Cao Shunli ne combattra plus pour les droits de l'Homme

Cao Shunli
Cao Shunli

La militante des droits humains Cao Shunli est morte à 52 ans dans un hôpital de Beijing après cinq mois de détention. Sa famille avait demandé, en vain, qu’elle reçoive un traitement médical pour de graves problèmes de santé. La police avait arrêté la militante l'année dernière alors qu’elle tentait de se rendre à Genève pour assister à un programme de formation sur les droits humains.
Pour Amnesty International, les autorités chinoises ont "du sang sur les mains."

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" Je l’ai regardé brièvement. C’était insoutenable. Quels sont les crimes odieux qu’elle  a commis pour avoir été tourmentée  de cette façon ? » a déclaré Cao Yunli, son frère, bouleversé. Il avait enfin été autorisé à rendre visite à sa sœur, dans cet hôpital militaire de Pékin (dit hôpital 309) mais la militante venait de décéder après plusieurs semaines de coma. Selon sa famille, qui n'a pas été autorisée à prendre une photo de sa dépouille, le corps de Cao Shunli portait des traces de coups. 
Le  crime de Cao Shunli  ? L'activiste était accusée d’avoir "cherché à provoquer des conflits et troublé l’ordre public" suite à un sit-in qu’elle avait organisé en juin 2013 devant le ministère chinois des Affaires étrangères. Elle avait mené campagne pour obtenir la participation des militants à la rédaction du rapport national destiné au Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Impardonnable pour les autorités chinoises, très susceptibles et vite courroucées quand il est question de respect des droits de l'Homme. La police de Beijing avait arrêté Cao quelques mois plus tard,  en septembre, alors qu’elle tentait de se rendre à Genève pour assister à un programme de formation sur les droits humains.

Cao Shunli
Cao Shunli
Le martyre

Cao Shunli avait été immédiatement placée au centre de détention de Chaoyang à Beijing. La jeune femme souffrait d'une tuberculose contractée  en prison, d’une maladie des reins et de fibromes utérins. Les autorités n'ont jamais daigné répondre à son avocate, qui demandait sa libération pour raisons de santé et avaient refusé de lui donner un traitement médical approprié, laissant son état de santé se dégrader. Seule, souffrant le martyre, Cao a finalement été emmenée à l'hôpital le 19 février après être tombée dans le coma. Le lendemain, la famille a été informée de son état critique et les autorités ont enfin approuvé la libération conditionnelle médicale. Mais il était trop tard. Comme le précise le correspondant du journal "Le Monde" à Pékin : " Techniquement, Cao Shunli n'est pas morte en détention : les autorités ont fait signer à la famille le 27 février sa libération anticipée pour raison médicale alors qu'elle était déjà dans un état décrit comme « terminal » par les médecins".

Le Conseil des droits de l'homme à Genève
Le Conseil des droits de l'homme à Genève
La Chine, membre du conseil des droits de l'homme

Cao Shunli était une fervente militante en faveur d’une participation réelle de la société civile. Elle travaillait à la rédaction du plan d’action national pour les droits humains et sur les rapports destinés à l’Examen périodique universel (EPU) du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. C'était le 22 octobre dernier à Genève. La Chine avait alors reçu 252 recommandations en vue d'améliorer la situation des droits de l'Homme dans ce pays et en avait accepté 204, y compris une, destinée à " faciliter le développement, un environnement sûr et favorable dans lequel la société civile et les défenseurs des droits humains peuvent agir sans crainte, entraves et en toute sécurité ".
Cao Shunli vient de payer de sa vie cet engagement en faveur d'une Chine plus transparente. Comme le souligne Philippe Grangereau, correspondant du Journal Libération en Chine : "Le rapport chinois a été présenté sans la moindre contribution de la société civile chinoise en octobre à Genève - et la République populaire de Chine a été élue le mois suivant membre du Conseil des Droits de l’homme de l’ONU."

"Du sang sur les mains"

Human Rights in China (HRIC) exige une enquête "sur la responsabilité pénale de ceux qui ont participé à la persécution de Cao qui a conduit à sa mort et de les traduire en justice". L'ONG chinoise demande en outre au gouvernement de "Présenter des excuses publiques au peuple de la nation pour cette  persécution de Cao qui a conduit à sa mort." Amnesty International ne s’embarrasse pas de formules pour clamer son indignation: "La mort de Cao Shunli montre l’indifférence et l’esprit calculateur des autorités chinoises affirme Anu Kultalahti, chercheuse sur la Chine. Elles sont prêtes à tout pour réduire les critiques au silence. Aujourd’hui, les autorités ont du sang sur les mains.Cao Shunli était une femme courageuse qui est allée jusqu’au bout dans sa lutte pour les droits humains en Chine. Elle n’aurait jamais dû être placée en détention, mais lui refuser le traitement dont elle avait tant besoin relève de la barbarie."
L'organisation rappelle en outre "qu'il est courant de refuser des soins médicaux aux militants en détention, afin de les affaiblir ou de les punir."
Et de rappeler que ces derniers mois, d’autres militants reconnus se sont vus refuser des soins médicaux, "dont Liu Xia, l’épouse de Liu Xiaobo, lauréat du prix Nobel de la paix actuellement emprisonné."