Climat : un accord à Genève pour préparer Paris

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AP Photo/Jim Cole

Ce 13 février, les représentants des 195 pays des Nations unies ont adopté un texte de négociation, en vue de la conférence de Paris sur le climat qui doit se tenir en décembre prochain. 

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Ce 13 février à Genève, onze mois avant la conférence de Paris sur le climat (COP21), les pays de la convention des Nations unies sur le climat ont adopté un texte de négociation. En décembre prochain, un tout premier accord multilatéral pour lutter contre le réchauffement climatique est espéré.
 
Le texte adopté a été largement salué comme base de travail. Mais face à la diversité de positions sur le sujet, d'intenses tractations sont attendues dans les prochains mois. Trois sessions de négociation sont d'ailleurs prévues d'ici à décembre. 
 
Le texte n'a pas été écrit en un jour. Les délégués de 195 pays étaient réunis depuis le 8 février au palais des Nations pour y travailler. Mais le texte lui-même avait été ébauché lors de la conférence de Lima en décembre 2014. En six jours de travail sous l'égide de l'ONU, il a plus que doublé de volume pour atteindre 86 pages. Les deux co-présidents des débats avaient en effet choisi de limiter les interventions sur le texte à l'ajout de contributions, et donc de remettre à plus tard sa plus délicate mission d'origine qui était de le réduire. "Après des consultations informelles, ils sont arrivés à la conclusion qu'il était plus sage de ne pas tout de suite passer à la réduction (du texte), mais plutôt d'inviter les parties à apporter des contributions", a expliqué à la presse la responsable climat de l'ONU Christiana Figueres. A présent, il "reflète les propositions faites par toutes les parties", a souligné M. Reifsnyder, l'un des deux co-présidents, saluant l'engagement de tous au cours de cette semaine.
 

"Restaurer la confiance dans le processus"

                  
"Nous quittons Genève avec un texte très long (...), mais c'est important qu'il reflète les points de vue et ait le soutien de tous", explique le Maldivien Ahmed Sareer, pour l'Alliance des petits Etats insulaires. "Après des années de faux départs et de promesses non tenues, restaurer la confiance dans le processus n'est pas une moindre réussite, nous revenons de loin", souligne-t-il. L'Union européenne, elle, a regretté que le texte n'ait pu être réduit, tout en qualifiant la semaine d'"importante pour garantir un texte de négociation", selon sa représentante Elina Bardram, qui évoque aussi d'"utiles conversations dans les couloirs".

Manifestation à Lima, lors de la conférence sur le climat, le 4 décembre 2014.
Manifestation à Lima, lors de la conférence sur le climat, le 4 décembre 2014.
©AP Photo/Maurizio Pinas
Les gouvernements se sont fixé depuis 2009 l'objectif de contenir l'élévation de la température mondiale à +2°C d'ici à la fin du siècle, par rapport aux niveaux d'avant la révolution industrielle. Cela implique de restreindre radicalement les émissions de gaz à effet de serre, chaque année plus importantes dans le monde. Si ces émissions se poursuivent, les scientifiques mettent en garde contre les effets dévastateurs d'un réchauffement de +4 ou 5°C en 2100 avec à la clé comme conséquences : désertification, inondations, ou encore montée du niveau de la mer.
 

A moins de 300 jours de la conférence de Paris, la route vers un accord ambitieux paraît longue. "Nous nous sommes mis d'accord sur un texte de négociation, c'est positif car c'est une base pour avancer", a dit à l'AFP Elina Bardram, la représentante de l'UE. Mais "les négociations difficiles sont devant nous et le temps manque". Mohamed Adow, de l'ONG Christian Aid, estime pour sa part : "Nous avons désormais un gros morceau d'argile, et les pays doivent commencer à sculpter s'ils veulent obtenir quelque chose dont ils soient fiers à Paris".

Notre correspondant Michel Cerutti explique quels écueils restent à éviter d'ici à la conférence de Paris :

Climat Genève Février 2015 Duplex Cerrutti
Date : 14.02.2015

"Beaucoup de travail"

 
Au cœur des divisions entre négociateurs depuis des années, la répartition de l'effort entre pays développés et en développement. Alors que Paris doit prendre le relais du protocole de Kyoto pour l'après-2020 en impliquant pour la première fois l'ensemble des pays dans l'effort de réduction des gaz à effet de serre, les pays en développement estiment qu'ils ne doivent pas être traités comme les pays industrialisés. Ils invoquent leur droit au développement et la "responsabilité historique" des pays riches dans le réchauffement. Ces derniers pointent quant à eux la part croissante d'Etats comme la Chine ou l'Inde dans les émissions mondiales.
 
Résultat : dans le chapitre "finances" du projet de texte, les options vont d'engagements précis des pays développés à un accord sans "engagements individuels et quantifiés". "Toutes les idées sont dedans, on n'a pas besoin d'en rajouter", souligne Laurence Tubiana, envoyée spéciale de la France chargée de préparer la conférence de Paris. Elle a souligné "la volonté intacte" de tous de parvenir à un accord. "Mais nous ne sommes pas entrés dans les discussions très difficiles", poursuit-elle. "Nous aurons trois sessions (de négociation) pour avancer radicalement si on ne veut pas de très mauvaises surprises à Paris. Donc beaucoup de travail".