Canada-Etats-Unis : nouvelle guerre commerciale sur le bois

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©M. Dubois/ TV5MONDE

Depuis plus d’une semaine, le président américain multiplie les attaques contre le Canada en dénonçant des pratiques commerciales qui, dit-il, portent préjudice à son pays. Après les producteurs de lait canadien, voilà qu’il s’attaque maintenant aux entreprises qui exportent du bois de construction aux États-Unis en leur imposant des tarifs douaniers de 20% en moyenne. 

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Les pires craintes du gouvernement canadien sont-elles en train de se réaliser avec les dernières décisions de Donald Trump ?

Les relations commerciales entre les Etats-Unis et le Canada ont commencé à s"envenimer la semaine dernière au sujet du lait. Les producteurs laitiers canadiens veulent favoriser le lait canadien dans la fabrication de leurs produits en en baissant le prix par rapport au lait proposé par les exportateurs américains. Donald Trump avait déjà qualifié ce changement "d'injuste". 

Désormais, c'est le président américain qui impose une nouvelle taxe douanière sur le bois d’œuvre canadien, ce bois dont on se sert pour construire des maisons. Cette nouvelle taxe imposée par les États-Unis ouvre un nouveau chapitre dans une dispute commerciale qui dure depuis 1982 entre les deux voisins.

Le président Donald Trump et le Premier ministre canadien Justin Trudeau lors de leur première rencontre à Washington le 12 février 2017.
Le président Donald Trump et le Premier ministre canadien Justin Trudeau lors de leur première rencontre à Washington le 12 février 2017.
©AP Photo/Andrew Harnik



Le bois d’œuvre est un sujet de discorde commerciale majeur pour les Américains. Ils affirment que les entreprises canadiennes sont subventionnées par leur gouvernement, ce qui leur permet de casser les prix sur le marché, entraînant ainsi de la concurrence déloyale à l’industrie forestière américaine.

Le marché américain représente 75% des exportations canadiennes de bois d’œuvre, l’an dernier, soit une valeur de 4,7 milliards de dollars.  

Ce n’est donc pas la première fois que les Américains imposent des taxes aux entreprises canadiennes pour tenter de protéger leur industrie. Cette fois-ci, les taxes seront fixées en fonction de l’importance de l’entreprise et de son volume d’affaires aux États-Unis, variant ainsi entre 3 et 20%. Ce sont les petites et moyennes entreprises œuvrant dans ce secteur qui seront le plus affectées par ces tarifs douaniers qui donnent le coup d’envoi à une cinquième guerre commerciale sur le bois d’œuvre entre les deux pays. 

Le Canada va se défendre

Le premier ministre Justin Trudeau a déclaré qu’il allait défendre les intérêts du Canada. Son gouvernement a rapidement dénoncé l’imposition de ces droits qu’il qualifie d’injustes et punitifs. Dans un communiqué conjoint, les ministres des Ressources naturelles et des Affaires étrangères ont déclaré qu’ils allaient défendre l’industrie canadienne du bois d’œuvre devant les tribunaux. « Dans les décisions qui se sont succédé depuis 1983, les tribunaux internationaux ont réfuté les allégations non fondées de subvention et de préjudice porté à l’industrie américaine. Nous avons eu gain de cause dans le passé et il en sera de nouveau ainsi », précise le communiqué. 

Lors du dernier conflit, qui remonte à 2001, les Canadiens avaient contesté devant l’Organisation mondiale du Commerce, l’imposition de tarifs douaniers de plus de 27% par les États-Unis. Ils avaient alors effectivement eu gain de cause. Une entente avait par la suite été conclue entre les deux pays, entente qui est échue depuis octobre 2015. 

Ce dernier conflit, en 2001, avait par contre causé la perte de dizaines de milliers d’emplois au Canada : les enjeux sont donc énormes pour le voisin de l’Oncle Sam. Une rencontre est au menu entre le gouvernement fédéral et les provinces pour faire le point sur ce délicat dossier. 
 

Le Québec et la Colombie-Britannique, premières concernées

Les deux provinces canadiennes qui vont être les plus touchées par ces taxes douanières sont le Québec et la Colombie-Britannique, dans l’ouest du pays. Là-bas, on parle de près de 150 000 emplois directement liés à cette industrie, au Québec, ce sont quelque 60 000 emplois.

Le gouvernement québécois a déjà un plan d’attaque : il va accorder aux entreprises forestières de la province des garanties de prêt auprès des institutions financières. Il va aussi mettre en place un programme d’aide allant jusqu’à 300 millions de dollars par année afin de compenser les pertes financières causées par ces taxes douanières.  
« Notre attitude va être double, a déclaré le Premier ministre Philippe Couillard. D’abord une attitude de défense et de promotion de notre système forestier et de soutien actif des entreprises de sciage. Mais également, pousser encore plus notre industrie vers l’innovation et le développement de nouveaux produits, de nouveaux marchés. »

Nouveaux marchés : c’est peut-être la voie de l’avenir pour l’industrie forestière canadienne, trop tournée vers son voisin du sud et donc à la merci de son protectionnisme latent. Le marché chinois serait dans la ligne de mire des Canadiens, surtout pour les entreprises de la Colombie-Britannique, qui ont déjà exporté vers la Chine l’an dernier un milliard de dollars de bois d’œuvre…

Un impact aux États-Unis aussi

L’imposition de ces taxes douanières aux entreprises canadiennes va aussi avoir un impact pour les Américains qui pourraient devoir payer, en moyenne, 1 000$ de plus pour faire construire leurs maisons. Par contre, l’industrie forestière américaine ne cache pas sa joie. 

Le Canada et les États-Unis vont donc entrer dans un processus de négociation qui s’annonce long et ardu pour essayer d’en arriver à une entente sur cette question du bois d’œuvre. 

Donald Trump, quant à lui, n’en a visiblement pas fini avec le Canada qu’il a maintenant très clairement dans sa ligne de mire, notamment en ce qui concerne la renégociation de l’ALENA, cet accord de Libre-Échange qui lie le Canada, les États-Unis et le Mexique depuis plus de 20 ans. « L’ALENA, que ce soit avec le Mexique ou le Canada, c’est un désastre, un désastre commercial. Nous allons revenir vous d’ici deux semaines à propos de l’ALENA, et ce que nous allons faire à ce sujet », a tempêté récemment le président américain. Il s'est défendu aussi mardi 25 avril : « Les gens ne réalisent pas que le Canada a été très dur avec les Etats-Unis. Pendant des années, ils ont été plus malins que nos dirigeants ». Que les Canadiens se le tiennent pour dit, les hostilités ne font que commencer…