trahison, le numéro un de l'opposition cambodgienne, Kem Sokha, a été arrêté tôt ce dimanche. A l'approche des élections de 2018, le gouvernement du Premier ministre Hun Sen multiplie les procédures judiciaires contre ses opposants.

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C'est un jour sombre pour la démocratie au Cambodge, où le chef de l'opposition, Kem Sokha, a été arrêté, en pleine nuit, pour "trahison". Le gouvernement invoque une "conspiration secrète entre Kem Sokha, son groupe, et des étrangers faisant du tort au Cambodge".  Un prétexte "cousu de fil blanc" pour "décapiter l'opposition", selon l'opposant Sam Rainsy, en exil en France : 

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Le CNRP (Cambodia National Rescue Party / Parti du salut national du Cambodge), qualifie cette arrestation d'illégale, puisque le député Kem Sokha étant protégé par l'immunité parlementaire. Mais pour Sam Rainsy, l'immunité parlementaire reste quelque chose de très "théorique" au Cambodge : 

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► Retrouvez l'intégralité de l'entretien de Sam Rainsy avec TV5MONDE 

Agé de 64 ans, Kem Sokha est le chef du principal parti d'opposition dont l'autre dirigeant, Sam Rainsy, est actuellement en exil en France pour échapper à plusieurs condamnations. Il est aussi l'ancien président du Centre cambodgien pour les droits de l'Homme. Sa détention provisoire, cette nuit, va faire monter d'un cran la tension dans ce pays d'Asie du Sud-Est où l'opposition, les ONG et la presse sont menacées et harcelées depuis plusieurs mois.

► Lire aussi : notre dossier sur le Cambodge 

Le pouvoir à tout prix

A 65 ans, Hun Sen, homme fort du Cambodge depuis 32 ans, est déterminé à rester au pouvoir. Il est l'un des plus anciens dirigeants au monde et se dépeint comme la seule personne capable d'apporter la stabilité et la prospérité dans un pays toujours marqué par la guerre civile et le génocide perpétré par les Khmers rouges. 

<p>Le Premier ministre du Cambodge, Hun Sen, en visite dans une usine en périphérie de Phnom Penh, le 30 août 2017.</p>

Le Premier ministre du Cambodge, Hun Sen, en visite dans une usine en périphérie de Phnom Penh, le 30 août 2017.

©AP /Heng Sinith

Habitué des déclarations fracassantes et des menaces, Hun Sun a récemment brandi la menace d'une guerre civile, si son parti - le Parti du peuple cambodgien (CPP) - perdait le pouvoir aux prochaines élections. Il n'a de cesse de briser la popularité croissante du CNRP, qui semble porté par une vague populaire contre les inégalités et la corruption et a réalisé une percée remarquée aux élections municipales de juin dernier, un signe inquiétant pour l'homme fort du pays.

"Conspiration secrète"

Sur Twitter, la fille de Kem Sokha, Kem Monovithya, a décrit l'arrivée soudaine en pleine nuit de "100 à 200 policiers sans mandat" qui ont "fouillé et saccagé le domicile" de son père :

Publié dans la nuit, le communiqué du gouvernement évoquant l'arrestation de Kem Sokha fait état d'une "conspiration secrète, entre Kem Sokha, son groupe et des étrangers, faisant du tort au Cambodge". "Cette conspiration secrète est un acte de trahison", ajoute le gouvernement, sans plus de détails sur le crime présumé.

"Au Cambodge, diriger l'opposition est compliqué" 

L'interpellation de Kem Sokha a eu lieu quelques heures seulement après la publication sur le site pro-gouvernement Fresh News d'un article accusant Kem Sokha de fomenter le renversement de Hun Sen avec le soutien des Etats-Unis.
Un article qui fait référence à un discours prononcé en 2013 en Australie, lors duquel il avait évoqué des voyages à l'étranger et notamment aux Etats-Unis, pour discuter de son travail d'opposition ! Dans ce discours, il avait, de fait, affirmé que les Etats-Unis le "conseillaient pour changer la dictature au Cambodge". Des paroles qui, pour l'opposant Sam Rainsy exilé en France, n'ont rien à voir avec une quelconque trahison : 

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En 2016, Kem Sokha était resté claquemuré plus de six mois au siège de son Parti en signe de protestation contre des poursuites judiciaires. Il expliquait alos que que "quand on vit dans un pays qui n'est pas une démocratie, diriger l'opposition est compliqué".

Colère populaire

Ces dernières années, le Cambodge est devenu l'une des économies les plus performantes d'Asie du Sud-Est. Mais la colère monte parmi la population et surtout les jeunes, lassés de la corruption et de l'accaparement des richesses par une élite, proche d'Hun Sen. 

Après l'arrestation de Kem Sokha, désormais, tout est possible, affirme l'opposant en exil Sam Rainsy au micro de TV5MONDE : "Hun Sen dépasse la raison humaine. Quand vous visez toute voix critique, quand vous empêchez toute expression de la conscience de chaque indivicu, les conséquences peuvent être très graves."

Liberté de la presse menacée

Fin août, les Etats-Unis exprimait leur "profonde préoccupation" concernant l'état de la démocratie cambodgienne après le renvoi d'une ONG américaine et des menaces de fermeture de plusieurs journaux indépendants. Parmi les médias dans la ligne de mire d'Hun Sen, le Cambodge Daily, publication qui n'hésite pas à critiquer le gouvernement. Menacé de fermeture lundi s'il ne peut pas s'acquitter d'une facture d'impôt de 6,3 millions de dollars, le titre vient d'annoncer ce dimanche qu'il allait effectivement devoir mettre la clé sous la porte faute de pouvoir payer ces arriérés dont le montant ne reflète aucunement l'état de ses comptes..