Chine : une loi contre un écran de fumée

Désormais, ceux qui ne respecteront pas la loi anti-tabac risquent une amende de 30 euros et le récidiviste verra son nom publié sur un site internet du gouvernement.
Désormais, ceux qui ne respecteront pas la loi anti-tabac risquent une amende de 30 euros et le récidiviste verra son nom publié sur un site internet du gouvernement.
(AP Photo/str)

Ce 1er juin, Pékin est en guerre.  Contre le tabac. Une nouvelle loi, particulièrement sévère,  entre en vigueur dans la capitale chinoise. Désormais, il est défendu  de  vendre en ligne du tabac aux mineurs,  interdiction  de fumer dans les cours d'école, les centres sportifs et la publicité pour les cigarettes devient illégale. Un changement d'époque ? Pas évident.

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300 millions de fumeurs, un tabagisme qui tue une personne toutes les 30 secondes, plus d'1 million de personnes meurent chaque année à cause de maladies liées au tabac, voilà pour les chiffres chocs.

La Chine veut donc  contrarier la terrible addiction de ses concitoyens et Pékin va servir de ville-laboratoire. Le gouvernement s'inspire  des législations des pays développés, à la grande satisfaction de l'OMS, qui se désespérait de la situation sanitaire du pays.

Le tabac est désormais banni de certains lieux en plein air, comme les enceintes scolaires, sportives ou celles des hôpitaux. Les publicités des grands cigarettiers sont par ailleurs prohibées dans cette métropole de plus de 20 millions d'habitants.

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	la Chine, premier pays producteur et consommateur de tabac est en queue de peloton de la lutte mondiale. <br />
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la Chine, premier pays producteur et consommateur de tabac est en queue de peloton de la lutte mondiale. 
(photo octobre 2012)
(AP Photo/Heng Sinith)
En 2011, sous pression de l'OMS, la Chine avait pourtant  adopté une loi interdisant de fumer dans les espaces publics. Mais aucune campagne de sensibilisation digne de ce nom n'avait été prévue et le texte est demeuré largement inappliqué. 
C'est que les réticences ne manquent pas.

Les boîtes de nuit, où la tabagie est commune, figurent en tête des lieux susceptibles d'être réfractaires, selon des experts.

L'Etat tire 7% de ses revenus de l'industrie du tabac : celle-ci lui a reversé l'an dernier 911 milliards de yuans (135 milliards d'euros), un montant colossal, en augmentation de 12% sur un an.

UNE COMPAGNIE DE TABAC QUI DEPASSE APPLE


La compagnie étatique China National Tobacco Corporation (CNTC) est de loin le premier cigarettier mondial, avec une production trois fois supérieure à celle de son premier concurrent, Philip Morris.
La très influente et opaque CNTC a un quasi-monopole sur le marché chinois. En 2012, son chiffre d'affaire d'environ 170 milliards de dollars dépassait celui d'Apple.
 
 

Les résidents peuvent signaler les personnes fumant dans les lieux publics et les agents chargés d'appliquer la loi mèneront des patrouilles dans les rues de Beijing (Pékin) pour que la loi soit respectée.

Les autorités viennent de doubler leurs taxes sur le tabac . Elles  passent de 5 à 11 %. En réalité, compte tenu de la hausse des revenus de la population, les cigarettes sont 70 pour cent plus abordables qu'auparavant..

Sur CCTV, Gregory Yingnian Tsang, spécialise de la lutte contre le tabagisme, estime que l’augmentation des taxes, qui rapportera un supplément de 87 milliards de Yuans dans les caisses de l’Etat,  ne suffit pas. " Cela risque de décourager les fumeurs à faible revenu comme les étudiants, les jeunes travailleurs et les agriculteurs mais il faudrait surtout que les recettes de cette taxe soient investies dans le secteur de la santé et, plus généralement, dans le domaine médical.


 

<span>Ce dimanche 31 mai 2015, un spectacle de rue près des bannières anti-tabac accrochées au Stade national,  lors de la Journée mondiale sans tabac à Beijing . </span>
Ce dimanche 31 mai 2015, un spectacle de rue près des bannières anti-tabac accrochées au Stade national,  lors de la Journée mondiale sans tabac à Beijing .
( AP Photo / Ng Han Guan )

Ce qui n’est pas gagné.

Une enquête réalisée en Chine en 2009 a montré que, dans le pays, respectivement 38% et 27% seulement des fumeurs savent que le tabac provoque des cardiopathies coronariennes et des accidents vasculaires cérébraux.

L'air de Pékin jugé dangereux

Grégory Yingnian Tsang préconise plusieurs pistes :

"Il y a des choses à faire. La première serait d'offrir une aide aux fumeurs qui veulent cesser de fumer. Ce serait aussi de  classer le tabagisme comme une maladie chronique  et par conséquent, les frais seraient payés par les programmes d'assurance. Nous devons renforcer les pratiques de sevrage tabagique afin les gens aient un endroit où aller. Il faudrait aussi ajouter des panneaux d'avertissement graphiques au-dessus des paquets de tabac. Ainsi, les fumeurs seraient découragés de fumer et il serait malvenu d’offrir à quelqu'un un paquet en guise de cadeau. Enfin, il faudrait séparer l'administration du monopole d'État du tabac et les sociétés de tabac chinois. L’interdiction de fumer est une chose, la promotion des ventes de paquet en est une autre ".

Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) le tabac a provoqué 100 millions de décès au XXe siècle et il en entraînera jusqu’à un milliard au XXIe siècle si la tendance actuelle se poursuit.

Si rien n’est fait, on déplorera chaque année, d’ici 2030, plus de 8 millions de décès dus au tabac, dont plus de 80% surviendront dans des pays à revenu faible ou intermédiaire.

Plus largement, la nouvelle campagne s'inscrit dans les efforts gouvernementaux pour combattre le fléau de la pollution atmosphérique à Pékin, qui suffoque dans un air fréquemment jugé dangereux. 

Une plaisanterie en vogue énonce d'ailleurs qu'"à Pékin il vaut mieux fumer, parce qu'au moins cela permet de respirer à travers un filtre".