Canada : une taxe carbone pour réduire les GES

Pour remplir les objectifs de la COP21 sur la réduction des gaz à effet de serre (GES), le gouvernement de Justin Trudeau a négocié un accord avec les provinces et les Territoires du Canada. Explications de Louis Blouin de Radio Canada et analyse de Karel Mayrand, président de "Réalité climatique" Canada.

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A Paris fin 2015, lors de la COP21, la conférence mondiale sur le climat, le Canada prenait l'engagement de réduire ses émissions à effets de serre de 30 % d'ici 2030 par rapport à 2005.

Ce vendredi 11 décembre, le gouvernement fédéral canadien et les provinces ont finalisé un accord a minima et à la carte pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Accord qui prévoit essentiellement la mise en place progressive d'une taxe carbone à partir de 2018.

La taxe va s'appliquer à tous

Sur les 10 provinces et 3 Territoires que compte le Canada, la Saskatchewan et le Manitoba ont refusé de ratifier l'imposition de la taxe carbone ou de mettre en place des mécanismes équivalents de réduction des émissions. Le Premier ministre Justin Trudeau a néanmoins annoncé la conclusion avec les responsables d'un "cadre qui comprend des mesures réelles et concrètes pour construire une économie forte et propre".

Mais la taxe carbone "n'est pas une mesure suffisante pour atteindre les cibles ambitieuses de l'accord de Paris... Pour y arriver, nous devrons faire plus", a reconnu Justin Trudeau qui reste inflexible et assure vouloir imposer la tarification du carbone aux provinces qui refusent de signer. "C'est un moyen pour le Canada de remplir ses obligations" et le prix décidé en octobre de 10 dollars la tonne dès 2018 -pour passer progressivement à 50 dollars en 2022 -, "va s'appliquer" à tous, a-t-il affirmé.

Compromis et équité

A un peu plus de 700 millions de tonnes, les émissions de GES du Canada pèsent moins de 2 % du total mondial, mais elle restent d'environ 200 millions de tonnes supérieures aux engagements pris par le Canada à Paris.

Le gouvernement Trudeau a dû abaisser ses ambitions afin d'obtenir la signature de la Colombie-Britannique qui refusait de payer plus que les autres provinces en raison de son avance sur l'environnement. Cette province qui a mis en place une taxe carbone depuis huit ans, a obtenu dans une annexe "le droit en 2020 d'analyser (...) les niveaux d'équité" entre les provinces et de prendre "les mesures appropriées pour la Colombie-Britannique", a déclaré sa Première ministre Christy Clark.

Ce mécanisme permettrait alors de décider d'augmenter "notre taxe sur le carbone de 10 ou 20 dollars" la tonne, ou de prendre "d'autres mesures pour obtenir des réductions plus importantes au niveau des émissions de GES", a-t-elle ajouté.

En attendant Trump et Poutine

Le dirigeant de la Saskatchewan, le conservateur Brad Wall, est resté inflexible, pas question de signer un accord quand le président élu des États-Unis Donald Trump pourrait décider de détricoter les réglementations contre le changement climatique.

Il en va de la compétitivité des agriculteurs de cette province à la frontière avec le Dakota du Nord aux États-Unis ou des entreprises productrices d'engrais agricoles comme la potasse. Si, sur cette dernière, "Vladimir Poutine en Russie (autre producteur de potasse, ndlr) ne met pas de taxe sur le carbone ou si nos agriculteurs ont une taxe de 80000 dollars, alors ils ne peuvent pas rivaliser avec leurs homologues américains", a conclu Brad Wall.