Charles Enderlin, une double passion pour le journalisme et le Proche-Orient

Charles Enderlin à la sortie d'une audience devant le Palais de Justice de Paris en novembre 2007, lors de l'un des multiples (mauvais) procès qui lui ont été faits
Charles Enderlin à la sortie d'une audience devant le Palais de Justice de Paris en novembre 2007, lors de l'un des multiples (mauvais) procès qui lui ont été faits
AP Photo/Michel Euler

Le visage et la voix de Charles Enderlin auront accompagné TV5MONDE depuis sa création en 1984. Correspondant de France Télévision en Israël depuis 1981, avant de raccrocher plume et caméra ce lundi 17 août 2015, il commentait aussi l’actualité sans répit du Proche-Orient, en direct dans les journaux et les magazines de TV5MONDE. Coup de chapeau à ce jeune retraité.

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Charles Enderlin est toujours disponible. Lorsque la rédaction de TV5MONDE s'envole en 1999 pour Jérusalem afin de réaliser un numéro spécial de la série "24h à…", à peine débarquée, l’équipe au complet est entraînée à Bethléem pour un dîner chez un restaurateur palestinien de ses amis. Au menu, des mets délicieux, mais surtout des discussions passionnées et revigorantes, sur cette terre qui lui tient depuis toujours tant au coeur et à l’esprit, ponctuées des commentaires de sa femme la journaliste Danièle Kriegel, fille de l’historienne et résistante Annie Kriegel. Ces deux-là, outre leurs enfants, ont beaucoup en partage : une histoire familiale traversée par la Shoah, la décision de faire l'alya (montée) vers Israël et le journalisme.

Le Proche-Orient est un sujet passionnel. Charles Enderlin a fait la preuve qu'on peut le couvrir sérieusement et honnêtement

Le style de Charles Enderlin, qui lui fut parfois bêtement reproché, est reconnaissable entre tous : l’énoncé tranquille des faits d’une voix dénué de pathos ou d’émotions, aux antipodes des conseils dispensés aux jeunes journalistes de télévision qui mettent parfois trop de vibrato dans leurs commentaires… Une marque de fabrique qui lui permit au plus fort des polémiques et des attaques dont il fut le sujet de gagner contre ses adversaires : les faits, tous les faits, rien que les faits. Ce que Dominique Vidal, journaliste et, lui aussi, infatigable arpenteur du Proche Orient, résume ainsi :

"On dit que le Proche-Orient est un sujet passionnel. Charles Enderlin, en près de trente-cinq ans, a fait la preuve qu'on peut néanmoins le couvrir sérieusement et honnêtement. Par ce qu'il en connaît les arcanes. Et parce qu'il sait les exposer avec pédagogie. J’ajouterais : parce qu’il partage généreusement ce connaissances et ce talent avec les jeunes journalistes. Sa crédibilité aura même résisté à la campagne odieuse menée par les inconditionnels d'Israël. Ses livres et ses documentaires restent incontournables."

Ayant commencé le journalisme à la radio publique israélienne, il s'émancipe rapidement de tout sentimentalisme et de toute pression. Couvrir les massacres de Sabra et Chatila (1982), impliquant les milices chrétiennes libanaises et l'armée israélienne dans deux camps de réfugiés palestiniens au Liban, exonère sans doute à jamais de tout enthousiasme pour la chose militaire.

Un très mauvais procès

Auteur de nombreux documentaires et livres, dont la plupart interrogent la quête tourmentée de la paix dans cette région du monde en guerre depuis près de 70 ans, Charles Enderlin n'aura pas échappé à la vindicte permanente qui accompagne le sujet israélo-palestinien. Le le 30 septembre 2000, au début de la seconde Intifada, Talal Hassan Abu Rahmeh, cameraman palestinien de France 2 posté parmi d'autres équipes internationales de reportage, filme à Gaza la mort d'un enfant de 12 ans, Mohammed al-Durah, qui s'est engagé avec son père dans la traversée d'un carrefour soumis aux tirs croisés des Israéliens et des Palestiniens.

Les images du garçon mourant prostré dans les bras de son père font le tour du monde. Les soldats israéliens sont mis en cause. L'armée s'excusera avant de se rétracter. Aussitôt la curée, allant jusqu'aux menaces de mort, est lancée contre le journaliste, menée par des personnalités françaises promptes à défendre le gouvernement israélien en toute occasion. L'affaire est même portée devant la justice française. Quinze ans plus tard, Charles Enderlin ayant gagné tous les procès qui lui ont été faits, des irréductibles continuent à le poursuivre de leur haine. Ceux qui étaient à France Télévision en ce temps-là se souviennent non sans douleur de ce moment qui cliva durablement la rédaction…

Démonter l'obsession du complot

En mai 2010, il revenait avec Patrick Simonin dans L'Invité sur cet épisode dramatique qui le conduisit à écrire un livre - Un enfant est mort, Don Quichotte, 2010 -, où il démonte toutes les théories du complot qui ont accompagné ces images : l'enfant ne serait pas mort, il le serait, mais tué par des Palestiniens, l'assassinat aurait été mis en scène, avec acteurs et figurants, etc….

En avant propos de son blog, Charles Enderlin n'affiche aucune autobiographie volumineuse, mais juste cette phrase d'un éditorialiste du New York Times : “Au Moyen-Orient, si vous ne pouvez pas expliquer une chose par la théorie du complot, n’essayez pas de l’expliquer! Les gens, là-bas, ne vous croiront pas”. T. Friedman, New York Times.

Sur son compte twitter, il tourne la page avec humour :

Et que ses admirateurs se rassurent : Charles Enderlin reviendra sûrement sur les antennes de TV5MONDE pour décortiquer encore et toujours les méandres infinis du Proche-Orient.