Champion du monde de Scrabble francophone, il ne parle pas français

(capture d'écran)

Le Scrabble francophone a un nouveau champion du monde depuis le 20 juillet. Paradoxe : il ne sait pas parler français.

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Après trois heures de finale et l'emploi de mots peu usités - akène ou encore oghams - voire inconnus du tout-un-chacun, Nigel Richards s'est imposé champion du monde de Scrabble classique francophone ce 20 juillet 2015 à Louvain (Belgique). "Classique" désignant un jeu opposant deux adversaires, assis l'un en face de l'autre.

Pourtant, ce Néo-Zélandais de 48 ans, à la barbe abondante et aux yeux cerclés d'une très large paire de lunettes, ne parle pas français... Est-il donc un oxymore à lui seul ? Non, il a juste une excellente mémoire : depuis la fin mai 2015 il a mémorisé le dictionnaire. Plus précisément : l'Officiel du Scrabble.

En neuf semaines, il a ainsi mémorisé une soixantaine de milliers de mots, et plus de 300 000 déclinaisons. Autant d'entrées qui lui ont permis de battre en finale un Gabonais, Schélick Ilazou Rekawe, déjà finaliste en 2014... et francophone. Est-ce un exploit ? La fédération islandaise de Scrabble estime pouvoir offrir au champion un défi plus dur encore :

« Monsieur Richards,
Toutes nos félicitations d'avoir remporté le championnat du monde de Scrabble francophone. C'est un exploit sans précédent dans le monde du Scrabble, et une démonstration incroyable des capacités illimitées de l'esprit humain.
Cela dit, nous sommes sceptiques. Le français est une langue simple - elle ne compte que 370 000 mots Scrabble - n'importe qui pourrait les mémoriser et devenir champion francophone.
C'est pourquoi nous souhaiterions vous proposer un véritable défi : participer au championnat islandais de "Skrafl"et faire taire les sceptiques. Nous avons un vocabulaire Scrabble ambitieux de 2,3 millions de mots. Concourrez à la couronne islandaise et prouvez au monde que vous êtes indiscutablement le plus grand joueur de tous les temps.
Le championnat islandais de "Skrafl" aura lieu à la mi-novembre 2015.
Bien à vous,
L'association islandaise de Scrabble »

Cette fine connaissance du vocabulaire français ne lui permettrait cependant pas d'engager la conversation : il ne connaît pas la logique de la langue. Tout ce qu'il sait dire en français, selon le vice-président de la fédération belge de Scrabble, organisatrice de l'événement, ce sont les scores des parties... car c'est obligatoire.

Il n'en connaît pas moins certaines précisions de la grammaire française : au cours de la finale, il a fait annuler un mot de son adversaire - furetées - car le verbe "fureter" est intransitif... ce qui signifie qu'il ne peut pas être décliné au féminin pluriel.

Pour Nigel Richards, remporter la palme du Scrabble francophone est une première, même s'il a déjà plus d'un titre à son actif : triple champion du monde anglophone (il parle anglais), cinq fois champion des États-Unis, et plus de dix fois vainqueur de la Coupe du roi en Thaïlande - le plus grand tournoi de Scrabble anglophone.


Depuis ce mercredi 22 juillet, Nigel Richards concourt aux épreuves de Duplicate, c'est-à-dire un jeu lors duquel tous les participants, dotés des mêmes lettres de départ, jouent contre un ordinateur.

D’où vient le Scrabble ?

C’est un architecte américain, Alfred Mosher Butts, qui en a eu l’idée pendant la crise de 1929. À l’origine, le "Lexico" demandait à plusieurs joueurs de composer des mots de sept lettres, à partir de jetons tirés au sort. Puis, de fil en aiguille, les mots ont pu avoir n’importe quelle longueur, se cumuler sur un plateau et procurer des points aux joueurs.

C’est en 1948 que ce jeu a reçu le nom que nous lui connaissons aujourd'hui, qui signifie "gribouillage". En quelques années, le nombre de ventes s'est envolé. Puis les versions en langues étrangères son arrivées. Dès 1955, le Scrabble se déclinait en français.