Cinéma : la Corée du Nord fait trembler Hollywood

Image extraite de la bande annonce de “The Interview“ ©DR
Image extraite de la bande annonce de “The Interview“ ©DR

Les Etats-Unis accusent la Corée du Nord d’être à l’origine du piratage informatique de Sony. Face à cet "acte de cyber vandalisme", la réponse de Barack Obama "sera proportionnée" a-t-il déclaré. L’affaire a entraîné cette semaine l’annulation de l'adaptation d’une BD sur la Corée du Nord, après celle de la sortie de la comédie américaine The Interview. Explications. 

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« On aurait pu imaginer qu’une grosse multinationale résisterait devant les menaces d’une bande de hackers nord-coréens. Apparemment, ils ont su toucher là où ça fait mal. »  Une amère déception se lit dans les mots écrits par l’auteur de BD canadien Guy Delisle sur son blog. Son album intitulé Pyongyang (Editions L’Association, 2003), dans lequel il relate ses aventures de dessinateur en Corée du Nord, doit être adapté au cinéma. Le tournage devait commencer en mars prochain en Serbie, après deux ans de travail du réalisateur Gore Verbinski. Mais voilà que l’actualité s’en mêle. Fox a annulé le projet, jeudi 18 décembre.

« Aujourd’hui, savoir que tout ce projet tombe à l’eau me désole profondément », écrit Guy Delisle dans son post de blog titré « Adieu Hollywood ». Il poursuit : « Enfin, ce qui me désole surtout ce sont les raisons qui ont conduit à cette annulation. » 

L’auteur fait, ainsi, le lien entre la décision relative à sa BD et l’annulation de la sortie du film The Interview (L’Interview qui tue ! pour le titre français, voir notre article sur le film), annoncée par Sony Pictures Entertainment, ce mercredi 17 décembre. Leur point commun ? La Corée du Nord.

Dans cette comédie satirique à la sauce hollywoodienne, deux journalistes de télévision (interprétés par Seth Rogen et James Franco) décrochent une interview de Kim Jong-Un. La CIA les charge d'assassiner le dirigeant nord-coréen. 



En juin dernier déjà, le sujet du film déplaisait fortement aux autorités de Pyongyang. Kim Myong-chol, porte-parole officieux de la dictature, déclarait alors : « La réalisation et la diffusion d'un film mettant en scène un attentat contre notre dirigeant (...) constituent un acte de terrorisme et un acte de guerre absolument intolérables ». Il appelait les Etats-Unis à interdire ce film sous peine de s’exposer à « des représailles impitoyables ». 

La Corée du Nord aurait-elle mis ses menaces à exécutions … sur le net ? Les Etats-Unis annoncent, ce vendredi 19 décembre, avoir trouvé la réponse : « Le FBI a suffisamment de preuves pour conclure que le gouvernement nord-coréen est responsable de ces actions ». Par "ces actions", il faut comprendre le piratage informatique qui a visé la filiale cinématographique de Sony fin novembre. Pyongyang a pourtant nié, cette semaine, son implication... tout en félicitant les auteurs des faits.

Gardiens de la Paix

L’attaque informatique a été revendiquée par un groupe de pirates encore inconnu : les « Guardians of peace » (GOP ou  Gardiens de la Paix). Ils sont parvenus à mettre en ligne des documents, des mails confidentiels de dirigeants ou de collaborateurs du studio ainsi que cinq films parmi lesquels certains n’étaient pas encore sortis dans les salles. 

Dans un message publié sur le site Pastebin.com, les GOP ont réussi à faire trembler Hollywood et les spectateurs qui voulaient aller voir le film The Interview en menaçant d'acte terroriste au travers de leur propos : “rappelez-vous le 11 septembre 2011”. 

Les grandes chaînes de cinéma américaines comme Regal, AMC et Carmike ont alors refusé de diffuser le film dans leurs salles. Le studio hollywoodien Sony a cédé cette semaine face aux menaces, suscitant la colère chez certains acteurs comme l’Américain Steve Carell. Ce dernier tenait le rôle principal dans l’adaptation de la BD Pyongyang de Guy Delisle. Il a été l’un des premiers à commenter sur son compte Twitter l'annulation de la sortie de The Interview : « Triste journée pour la liberté d’expression. »

Sad day for creative expression. #feareatsthesoul

— Steve Carell (@SteveCarell) December 17, 2014


De son côté, l’écrivain brésilien Paulo Coelho a décidé d'offrir 100 000 dollars pour racheter les droits du film et le diffuser ensuite gratuitement sur son blog. Provocation ou réel amour du septième art ?  

I offer @SonyPictures 100k for the rights of "The Interview" I will post it free on my blog. Pls get in touch with me via @SonyPicturesBr

— Paulo Coelho (@paulocoelho) December 18, 2014


Steve Carell a également posté sur son compte Twitter une photo extraite du célèbre film Le Dictateur dans lequel Charlie Chaplin,qui incarne un tyran rappelant fortement Hitler, joue avec la terre. Une métaphore pour évoquer la Corée du Nord et son dirigeant Kim-Jung-Un, qui parvient à faire céder Hollywood menacé de pirates informatiques ? 

Chaplin pic.twitter.com/LE5w3f3HAs

— Steve Carell (@SteveCarell) December 18, 2014


Plus que la sécurité des spectateurs, les menaces des « Gardiens de la paix » auraient sûrement mis davantage en danger le porte-monnaie de Sony. Si le film, qui a déjà coûté 42 millions de dollars, n'était sorti que dans très peu de salles, il aurait pu se transformer en fiasco.

Les Américains ne prennent pas moins au sérieux ces menaces sur Hollywood venues de Corée du Nord et qualifiées « de grave affaire de sécurité » par la Maison-Blanche. Hasard du calendrier ? L’Assemblée générale de l’ONU a adopté, jeudi 18 décembre, une résolution afin de saisir la Cour Pénale internationale (CPI) pour des crimes contre l’humanité commis par le régime de Pyongyang.