Chili : des élections sous l’œil des fantômes

Sebastian Piñera le soir du 13 décembre (photo AFP)
Sebastian Piñera le soir du 13 décembre (photo AFP)
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Sebastian Piñera, élu président


Les Chiliens se sont rendus aux urnes 17 janvier 2010 pour le deuxième tour de l'élection de leur Président, 18 sénateurs (la moitié de la totalité) et l’ensemble des 120 députés.

Le candidat de droite Sebastian Piñera, arrivé en tête au premier tour de la présidentielle avec près de 44 % des voix, l'emporte au second tour face au candidat du centre-gauche Eduardo Frei avec 51,6% des suffrages.

La victoire de Sebastian Piñera marquait le premier retour de la droite par les urnes depuis 51 ans.

Sebastian Piñera investi président du Chili

Élu en janvier dernier, Sebastian Piñera est investi le jeudi 11 mars, dans la peur, car de nombreuses répliques au séisme du 27 février se font sentir. Le nouveau président hérite d'un Pays cruellement détruit après le tremblement de terre et devra s'atteler très vite à la reconstruction.

Commentaire de Stéphane Leroyer

11 mars 2010 - 1'11
Sebastian Piñera investi président du Chili

Les candidats du second tour



Sebastian Piñera : la droite revient

.<br/>Homme politique et d'affaires milliardaire de 60 ans, Sebastian Piñera a été candidat de Rénovation Nationale (droite) à l'élection présidentielle chilienne de 2005, battu au second tour par Michelle Bachelet avec 46,50% des suffrages. Fils d'un ambassadeur figure de la démocratie-chrétienne, il est aussi le frère d'un ex-ministre de Pinochet. Il incarne à la fois l'alternance et l'ombre du passé.
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Homme politique et d'affaires milliardaire de 60 ans, Sebastian Piñera a été candidat de Rénovation Nationale (droite) à l'élection présidentielle chilienne de 2005, battu au second tour par Michelle Bachelet avec 46,50% des suffrages. Fils d'un ambassadeur figure de la démocratie-chrétienne, il est aussi le frère d'un ex-ministre de Pinochet. Il incarne à la fois l'alternance et l'ombre du passé.


Coup d'œil sur sa campagne en vidéo




S'il a pu réussir le plein des voix de droite, son problème semble aujourd'hui d'en conquérir à gauche. Au lendemain du premier tour, il citait comme un modèle le Président Lula.


Eduardo Frei : le cacique

.<br/>67 ans, fils du Président chrétien-démocrate Eduardo Frei Montalva sans doute assassiné en 1982 sur ordre de Pinochet, Eduardo Frei a lui même dirigé le Chili après le retour de la démocratie (1994 - 2000). <br/>Centriste, il incarne une classe politique vieillissante. Il s'est cependant forgé une réputation de gestionnaire sûr, d'homme politique habile, au style sobre et formel.
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67 ans, fils du Président chrétien-démocrate Eduardo Frei Montalva sans doute assassiné en 1982 sur ordre de Pinochet, Eduardo Frei a lui même dirigé le Chili après le retour de la démocratie (1994 - 2000).
Centriste, il incarne une classe politique vieillissante. Il s'est cependant forgé une réputation de gestionnaire sûr, d'homme politique habile, au style sobre et formel.


Coup d'oeil sur sa campagne en vidéo

Les ombres du passé


La mémoire muséifiée des victimes de la dictature

La mémoire muséifiée des victimes de la dictature
La présidente Michelle Bachelet aura eu le temps d'inaugurer avant la fin de son mandat un musée consacré aux victimes de la dictature du général Pinochet : 3200 morts ou disparus, et plus de 28 000 personnes soumises à la torture dont Michelle Bachelet elle-même, ainsi que sa mère...

JT TV5Monde, 12 janvier 2010
Récit Marian Naguszewski
1'57

Rappel

Rappel
Il y a vingt ans tombait la dictature d'Augusto Pinochet.

Son souvenir allait encore structurer durablement la vie politique chilienne.

Rappel historique par Jacob Schlupmann

Le Chili en quête de ses disparus

Plus d'un millier des disparus de la dictature n'ont toujours pas été retrouvés ou identifiés.

Le gouvernement chilien a lancé une campagne pour tenter de redonner une identité à certaines dépouilles. Grâce au sang donné par les familles, 70 corps ont retrouvé un nom...





Les assassins d'Eduardo Frei Montalva père peut-être rattrapés

SANTIAGO, 7 décembre 2009 (AFP) - Un juge chilien a pour la première fois évoqué lundi la thèse de l'assassinat dans l'enquête sur la mort en 1982 de l'ex-président du Chili (1964-70), Eduardo Frei Montalva, figure de proue de l'opposition au général Augusto Pinochet, au pouvoir de 1973 à 1990.
"La mort de l'ancien président a été provoquée par l'introduction graduelle de substances toxiques non conventionnelles, [qui] ont détérioré son système immunitaire", a déclaré le juge Alejandro Madrid.
Il s'exprimait après l'arrestation de six hommes, dont quatre médecins, impliqués selon lui dans la mort de l'ancien dirigeant démocrate-chrétien.
M. Frei Montalva était décédé le 22 janvier 1982 d'une septicémie dans une clinique de Santiago, où il avait subi deux mois plus tôt une intervention considérée comme bénigne pour une hernie.
Ses proches, à commencer par son fils Eduardo Frei, lui aussi ex-chef de l'Etat (1994-2000) et candidat de la coalition de centre-gauche au pouvoir pour la présidentielle de dimanche, dénoncent depuis longtemps un meurtre commis par la Dina, la police secrète de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990).
Trois des six prévenus sont poursuivis en tant qu'auteurs de l'assassinat : le médecin militaire qui dirigea l'opération, Patricio Silva, un ancien employé civil de l'armée, Raul Lillo, et l'ancien chauffeur et homme de confiance de la famille Frei, Luis Berrera. Un autre médecin qui a participé à l'opération, Pedro Valdivia, est inculpé de complicité d'assassinat.
En août 2006, Augusto Larrain, le médecin qui avait opéré Frei, avait rompu 24 années de silence en affirmant publiquement qu'il y avait eu une "main noire" derrière la mort de l'ex-président. Il avait évoqué un "agent chimique extérieur" qui avait aggravé son état de santé.


Espoirs et nuit du Chili, images d'archives





Revoir quelques moments historiques de la fin du pouvoir d'Allende, du coup d'état et de la transition...





L'absente : Michelle Bachelet



Née en 1951, et de lointaine origine française, Michelle Bachelet est la fille du Général de l’armée de l’air Alberto Bachelet arrêté après le coup d’État du 11 septembre 1973 et mort en prison, sans doute du fait de mauvais traitement, tandis que sa femme et sa fille étaient également incarcérées et torturées dans un autre centre de détention.

Elles se réfugient après leur libération en Australie. Michelle poursuivra ses études à Berlin avant de retourner en 1979 au Chili, ou elle devient médecin.

Socialiste, elle s’engage dans différentes organisations d’aide aux enfants de personnes torturées et disparues.

En mars 2000, le Président Ricardo Lagos en fait son ministre de la Santé, puis en 2002 de la Défense.

Le 15 janvier 2006, Michelle Bachelet remporte la présidentielle par 53,5% des voix contre 46,5% à son adversaire de droite Sebastián Piñera.

C'est la première fois en Amérique du Sud qu'une femme est élue présidente au suffrage universel direct.

Quatre ans plus tard, sa popularité demeure historique (plus de 75 %) mais la Constitution chilienne lui interdit de briguer un second mandat.



Les éliminés


Le trouble-fête : Marco Enriquez-Ominami

Il avait 3 mois lors du coup d'Etat de 1973. Un an plus tard, son père Miguel Enriquez, leader du mouvement d'extrême gauche MIR était assassiné par la dictature. De son enfance d'exil à Paris avec sa mère, il a gardé une parfaite maitrise du français. Ancien député socialiste, il a appartenu à la coalition gouvernementale mais il en est parti bruyamment. La presse la surnommé “discolo“, l'indocile.



Jorge Arrate : la Gauche radicale

Jorge Arrate, le candidat de gauche, allié au Parti communiste.

A 68 ans, il est lui aussi un socialiste dissident de la Concertation.

Il fut un collaborateur de Salvador Allende.



L'hommage du Chili à Victor Jara


SANTIAGO, 5 décembre 2009 (AFP) - Plusieurs milliers de Chiliens ont participé samedi aux obsèques, 36 ans après sa mort, du chanteur, poète et homme de théâtre Victor Jara, exécuté peu après le coup d'Etat de 1973, sur fond d'appels à rendre justice aux victimes du régime du général Augusto Pinochet.
Un cortège de plus de 3.000 personnes, arborant oeillets et drapeaux rouges, a accompagné le cercueil de Jara à travers le centre de Santiago vers le cimetière général de la capitale. L'artiste, enterré à la sauvette en 1973 une fois son corps récupéré secrètement par sa veuve, devait cette fois recevoir une digne inhumation, après une ultime cérémonie.
L'enterrement est le point culminant de trois jours d'hommage national au chanteur, qui ont mobilisé le monde des arts, de la culture, de la politique, mais aussi des milliers de Chiliens ordinaires, nostalgiques des ballades de Jara, un artiste engagé très populaire en Amérique latine au moment de sa mort, à 40 ans.



Cet hommage tardif fait suite à l'exhumation en juin de la dépouille pour des tests médico-légaux, dans l'espoir d'une avancée sur les circonstances de sa mort. Un ex-soldat âgé de 18 ans en 1973 a été inculpé en mai après des aveux partiels, mais il s'est rétracté et a été libéré sous caution.
La présidente socialiste Michelle Bachelet, s'associant vendredi aux hommages, a appelé à continuer de faire la lumière sur les victimes de la dictature de 1973-90, qui laissa plus de 3.100 morts ou disparus.
Arrêté dans les heures suivant le coup d'Etat du 11 septembre 1973 contre le président socialiste Salvador Allende, Victor Jara fut détenu dans le grand stade de Santiago avec quelque 5.000 personnes. Là, il fut frappé et torturé, ses doigts de guitariste brisés, avant d'être abattu à la mitraillette, avec d'autres détenus. Il était une des figures de proue d'un courant appelé "la nouvelle chanson populaire" en Amérique latine dans les années 1960-70.

Dossier réalisé par Pascal Priestley
décembre 2009