Chansons françaises : cherchez l’erreur

©Anthologie des bourdes et autres curiosités de la chanson française (La Tengo Editions)

Alister, auteur-compositeur-interprète français, recense depuis plusieurs années  « les bourdes et autres errances de la chanson francophone. » Résultat : une anthologie drôle et instructive de tout ce qui a dérapé dans les textes ou les pochettes d’albums. Florilège. 

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Au fil des années, il en a accumulé. Des erreurs historiques et géographiques, de liaison et de syntaxe, des fautes de prononciation, des traductions erronées… Alister, auteur-compositeur-interprète, et rédacteur en chef de la revue Schnock, les a compilés dans un article, et maintenant dans un livre. Anthologie des bourdes et autres curiosités de la chanson française (Editions La Tengo) est une compile bien rythmée de ses trouvailles, écrite de la plume drôle et facétieuse d’Alister.

©La Tengo Editions

Les chansons qui trouvent leur place dans ce panthéon de la « bourde » sont sorties entre les années 1970 et 1990. On regrette qu’Alister n’ait pas étendu ses recherches jusqu’à aujourd’hui.

Beaucoup de ces titres, ces tubes, ont marqué la chanson française. Et pourtant, ils étaient loin d’être irréprochables d’un point de vue linguistique ou de cohérence.  

« Ça fait trop »

Dans Et moi, et moi, et moi, Jacques Dutronc chante en 1966 « 700 millions de Chinois » et « 50 millions de Vietnamiens » sauf que l’auteur de ces paroles, Claude Lanzmann, reconnaîtra rapidement que 50 millions « c’est trop »… pour l’époque.
 

Mauvaise liaison sur la ligne

Côté liaison dangereuse, l’exemple le plus frappant même si vous n’aurez pas manqué de le chantonner au moins une fois dans votre vie, c’est le titre d’Eddy Mitchell Pas de boogie-woogie datant de 1976. LA phrase à ne pas rater dans sa première version la voici : « Reprenez R’avec moi tous en chœur ».  Mais quand on écoute la version chantée par Eddy Mitchell en 1977 sur le plateau de l’émission Numéro Un, on a fait bien attention à la liaison…. :  correcte !  

Syntaxe boiteuse

Certaines perles de syntaxe passeraient presque inaperçues comme dans Chanson sur ma drôle de vie (1972) Véronique Sanson a décidé de n’en faire qu’à sa tête en entonnant : « J’ai des idées dans la tête Et je fais ce QUE j’ai envie » au lieu de « ce dont j’ai envie ».

Véronique Sanson ma drôle de vie

Johnny cumule

Sauf erreur de calcul, Johnny Halliday remporte trois nominations dans l’ouvrage. La première pour son titre Les chiens de paille, dans lequel le rockeur français se perd dans les saisons : « C’était fin août, début juillet ». On est perdu là….
 
Ses deux autres « bourdes » s’étalent en grand sur la pochette de disque : son titre Que j’ai tort (en fait c’est un « d ») ou raison,  de 1971, et une coquille dans son nom. De « Hallyday », il devient « Halliday » sur la pochette de son album Que je t’aime de 1969. Après tout, comme le souligne Alister, on s’y perd tous au moins une fois dans cette orthographe.

« Nous nous en allerons »

Alister épingle aussi les défauts de prononciation et les fautes de genre des artistes dans certaines chansons.
Il arrive tout de même que des erreurs n’en soient pas, mais qu’elles s’inscrivent comme des choix d’auteurs. Souvenez-vous de « Dès que le vent soufflera, je repartira /Dès que les vents tourneront, nous nous en allerons » que chantait Renaud en 1984 (« Dès que le vent soufflera »). 

Un autre auteur Serge Gainsbourg s'est d'ailleurs amusé des fautes d'orthographe dans sa chanson "En relisant ta lettre" : 

©Youtube

Et puis, parfois, ce sont les auditeurs qui créent des erreurs qui n’existent pas, croyant entendre quelques mots qui n’y sont pas. Dans Il venait d’avoir 18 ans, Dalida met bien de « l’ordre dans ses cheveux » et pas de l’or… On a réécouté pour vous parce qu’à la rédaction de TV5MONDE, on n’étaient pas tous d’accord.

Dalida Il venait d'avoir 18 ans

Du jaune au vert

Pas d’anthologie des bourdes sans traduction ratée de l’anglais au français. La plus marquante, peut-être, reste celle du Yellow submarine des Beatles, qui devient Le Sous-marin vert et dans le refrain, cela devient : « vert comme la mer, tantôt vert, et tantôt bleu, tantôt vert  et bleu ». Une traduction qui inspire ce commentaire d’Alister : « Apparemment y’a un daltonien qui fume des lapins sous les mers dans le studio ». Mais le vert était, semble-t-il, plus aisé pour la rime.

Humour

Mais hors de question pour Alister de jeter la pierre à ses confrères et consoeurs. Il prévient en préface « mon ambition ici n’est pas de viser la poutre dans l’œil du voisin, ni de juger du talent fondamental des uns et des autres.  (…) Mon but est seulement de parler de chanson de façon stimulante, sans courbettes, ni aveuglement. Mais toujours avec passion. Et humour. »
 
Et l’auteur n’en manque pas. Toute à la fin du livre une petite note indique que sept erreurs se sont glissées dans l’ouvrage. Au lecteur de les retrouver pour gagner un autre exemplaire de cette anthologie décalée.

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