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Cambodge : le régime se raidit

Répression contre la manifestation du 3 janvier à Phnom Penh (photo AFP)
Répression contre la manifestation du 3 janvier à Phnom Penh (photo AFP)

Après vingt-huit années de pouvoir, le Premier ministre cambodgien Hun Sen est confronté à une contestation grandissante à laquelle il semble désormais vouloir opposer la force. Quatre personnes ont été tués vendredi dans une manifestation. Des militantes hostiles à un projet immobilier ont été interpellées ce lundi durant quelques heures et des chefs de l'opposition sont convoqués par la justice.

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Convergences


Cinq militantes cambodgiennes impliquées dans des conflits fonciers ont été interpellées lundi pendant quelques heures, alors que les autorités semblent déterminées à empêcher toute nouvelle action contre le Premier ministre Hun Sen.
 
Membres de la communauté de Boeung Kak, où des milliers de familles ont été expulsées pour faire place à un projet immobilier sur les bords d'un lac de Phnom Penh, les militantes ont été arrêtées alors qu'elles se préparaient à manifester pour réclamer la libération d'autres emprisonnés. Elles ont été relâchées huit heures plus tard, sans aucune charge retenue contre elles, selon l'une d'entre elles, qui a assuré que son groupe continuerait son action auprès des victimes d'expulsions même si les autorités leur ont ordonné de ne plus manifester.

Les défenseurs des droits de l'Homme ont dénoncé ces interpellations, y voyant un nouveau signe d'une campagne du régime pour faire taire ses opposants. "Les autorités cambodgiennes semblent avoir abandonné tout semblant de démocratie, d'Etat de droit ou de justice", a dénoncé Tola Moeun, du Centre pour l'éducation légale du Cambodge. "Ces femmes ne faisaient clairement rien de mal. La question est: qu'est-ce qui va suivre et qui seront les prochains. Cette folie doit s'arrêter maintenant".

Vendredi, les forces de l'ordre avaient ouvert le feu sur des ouvriers du textile qui réclamaient des augmentations de salaire - actuellement de 80 euros par mois -, faisant trois morts selon la police, au moins quatre selon les défenseurs des droits de l'Homme. Des bonzes qui s'étaient joints aux manifestants ont également été malmenés.

La situation s'est tendue dans le royaume depuis les élections de juillet 2013 contestées par l'opposition qui estime s'être fait dérober sa victoire. Au pouvoir depuis près de trente ans après que les Khmers Rouges en eurent été chassés, Hun Sen a promis d'y rester encore au moins dix ans. Il se trouve cependant confronté simultanément à une fronde grandissante de la part des ouvriers du secteur textile et des partisans de l'opposition qui réclament son départ et de nouvelles élections.

Après la répression de vendredi, les autorités ont interdit toute nouvelle manifestation, dispersant des partisans du principal parti d'opposition, le Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP), réunis depuis des semaines dans un parc de la capitale. Accusés d'incitations à troubler l'ordre public, les leaders du CNRP Sam Rainsy et Kem Sokha ont été convoqués le 14 janvier par la justice pour être interrogés sur les récentes violences.