Centenaire du génocide arménien : « rien ne sera oublié »

<span style="color: rgb(33, 33, 33); font-family: inherit; font-size: 16px; line-height: 24px; white-space: pre-wrap; background-color: transparent;">De gauche à droite, le dirigeant de l'Église apostolique arménienne Catholicos Garegin II , la première dame d'Arménie et le son mari Serge Sarkissian, le président russe Vladimir Poutine, le président chypriote Nikos Anastasiadis et le président français François Hollande aux commémorations à Erevan. </span>
De gauche à droite, le dirigeant de l'Église apostolique arménienne Catholicos Garegin II , la première dame d'Arménie et le son mari Serge Sarkissian, le président russe Vladimir Poutine, le président chypriote Nikos Anastasiadis et le président français François Hollande aux commémorations à Erevan.
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L'Arménie a commémoré vendredi 24 avril les 100 ans du génocide qui a coûté la vie à 1,5 million d'Arméniens sous l'Empire ottoman.  De son côté, la Turquie, qui ne reconnaît que des « massacres » d'Arméniens, a célébré les 100 ans de la bataille des Dardanelles.  

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Des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées au Mémorial du génocide, construit sur les hauteurs d’Erevan, en Arménie. Les chefs des délégations étrangères ont remonté, un par un, l’Allée du deuil et ont déposé une fleur jaune pour composer le coeur d’une gerbe commune formant un myosotis, la fleur du souvenir. Après la minute de silence,  le président arménien Serge Sarkissian a remercié les dirigeants présents et a déclaré que « rien ne sera oublié. »

Les Arméniens estiment qu'un million et demi des leurs ont été tués de manière systématique entre 1915 et 1917 pendant les dernières années de l'Empire ottoman. Des victimes qui ont été canonisées hier par l’Eglise arménienne au Saint-Siège d'Echmiadzin. 
 

Reconnaissance à petits pas


« Je m'incline devant la mémoire des victimes et je viens dire à mes amis arméniens que nous n'oublierons jamais les tragédies que votre peuple a traversées », a pour sa part déclaré le président François Hollande. « Rien ne peut justifier des massacres de masse. Aujourd'hui, nous nous recueillons aux côtés du peuple arménien », a lancé de son côté  Vladimir Poutine. La Russie a reconnu le génocide arménien en 1994 et la France en 2000.  
 
Pour l’Allemagne et l’Autriche, alliées de l’Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale, la reconnaissance est toute récente. C’est à la veille des commémorations, le jeudi 23 avril, que le président allemand Joachim Gauck a admis sa « co-responsabilité » dans ce crime contre l’humanité. Le Parlement autrichien a, quant à lui, observé mercredi 22 avril une minute de silence en hommage aux victimes. Ce qui a provoqué la fureur de la Turquie. Elle  a dénoncé une « injure au peuple turc » et rappelé pour consultation son ambassadeur à Vienne. Ces derniers jours, le gouvernement turc avait déjà été très irrité par les déclarations du pape François, qui a parlé pour la première fois du génocide des Arméniens, et par le Parlement européen qui a demandé à la Turquie de le reconnaître. En avril 2014, M. Erdogan, alors Premier ministre, avait fait un geste inédit, en présentant ses condoléances pour les victimes arméniennes de 1915, sans pour autant cesser de contester toute volonté d'extermination.
 

Blocage de la Turquie

La Turquie récuse toujours la réalité du génocide et évoque une simple guerre civile en Anatolie, doublée d’une famine dans la quelle 300 000 à 500 000 Arméniens et autant de Turcs ont péri. En ce 24 avril, elle a célébré la bataille des Dardanelles, un épisode meurtrier de la Première Guerre mondiale. Et ce un jour plus tôt que l’impose le calendrier historique, obligeant certains chefs d’Etat de choisir entre les Dardanelles et le génocide arménien.  

« J’espère que le président Erdogan adressera un message plus fort le 24 avril et que les relations (bilatérales) pourront se normaliser », a répliqué le président Sarkissian dans un entretien accordé à la chaîne de télévision turque CNN-Türk. Pour le chanteur Charles Aznavour, d'origine arménienne et membre de la délégation officielle française à Erevan, la Turquie reconnaîtra « un jour ou l'autre » ces massacres quand elle « en aura marre d'être montrée du doigt ».
 
De leur côté, les Etats-Unis sont restés très prudents. Aucune personnalité américaine de haut rang a été envoyée à Erevan. Seul le secrétaire au Trésor, Jack Lew, a fait le déplacement en toute discrétion. A la Maison Blanche, le président  Barack Obama s'est contenté d'un communiqué aux mots soigneusement choisis. Pour ne pas heurter la Turquie, précieux allié au Moyen-Orient et membre de l'OTAN, il a qualifié le massacre d'Arméniens  de « terrible carnage », évitant le mot sensible de « génocide »
 

Partout dans le monde

Des cérémonies commémoratives organisées par de nombreuses diaspora doivent également se tenir de Los Angles à Stockholm en passant par Paris, Beyrouth et Jérusalem. 

 

Chronologie du génocide arménien dans l'Empire ottoman
 
Été et automne 1894 : révolte arménienne dans le Sassoun. La population refuse de payer les impôts et des rebelles arméniens résistent aux troupes de l'Empire.
1894-1896 : les massacres hamidiens sous le sultan Abdülhamid II. C’est la première série d'actes criminels de grande ampleur perpétrés contre les Arméniens de l'Empire ottoman.
1908 : arrivée au pouvoir des Jeunes-Turcs qui défendent une modernisation de l’Empire.
Avril 1909 : les massacres d'Adana font 30 000 morts parmi la communauté arménienne. 
2 novembre 1914 : jusqu'alors neutre, l'Empire ottoman entre dans la Première Guerre mondiale aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie.
Janvier 1915 : vaincue, la 3e armée ottomane d'Enver Pacha se venge sur la population arménienne accusée de sympathie pro-russe.
24 avril 1915 : arrestation, puis déportation et enfin mort de 650 intellectuels, religieux, politiques et enseignants arméniens à Constantinople. Cette date, retenue pour les cérémonies de commémoration, marque le début du génocide.
Mai à juillet 1915 : la population arménienne des provinces orientales de l'empire est transférée à pied ou plus rarement en train jusqu'au désert de Mésopotamie. Sans nourriture, sans eau, elle est peu à peu décimée.
1916 : les massacres se déplacent plus à l’est, vers Ras ul-Aïn, Rakka, et le désert de Deir ez-Zor (Syrie d’aujourd’hui). 
Novembre 1918 : fuite des dirigeants Jeunes-Turcs après la défaite de l’Empire ottoman.
1919-1920 : Des cours martiales turques jugent les exécuteurs des massacres ainsi que des fonctionnaires intermédiaires.
10 août 1920 : le traité de Sèvres reconnaît la République arménienne et mentionne dans un article que le gouvernement ottoman reconnaît aux puissances alliées le droit de poursuive le jugement des responsables du génocide.
1923 : le traité de Lausanne, remettant en cause le traité de Sèvre, ne mentionne pas le nom de l'Arménie.