Chevaline : le massacre qui ébranle la Grande-Bretagne

Depuis mercredi 5 septembre, l'affaire fait la une des journaux britanniques et français. Quatre cadavres découverts dans une forêt des Alpes. Deux fillettes rescapées. Voilà à peu près ce que l'on sait de ce fait-divers sauvage où les zones d'ombres sont nombreuses. 

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Mercredi 5 septembre en milieu d'après-midi, un cycliste britannique appelle la gendarmerie. Sur un chemin forestier, l'homme (un ancien de la Royal Air Force) vient de faire une découverte sordide : "Lorsqu'il arrive, raconte le procureur d'Annecy, il découvre un break BMW, moteur en marche... Il voit s'effondrer devant lui une petite fille, se précipite et la positionne en position latérale de sécurité... Le cycliste fait ensuite le tour du véhicule et découvre au sol un cycliste qui l'avait doublé peu avant. Il brise la vitre côté conducteur et coupe le contact. Il découvre un homme au volant et deux femmes à l'arrière". Il déclarera plus tard avoir aperçu un 4x4 vert ou de couleur foncé.
Les secours arrivent rapidement sur place. La fillette blessée, âgée de 7 ans, est héliportée vers l'hôpital de Grenoble. Plongée dans un coma artificielle, ses jours ne sont désormais plus en danger. 
Dans la soirée, les enquêteurs apprennent par une personne du camping où logeaient les victimes, que la famille compte une autre fillette. La petite fille de 4 ans sera découverte vers minuit, prostrée à l'arrière de la voiture, sous les corps des deux femmes. Pendant huit heures, personne n'aura vu ou entendu la fillette. Elle est à présent hospitalisée dans un service de pédopsychiatrie.

Qui sont les victimes ?

Saad al-Hilli, victime présumée, dont la photo s'étale dans la presse britannique.
Saad al-Hilli, victime présumée, dont la photo s'étale dans la presse britannique.
L'identité des victimes a été officiellement confirmée ce vendredi. L'homme au volant s'appelait Saad al-Hilli. Les autres victimes à bord de la BMW étaient son épouse Iqbal ainsi que la grand-mère des fillettes, de nationalité suédoise. L'homme retrouvé mort près de la voiture serait un père de famille habitant dans la région d'Annecy. 
Les médias britanniques livrent un certain nombre d'informations sur Saad al-Hilli. Agé de 50 ans, il aurait quitté l'Irak avec sa famille dans les années 70 pour des raisons politiques. Il travaillait pour une entreprise anglaise spécialisée dans les photos aériennes et dont le siège se situe à Swindon à une centaine de kilomètres de Londres. Interrogé par la BBC, son voisinage le présente comme un bon père de famille. La presse anglaise publie aussi des photos de la maison familiale, un pavillon entouré d'un jardin où fleurissent les rosiers blancs.

Les pistes

Un camion transporte la voiture dans laquelle trois corps ont été retrouvés - AFP
Un camion transporte la voiture dans laquelle trois corps ont été retrouvés - AFP
"Ce qui est sûr, c'est qu'on voulait tuer". Voilà en gros la seule certitude avancée par le procureur de la République d'Annecy. Eric Maillaud dénonce au passage un acte d'une extrême "sauvagerie", "particulièrement horrible" et même "hors normes". Derrière la force des mots, en revanche, c'est le flou total sur les motivation du ou des tueurs.
La presse britannique part donc tous azimuts et la personnalité comme le parcours du père sont au coeur des spéculations. 
L'entreprise Shtech fondée par Saad al-Hilli ? Elle est spécialisée dans le conseil informatique pour les secteur aéronautique. La victime a récemment travaillé pour une filiale d'EADS, le géant européen de la défense mais, selon le comptable de son entreprise, Saad al-Hilli "n'était impliqué dans aucun contrat de défense".
Le quotidien Daily Mail cite également un voisin anonyme selon lequel il était connu des renseignements britanniques qui l'avaient placé sous surveillance en 2003 au début de la guerre en Irak. Information démentie ce vendredi par le Procureur.

Affaire familiale ? 

Autre piste largement évoquée ces dernières heures, le contentieux familial. Selon le procureur d'Annecy, Saad al-Hilli serait en conflit avec son frère pour des histoires d'argent. Mais cela ne l'implique qu'en tant que "témoin" a dit ce vendredi le procureur. Jeudi, le frère s'est d'ailleurs présenté à la police britannique pour se défendre de toute implication. 
Crime crapuleux, drame familial et même Al Qaïda ! Tout a été évoqué dans les colonnes de la presse britannique mais rien n'a été confirmé par les enquêteurs français. 
Deux enquêtes ont officiellement été ouvertes ce vendredi, l'une pour "assassinats" et l'autre pour "tentatives d'assassinats", ce qui signifie que la volonté de tuer est clairement établie. Au moins quatre gendarmes français se rendent en Grande-Bretagne en cette fin de semaine.

La presse britannique mobilisée




Polémique autour de la fillette retrouvée dans la voiture


Une affaire qui en rappelle une autre...

L'affaire de Chevaline réveille dans de nombreux esprits le souvenir de l'affaire Dominici. Il y a tout juste 60 ans, dans la nuit du 4 au 5 août 1952, une famille anglaise est assassinée à Lurs dans ce qui s'appelait à l'époque les basses-Alpes, aujourd'hui Alpes de Haute Provence. Jack Drummond, son épouse Anne, et leur fille de dix ans Elizabeth sont retrouvés au petit matin. Ce qui marque notamment c'est la sauvagerie avec laquelle la fillette a été tuée. Un vieux bourru du coin, Gaston Dominici, sera condamné à mort pour ce triple homicide, mais sans que sa culpabilité ne soit réellement établie. Il ne sera d'ailleurs jamais exécuté et soixante ans plus tard l'Affaire Dominici reste, en France, l'un des faits-divers les plus marquants. Qui était vraiment Drummond ? D'où provenait l'arme du crime ? Pourquoi le vieux Dominici aurait-il tué cette famille ?