Chronique BD : le dessinateur belge François Schuiten

Cette semaine en invité de notre chronique hebdomadaire de la bande dessinée, un grand maître de la BD belge : le passionnant, modeste et toujours enthousiaste François Schuiten. A l'occasion des 30 ans de sa série-culte, Les Cités Obscures, il fait don de la majeure partie de ses originaux à plusieurs institutions, dont la Bibliothèque nationale de France.

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Ce n’est pas à l'occasion d'une parution que Schuiten est sur notre plateau, mais pour son geste inédit et généreux. Le dessinateur vient de donner 80 % des ses planches originales et des travaux préparatoires à des musées. La fondation du roi Baudoin à Bruxelles, la BNF de France et le musée de la BD d’Angoulême héritent de ces inestimables cadeaux, que l’artiste a voulu protéger de l’usure du temps et de la spéculation.

François Schuiten, invité d'Isabelle Mourgère sur le plateau de TV5Monde
Chronique BD : le dessinateur belge François Schuiten

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On ne présente plus sa série Les Cités obscures, coécrite avec son ami de jeunesse Benoît Peeters, un chef d’oeuvre graphique qui nous emmène loin, très loin dans un univers parallèle. Les Cités obscures fêtent leur 30 ans. Dans ces oeuvres, la passion de Schuiten pour l'architecture atteint son apogée. Sa BD référente.

Sa dernière parution en date : La Douce, chez  Casterman. Ou l’histoire d’amour d’une "gueule noire" pour sa locomotive à charbon. Schuiten, une nouvelle fois, scrute le temps qui passe et le progrès qui secoue la société. Dans ses rêves qui pourraient devenir réalité, il souhaite réaliser un musée du chemin de fer à Bruxelles.

Mais François Schuiten est aussi scénographe, passionné d’opéra et d’opérette, et collabore à des films. Car pour lui la bande dessinée ouvre les portes et peut se mêler à tous les arts.



La Douce (2012) , L'archiviste (1987), L'enfant penchée (1996) ou La théorie du grain de sable (2007)... François Schuiten en images



François Schuiten

François Schuiten est né à Bruxelles le 26 avril 1956 dans une famille d'architectes. Il n'a que 16 ans lorsque ses planches sont publiées pour la première fois : Mutation, une histoire courte entièrement dessinée au Bic, paraît dans l'édition belge de Pilote. A l'atelier bande dessinée de l'Institut Saint-Luc, il rencontre Claude Renard, avec qui il réalisera deux albums: Aux médianes de Cymbiola et Le Rail, regroupés sous le titre Métamorphoses, paru chez Casterman. Avec son frère Luc, il élabore au fil des ans le cycle des Terres creuses dans Métal Hurlant. Trois albums sont parus à ce jour : Carapaces, Zara et Nogegon, bientôt réédités chez Casterman.

Depuis 1982, il travaille avec son ami d'enfance Benoît Peeters à la série Les Cités obscures, publiant successivement Les murailles de Samaris, La fièvre d'Urbicande, L'archiviste, La tour, La route d'Armilia, Brüsel, l'Echo des cités, L'enfant penchée, le Guide des cités, L’ombre d’un homme et La frontière invisible ainsi que The Book of Schuiten et les Portes du Possible (tous aux éditions Casterman). Ces albums, traduits dans une dizaine de langues, ont obtenu de nombreuses récompenses.

François Schuiten a également dessiné d'innombrables affiches, illustrations, sérigraphies et lithographies, et a réalisé une dizaine de timbres pour la poste belge. Il a collaboré à la conception graphique de plusieurs films, dont Taxandria de Raoul Servais, et est coauteur d'une série en animation de synthèse, Les Quarxs de Maurice Benayoun. Avec Benoît Peeters, il est le co-scénariste de deux documentaires-fiction : le Dossier B et l'Affaire Desombres. Parallèlement, il a scénographié l’opéra de Rossini, la Cenerentola, présenté à La Monnaie à Bruxelles ainsi qu’à l’Opéra de Lyon.

Il a réalisé de très nombreuses scénographies, dont la Ville imaginaire (Cités-Ciné Montréal), Le Musée des Ombres (présenté successivement à Angoulême, Sierre, Bruxelles et à Paris), ainsi que le Pavillon du Grand-Duché de Luxembourg à l'Exposition Universelle de Séville. On lui doit deux stations de métro : Porte de Hal à Bruxelles, et Arts et Métiers à Paris. Il fut le concepteur du gigantesque Pavillon des Utopies (A planet of visions) qui a accueilli cinq millions de visiteurs à l’Exposition Universelle de Hanovre en l'an 2000, ainsi que du pavillon belge à l'Exposition de Aïchi 2005. Il a aussi réalisé la scénographie de l’exposition-spectacle Le Transsibérien, présentée à Bruxelles au Musée du Cinquantenaire dans le cadre d’Europalia Russie. Avec Benoît Peeters, il s'est occupé à Bruxelles de la restauration et de l'aménagement scénographique de la Maison Autrique, premier édifice Art Nouveau du grand architecte Victor Horta.

François Schuiten a obtenu en janvier 2002 le grand Prix d’Angoulême, la plus haute distinction européenne dans le domaine de la BD.