Info

Climat : un an avant Paris 2015, quels enjeux ?

Hasard malencontreux ou signe inquiétant : la conférence de presse sur le changement climatique et l'énergie a eu lieu à la lueur des bougies
Hasard malencontreux ou signe inquiétant : la conférence de presse sur le changement climatique et l'énergie a eu lieu à la lueur des bougies

Les représentants des ONG les plus en pointe sur la lutte contre le changement climatique s'étaient donnés rendez-vous dans le centre de Paris, tôt ce 25 novembre. Au programme, les enjeux de la COP20 de Lima en décembre prochain, l'état des lieux sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et les attentes vis-à-vis de la Conférence Paris Climat 2015 (COP21).

dans
L'ambiance était détendue pour cette conférence de presse sur la COP20 de Lima et la COP 21 de Paris, malgré une panne d'électricité. En effet, le café dans lequel s'étaient réunis un trentaine de journaliste, de représentants d'associations et de la société civile pour écouter les constats de six représentants d'ONG sur le changement climatique était éclairé… à la bougie. Signe annonciateur d'un désastre à venir ou simple coïncidence ? Malgré une salle très sombre pour manque de lumière électrique, de nombreux sujets furent abordés, dont celui de l'énergie et des nombreux paradoxes qu'il engendre.

Un objectif final difficile à atteindre

Le principe rappelé en préambule de cette conférence de presse par Alix Mazounie, responsable des politiques internationales pour le Réseau Action Climat, est simple : "au delà du fait que cet accord doit permettre de stabiliser la température globale à moins de 2 degrés Celsius, l'objectif c'est de construire une sorte de maison, si possible à énergie positive, qui n'émet plus de gaz à effets de serre, qui ne consomme pas de pétrole, qui ne consomme pas de charbon et soit suffisamment grande pour abriter tout le monde." Cet objectif "final" est loin de sa réalisation, comme le rappelle tous les membres d'ONG, qui soulignent que "les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter, avec des pays du G20 qui n'ont toujours pas arrêté de subventionner les énergies fossiles."

Arrêter de subventionner le charbon

La France, qui veut, par le biais des récentes déclaration de son président, François Hollande "représenter l'excellence environnementale", devrait commencer par balayer devant sa porte : les aides publiques au charbon continuent via la Coface (Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur), et l'Elysée ne semble pas vouloir les stopper. Le grand écart français sur cette aide au charbon pour les investissements à l'étranger risque d'être difficile à justifier lors de la COP21 de Paris dans un an. A moins que d'ici là, la présidence française n'ait trouvé une solution pour reconvertir les 700 emplois d'Asltom dépendants du charbon… dans les énergies renouvelables ?

Un accord à Paris qui entre en vigueur en 2020

Les ONG le rappellent, ce qu'il sera décidé à Paris en 2015 ne devrait débuter que 5 ans plus tard, en 2020. Cette période de latence devrait être mise à contribution pour boucler de nombreux points, comme celui du financement. La conférence de Lima devrait permettre d'amener ces réflexions, particulièrement sur l'aide aux pays en voie de développement dans le cadre de la lutte contre le changement climatique.

Des engagements en dents de scie

Malgré les récentes avancées de pays "mauvais élèves" comme la Chine ou les Etats-Unis — prêts désormais à faire plus d'efforts — les engagements des uns et des autres devront être chiffrés et explicités. Ainsi l'engagement de Barack Obama de baisser d'au moins 26% les émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis en 2025 pourrait être tenu, mais grâce à l'exploitation massive de gaz de schiste en remplacement du pétrole.
L'énergie nucléaire, mise en avant par le GIEC dans son dernier rapport comme une solution pour combattre le changement climatique est aussi un problème que des ONG à l'instar de Greenpeace prennent tout à fait au sérieux : pour elles, le modèle de lutte contre le changement climatique doit être basé sur les économies d'énergie, la performance thermique et la généralisation des énergies renouvelables. Le but, selon eux, est d'arriver à la moitié du siècle, en France, à la sortie complète du nucléaire et aux 100% renouvelables.



Interview : Sébastien Blavier (Responsable éducation énergie-climat pour Greenpeace)

Que va-t-il se passer à Lima en décembre prochain, puis à Paris l'année suivante ?

Sébastien Blavier : Pour nous, que ce soit Lima ou Paris, ce sont des arènes de négociations qui sont indispensables, parce qu'elles lancent des signaux à travers la planète. Elles donnent des directions mais elles ne seront jamais suffisantes. Lima, en connaissant ces attentes là, doit donner les bases de ce qu'on peut attendre à Paris. C'est-à-dire à la fois sur la structure d'un accord, donc ce qu'il se passera après 2020, mais aussi avant. Il y a un enjeu de financement : comment est-ce qu'on structure le soutien aux pays en voie de développement pour lutter contre le changement climatique ? C'est à la fois réduire les émissions, mettre en place des structure viables et s'adapter au changement.

Vos structures ont des attentes particulières, pensent qu'il y aura des mesures contraignantes pour les Etats au sortir de ces conférences ?

S.B : On est sorti de l'ère où l'on peut avoir des protocoles internationaux sans organes de règlement des conflits par exemple. Il y a une chose qui est claire : quand on parle de climat, on parle d'énergie, on parle d'économies, de finance, donc le costume de la négociation en termes de contraintes et sanctions sera toujours trop petit. C'est plutôt l'engagement des pays à mettre sur la table ce qu'ils seront capables de faire chez eux qu'on attend. On voit bien que si le protocole de Kyoto était contraignant pour ceux qui ne jouaient pas le jeu, rien n'avait été prévu pour ceux qui décidaient d'arrêter de jouer, comme le Canada qui s'est retiré de ces accords. On a retenu la leçon, il n'y aura donc pas de baguette magique avec un super gendarme.

Vous êtes plutôt optimiste ou non, sur ce que la COP21 de Paris 2015 pourrait engendrer ?

S.B :
Tout dépend du contenu de l'accord. De son sérieux. Le modèle énergétique est au cœur de cette préoccupation. Pour nous, il faut acter le début de la fin des énergies fossiles, c'est-à-dire qu'à long terme, nous devons aller vers un monde et une transition qui soit juste mais 100% renouvelable. A moyen terme, donc 2025, il faut définir quels objectifs les pays mettent sur la table et à 2020 comment on augmente la voilure, comment on fait mieux. J'aurais tendance à dire qu'on est résolument optimiste puisque ça dépend de ce qu'on en attend. On est optimiste sur ce que ça peut permettre d'atteindre. Ce n'est pas une baguette magique, on ne sauvera pas la planète en 2015, c'est certain. Mais c'est indispensable d'aller vers ces objectifs.