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Cirque : ces animaux torturés que l'on applaudit

Les oursons sont attachés ou enchaînés ensemble à un mur. Ils sont ainsi forcés à se tenir droit, parfois pendant des heures, afin de les dresser à marcher sur leurs pattes arrières. S’ils ne peuvent rester debout tout seul, ils risquent de s’étrangler et de se pendre eux-mêmes.
Les oursons sont attachés ou enchaînés ensemble à un mur. Ils sont ainsi forcés à se tenir droit, parfois pendant des heures, afin de les dresser à marcher sur leurs pattes arrières. S’ils ne peuvent rester debout tout seul, ils risquent de s’étrangler et de se pendre eux-mêmes.
(capture écran association PETA)

Une vidéo de l'association PETA montre, pour la première fois, les tortures infligées aux animaux de cirque en Chine. Coups de fouet, coups dans la gueule, cages étroites, étranglement, rien se semble arrêter les bourreaux-dresseurs pour obtenir la docilité recherchée.

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Dans le flot continu des images d'actualité, le terrible le dispute souvent à l'atroce.
Les années de journalisme n'y font rien. On reste saisi par le génie humain qui consiste à multiplier les tortures pour faire souffrir, disparaître ou asservir l'autre. Hommes et femmes subissent un lot infini d'atrocités. Parmi elles, non moins grave, notre absence de compassion, quand ce n'est pas notre indifférence.

Les animaux qui, rappelons-le, ne parlent ni ne votent, connaissent eux aussi des violences à peine imaginables. Pour notre plaisir de spectateurs.
Par exemple, au cirque.
Le ravissement des enfants devant un éléphant assis sur un tabouret, la stupéfaction admirative qui nous prend lorsqu'un tigre, d'un bond, franchit des anneaux de feu, notre étonnement amusé à la vision d'un singe qui exécute quelques acrobaties malicieuses... Tout cela est le résultat d'un dressage puisque, bien entendu, ces exploits n'ont rien de naturel.
L'association Peta - faut-il encore présenter cette ONG qui milite pour le droit des animaux ? - vient de rendre publique une vidéo qui nous apporte quelque lumière sur les coulisses de ces dressages.
Rien de bien joli :


L'association précise  : "Un enquêteur de PETA Asie s’est rendu dans 10 cirques et établissements de dressage différents dans la ville de Suzhou, qui à elle seule comprend plus de 300 cirques... Par la violence et l’intimidation, les oursons étaient forcés de sauter par-dessus des objets, de marcher sur leurs mains et d’exécuter des tours qui les déboussolaient. (...) les oursons pleuraient, criaient, grognaient et gémissaient pendant le dressage. Ils résistaient à maintes reprises, mais les dresseurs tiraient sur les cordes qu’ils avaient autour du cou, les traînaient et les attrapaient par la peau du dos, leur hurlaient dessus et les forçaient à continuer."

"Cette ourse, que l’enquêteur surnomma Doudou, était tirée par la corde qu’elle portait autour du cou et marchait de force sur des barres parallèles. Si elle s’arrêtait ou se trompait, elle recevait un coup de bâton" précise PETA
"Cette ourse, que l’enquêteur surnomma Doudou, était tirée par la corde qu’elle portait autour du cou et marchait de force sur des barres parallèles. Si elle s’arrêtait ou se trompait, elle recevait un coup de bâton" précise PETA
(capture écran site PETA)

On peut juger de la grandeur d'une nation par la façon dont les animaux y sont traités.

                                                                                                            Gandhi                                                                                                           
Pourtant, depuis 2010, la République populaire de Chine interdit les spectacles impliquant "de la cruauté" vis-à-vis des animaux. Mais il s'agit du spectacle lui-même. On le voit, les coulisses de ces dressages si cruels ne font pas l'objet de spectacle. Nuance.

En octobre 2013, signe d'une certaine prise de conscience par les autorités, les défenseurs de la cause animale ont obtenu l’annulation d’un festival de cirque, à Jinan, la capitale de la province du Shandong, à l’est du pays.
Mais les mentalités évoluent lentement.
Témoin, cette nouvelle attraction au Grandview Shopping Center de la ville de Guangzhou. Cette fois, dans des conditions sanitaires effroyables, dans un espace réduit et bénéficiant d'un mince filet d'air en guise d'aération, un ours blanc est en vitrine.
 

L'animal, on le voit, est au supplice. Aucun moyen pour lui de se cacher, d'éviter les flashs des appareils photos ni d'échapper aux incessants tapotements des visiteurs sur la vitre. Comme il se doit, chacun veut son selfie. Et des dizaines de milliers de visiteurs passent jour chaque devant la prison de verre...

(Animals Asia)

Et les animaux en Europe ? Même cirque ?


En Europe, concernant les animaux du cirque, la situation est contrastée.
Le Parlement belge a adopté, le 18 décembre 2013, un projet de loi interdisant les animaux sauvages dans les cirques.
En Catalogne, il y a un an, le 22 juillet, le Parlement régional a voté l’interdiction des animaux sauvages dans les cirques.
En France, il existe un arrêté du 18 mars 2011 (version consolidée au 21 juillet 2016) qui fixe les conditions de détention et d'utilisation des animaux vivants d'espèces non domestiques dans les établissements de spectacles itinérants. Examinons quelques articles.
Le numéro 22 :
"Les animaux doivent être entretenus et entraînés dans des conditions qui visent à satisfaire leurs besoins biologiques et comportementaux, à garantir leur sécurité, leur bien-être et leur santé".
L'article 23 : "Les animaux doivent avoir la possibilité de se déplacer librement dans les installations extérieures chaque jour sauf si les conditions météorologiques ou leur état de santé ne le permettent pas."
L'article 34 : "Au cours du dressage, ne doivent être exigés des animaux que les actions, les performances et les mouvements que leur anatomie et leurs aptitudes naturelles leur permet de réaliser et entrant dans le cadre des possibilités propres à leur espèce"

C
e dernier article fait bondir, sans jeu de mots, les défenseurs de la cause animale. Parmi les cirques les plus célèbres en France, nombre de numéros sont exécutés avec des animaux dressés pour accomplir des figures acrobatiques sans réel rapport "avec leur anatomie et leurs aptitudes naturelles." 
Témoin,  cette photo prise dans un cirque à Paris :
Un éléphant lors d'une représentation au cirque d'Hiver Bouglione à Paris, il y a quelques années
Un éléphant lors d'une représentation au cirque d'Hiver Bouglione à Paris, il y a quelques années
© Frantz Vaillant / TV5Monde
S'agit-il de Vana Mana une éléphante d’Asie de 43 ans ? 

Cette attraction  était l'un des temps forts de la tournée "Bravo" du Cirque Bouglione. Mais son dompteur, un allemand, a été remercié le 4 janvier par Francesco Bouglione, le patron du cirque.
Quelques jours plus tôt, l'association britannique Animal Defenders International (ADI) avait publié  une vidéo montrant Vana Mana maltraitée et frappée par un soigneur, employé du dompteur.
L'ONG avait aussi diffusé un rapport de 28 pages sur les nombreuses maltraitances subies par le pachyderme. Innaceptable pour Francesco Bouglione qui avait alors déclaré :  "Nous ne pouvons pas cautionner cette maltraitance, même si chez nous Vana Mana a été très bien traitée. Le dompteur s’est défendu en affirmant que la vidéo de 2009 avait été commandée : un employé roumain aurait été payé pour introduire une caméra et même frapper la bête. Mais dans le doute on ne peut pas le garder."

En Chine, "les grands félins sont enfermés dans de tristes cages avec peu d’espace pour se retourner. Beaucoup étaient portaient des chaînes autour du cou et ne pouvaient faire que quelques pas dans chaque direction."
En Chine, "les grands félins sont enfermés dans de tristes cages avec peu d’espace pour se retourner. Beaucoup étaient portaient des chaînes autour du cou et ne pouvaient faire que quelques pas dans chaque direction."
(PETA)
Et si l'on arrêtait tout simplement l'emploi d'animaux sauvages dans les cirques ?
Après, tout, le plus rentable d'entre eux, le Cirque du Soleil, n'utilise jamais d'animaux.

Contacté par notre consoeur Audrey Garric,  journaliste spécialisée de la cause animale et des questions écologiques, Gilbert Edelstein, le PDG du cirque Pinder et président du syndicat national du cirque a balayé la question : "Les lois en France sont strictes et on les respecte. Nos animaux sont bien traités et ne sont pas malheureux. Sans compter que toutes nos bêtes sont nées en captivité : elles ne tiendraient pas longtemps dans la nature. (...)  Un cirque sans animaux, ça n’est pas vraiment un cirque. "
A bon entendeur...


Pourtant, l'Autriche et la Grèce ont déjà banni les animaux sauvages des chapiteaux. Une interdiction partielle – pour certaines espèces – existe en Allemagne, Hongrie, Danemark et Suède. Le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Suisse.
Pour PETA,  "il n'est plus acceptable de traiter les animaux comme des objets pour notre amusement". L'association pousse un nouveau coup de gueule. Outre la diffusion de cette vidéo-choc, l'ONG appelle désormais les citoyens français à adresser une lettre à leur maire afin d'interdire les cirques utilisant des animaux dans leur ville. Elle demande aussi aux internautes de prêter serment... avec eux-mêmes pour résister à la tentation :  "Je fais le serment de ne jamais assister à des spectacles de cirque qui utilisent des animaux. Chaque billet finance cette cruauté envers les animaux, et je refuse de soutenir cette activité violente et cruelle".

La cause animale est une longue croisade.