Chine : "Under the dome", une réalité nocive

En Chine, la pollution de l'air est une vraie problématique 
En Chine, la pollution de l'air est une vraie problématique 
© AP Photo/Ng Han Guan

"Under the dome" ("Sous le dôme"), un documentaire chinois sur la pollution de l’air en Chine fait le buzz sur internet. Incisif et critique, il a été vu plus de 150 millions de fois par les internautes. L'intérêt pour ce film traduit une prise de conscience réelle de la situation dans l'Empire du milieu. 

dans
Plus de 155 millions de vues en un weekend. Le documentaire « Under the dome » (« Sous le dôme »), réalisé par l’ancienne présentatrice de télévision nationale Chai Jing connaît un succès foudroyant. Dans sa vidéo, l’ex-présentatrice vedette dépeint une réalité percutante sur les causes et les conséquences de l’épais smog brunâtre qui embrume de manière endémique les villes chinoises.
 
A la manière d’Al Gore en 2006 dans le documentaire « An inconvenient truth » (« Une vérité qui dérange »), Chai Jing a réalisé le sien en mêlant vidéos et discours sur scène. Elle s’est également servi de sa propre expérience pour mener sa réflexion et son enquête.
 
Devant un public captivé, l’ex-présentatrice vedette raconte qu’elle a quitté son poste à la télévision lorsqu’elle a accouché de sa petite fille. Celle-ci a du se faire opérer immédiatement d’une tumeur, due à la pollution. Aujourd’hui, sa fille est sauvée mais Chai continue de s’inquiéter pour elle car l’air qu’elle respire est toujours aussi pollué. Elle explique qu’elle doit l’interdire d’aller jouer dehors presque la moitié de l’année.

"Under the dome" en version chinoise 

Chine pollution Under the dome
"Under the dome", le documentaire de Chai Jing, en version chinoise.

Réalité 

La Chine fait partie des plus gros pollueurs de la planète et est le premier émetteur de gaz à effet de serre. Le développement du pays a été fulgurant et "à l'heure actuelle encore, l'industrialisation de la Chine se fait au détriment de la qualité environnementale", assure Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l'IRIS. Selon une carte de la pollution de l'air en temps réel partout dans le monde, les taux de pollution en Chine sont "régulièrement 5 à 6 fois supérieurs​ à ceux admissibles en France". Et parfois, les pics de pollution aux particules fines ont atteint des niveaux trente à quarante fois supérieurs au seuil recommandé par l'Organisation mondiale de la santé.

Cette pollution est due notamment à la production d'électricité qui utilise le charbon (près de la moitié de la production mondiale). Jean-Vincent Brisset a vécu à Pékin entre 1990 et 1993. Il se souvient : "A l'époque, il fallait changer trois fois de chemises blanches dans la journée à cause de la poussière de charbon. (...) Et depuis ça ne s'est pas amélioré". 

L'augmentation du nombre de voitures est la deuxième cause de la pollution atmosphérique. "En l'espace de sept ans, le nombre de voitures à triplé, selon Le Monde, passant de 21 millions en 2005 à 74 millions en 2011. Aujourd'hui, une voiture fait son apparition dans le parc automobile chinois, toute les deux secondes". 

« Under the dome » dénonce donc cette dépendance au charbon, et le problème du nombre croissant des automobiles. Il pointe également du doigt le laxisme des gouvernements locaux qui refusent de fermer des aciéries sources d’emplois, la non-application des lois sur l’environnement et les amendes dérisoires pour les pollueurs. 

Des véhicules dans un épais nuage de pollution, à Pékin, le 25 février 2014
Des véhicules dans un épais nuage de pollution, à Pékin, le 25 février 2014
AP Photo/Ng Han Guan


Prise de conscience 

Face à cette réalité de plus en plus étouffante, la qualité de l'air un enjeu majeur de santé publique. Selon une étude de la revue médicale The Lancet de décembre 2012, la pollution atmosphérique aurait été à l'origine de 1,2 million de morts prématurés dans le monde en 2010. De leur côté, de hauts responsables retraités ont reconnu que 500 000 morts pouvaient être imputées à la pollution chaque année en Chine. Et selon le journal Le Monde, "à l'échelle de la planète, une personne sur trois qui meurt de la pollution est chinoise". 

C'est dans ce contexte que le gouvernement chinois a annoncé l'an dernier de nouvelles mesures pour lutter contre cette pollution atmosphérique : restriction de la circulation automobile dans les villes, fermeture des usines les plus polluantes, réduire la part des énergies fossiles... "Il y a un effort de fait par le gouvernement mais l'amélioration va moins vite que la progression de la pollution", souligne Jean-Vincent Brisset. De plus, l'Etat se heurte aux grandes industries du secteur énergétique qui voient ces initiatives comme un frein à leur économie.

Dans son documentaire de 103 minutes, Chai Jing dénonce ces grandes compagnies et leur manque de respect des réglementations. C'est pourquoi, dans son film, elle tente de développer davantage la responsabilité citoyenne de ses compatriotes. La journaliste interpelle notamment le spectateur sur la réelle nécessité de prendre sa voiture pour effectuer quelques centaines de mètre. 

Le documentaire se termine sur un appel (assez inhabituel dans un univers médiatique contrôlé) à agir pour changer la situation. Une initiative soutenu par le ministre chinois de la Protection de l'environnement, Chen Jining, qui a félicité publiquement Chai Jing, espérant que son documentaire "encouragera les individus à agir pour améliorer la qualité de l'air". Mais cet enthousiasme n'est apparemment pas partagé par l'ensemble du gouvernement. Selon Le Temps, le film serait toujours accessible sur l’Internet chinois, mais les médias nationaux auraient reçu consigne de cesser d’en assurer la publicité.