Chine : la destinée tragique des Ouigours

Originaires de Mongolie, les Ouigours sont un peuple turcophone de confession musulmane. C'est l'ethnie majoritaire dans la province chinoise du Xinjiang, en conflit depuis des siècles avec les Hans, les Chinois de souche.

Entretiens avec Rebiya Kadder, la dissidente emblématique et des spécialistes de cette région du globe, Jean Louis Rocca de Science Po Paris et Martine Bulard du Monde diplomatique.

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Rebiya Kadeer : “Je crois que le gouvernement chinois devrait négocier et je me battrai pacifiquement pour cela“

Rebiya Kadeer : “Je crois que le gouvernement chinois devrait négocier et je me battrai pacifiquement pour cela“
Rebiya Kadeer, dissidente ouigoure qui vit en exil aux États-Unis, revient sur les massacres de juillet dernier dans la province du Xinjiang. Qu'en est-il de la situation dans cette région turcophone de la Chine ? La dissidente ouigoure fait état d'une répression permanente. Elle parle des aspirations de son peuple à l'autodétermination.

JT - TV5Monde - 14 décembre 2009 - 06'51

“Les Ouigours, moins médiatisés que les Tibétains bouddhistes“

Martine Bulard, rédactrice en chef adjointe au Monde diplomatique, était au Xinjiang au mois de mai 2009. Elle revient sur les raisons du désintérêt de la Communauté internationale pour le comba



Comment expliquer que ce conflit assez ancien reste si peu connu et si peu médiatisé ?

Je pense que cela tient à trois choses : d’une part c’est l’extrême ouest de la Chine, une région beaucoup moins fréquentée. Donc qu’il y a une certaine méconnaissance de cette partie de la Chine. Ensuite, ce sont des musulmans, et pour des raisons historiques qu’on connaît bien, notamment depuis le 11 septembre, la défense des musulmans fussent-ils dans leur droit est quand même très minoritaire en France. Il y a toujours l’idée que derrière chaque musulman se profilent des extrémistes ou des proches d’Al Qaïda. C’est d’autant plus vrai qu’il y a eu 60 Ouïgours qui se sont retrouvés à Guantanamo. Mais on ne sait pas s’ils étaient liés à Al Qaïda. Enfin, jusqu’à présent il n’y avait pas de grande personnalité qui incarnait le mouvement ouïgour. Tout simplement parce que c’est un mouvement ancien et très divisé. Une partie est laïque et liée à l’ex-Union Soviétique et une autre, très religieuse qui est liée aux Turcs. On observe cependant une tendance à l’unification depuis quelques années.

Les Ouïgours ont-ils un personnage emblématique qui porterait le combat autant que le Dalaï Lama le fait pour les Tibétains ?

Je pense que la personnalité du Dalaï Lama tient au rapport que les occidentaux ont au bouddhisme depuis les années 1960. Ce lien est fortement valorisé. Chez les Ouïgours, il y a une personnalité qui est en train de naître : c’est Rebiya Kadeer. Une communiste qui a été membre du Congrès du Parti Communiste chinois à Pékin. Elle a essayé de faire bouger les choses de l’intérieur, mais s’est aperçue que la situation ne changeait pas. Après avoir été emprisonnée, elle a été expulsée aux Etats-Unis. Arrivera-t-elle à fédérer les différentes composantes de l’opposition ouïgoure ? Ce n’est pas si sûr, d’autant que la grande majorité des Ouïgours est plutôt pour une autonomie que pour une indépendance totale de leur peuple.

Les Ouïgours ont-ils des appuis assez forts de l’extérieur pour défendre cette cause ?

Du côté des républiques eurasiatiques (le Kazakhstan, le Kirghizistan), ils ne peuvent compter sur aucun appui. Ce sont des régimes peu démocratiques et très proches de Pékin, et donc qui exercent une répression sur leur peuple. Il est évident que le Congrès des Etats-Unis peut apporter un réel appui logistique et financier à Rebiya Kadeer et aux Ouïgours, mais en même temps, les Américains ne veulent pas une explosion de la Chine pour des raisons d’interdépendances économiques avec les Chinois. Ils ont des moyens de pression réciproque. Mais tout ceci ne peut pas aller bien loin.

Le régime de Pékin a-t-il des raisons de craindre ce soulèvement ?

Ce qui est à craindre c’est l’image d’harmonie que la Chine projette à l’étranger. C’est une région stratégique pour elle, et elle peut craindre des contagions. La Chine n’a pas intérêt à ce que la situation explose de manière régulière.

Propos recueillis par Christelle Magnout
8 juillet 2009

“Ils veulent recevoir les fruits de la croissance“

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Entretien avec Martine Bulard, rédactrice en chef adjointe au Monde diplomatique. Elle était dans la province du Xinjiang il y a un mois.

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3'10 - 8 juillet 2009

“Ils vivent une situation coloniale classique“

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Entretien avec Jean-Louis Rocca, spécialiste de la Chine à Sciences Po Paris, au CERI.

Journal de TV5
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