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Comment les Etats obtiennent la libération de leurs otages

En matière d'otages, la France a la réputation de verser assez facilement des rançons aux ravisseurs. À l'inverse, les États anglo-saxons - le Royaume-Uni en tête - revendiquent une approche plus ferme, assurant ne jamais payer de rançon. Analyse des méthodes.

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Photos des deux journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot, otages en Irak en 2004 - AFP.
Photos des deux journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot, otages en Irak en 2004 - AFP.
Alors que le secrétaire général de l'Elysée avait déclaré peu après leur enlèvement que les deux journalistes « n’avaient rien à faire là où ils se trouvaient » et que le gouvernement avait recommandé la plus grande discrétion, aujourd'hui la stratégie affichée semble tout autre.

En visite à Kaboul, le nouveau ministre de la Défense Alain Juppé a ouvert publiquement le dossier des otages à Kaboul. Selon ses propres déclarations, il a obtenu le soutien du président afghan Ahmid Karzai. « Tout le monde est mobilisé, y compris nos troupes ici sur le terrain mais aussi tous ceux qui négocient », a affirmé le ministre français. Voici une volonté affichée de prendre ce dossier complexe à bras le corps.

Il faut savoir, qu'en matière d'otages, la France a la réputation de faire beaucoup pour obtenir la libération de ses concitoyens jusqu'à même payer les rançons aux ravisseurs, notamment après les cas très médiatisée des journalistes Florence Aubenas, Christian Chesot et Gorges Malbrunot qui ont été détenus, dans différentes circonstances, plusieurs mois en Irak.

De même, l'Espagne n'est pas très réticente à verser de l'argent. Selon l'AFP, Madrid n'a jamais refuté de manière catégorique les informations crédibles selon lesquelles elle avait versé près de 8 millions d'euros à Aqmi (Al-Qaida au Maghreb islamique) pour obtenir en mars et en août derniers la libération de trois humanitaires enlevés en Mauritanie puis retenus dans le nord du Mali. L'Autriche et l'Italie auraient aussi versé des rançons pour des otages enlevés au Sahel en 2009 et 2010.

LES ETATS-UNIS PLUS DURS EN AFFAIRES

A l'inverse, cette stratégie de la rançon est vigoureusement rejetée - du moins dans les déclarations officielles - par la plupart des pays anglo-saxons. Aux Etats-Unis, « le gouvernement a pour habitude de ne pas négocier directement avec les terroristes", explique le journaliste américain Matthew Sanchez qui a réalisé plusieurs reportages en Afghanistan pour la chaîne conservatrice FoxNews. "Il passe le plus souvent par un tiers. On peut dire que les Etats-Unis sont beaucoup plus "durs en affaires" que la France. Il est rare que des rançons soient versées et quand c'est le cas elles sont versées à une tierce partie.»

Et pourquoi une telle politique ? « Dès qu'un Etat accepte de donner de l'argent à des ravisseurs, il entre dans un cercle vicieux, précise Matthew Sanchez. Il encourage le kidnapping et fait monter le prix des otages. Pour les Etats-Unis, la priorité ce n'est pas l'efficacité mais la sécurité. Dans le cas des deux otages français en Afghanistan, il est claire que le gouvernement américain s'y prendrait complétement différemment pour obtenir leur libération et peut-être même qu'il ne s'y impliquerait pas de manière officielle puisqu'il s'agit de journalistes indépendants du gouvernement.»

Au Canada, l'approche est similaire. « Nous avons beaucoup moins de concitoyens pris en otage que la France mais l'Etat canadien cherche le plus souvent des solutions diplomatiques, s'appuie notamment fortement sur les Américains et déclare ne payer aucune rançon », explique le journaliste québécois Christian Rioux, correspondant du Devoir à Paris.

Même ligne directrice au Royaume-Uni qui proclame ne jamais négocier avec les preneurs d'otages. Une information impossible à vérifier mais, selon l'analyse de l'AFP, « les prises d'otages de citoyens britanniques se terminent souvent dans le sang, comme dans le cas d'Ewin Dyer, décapité par Aqmi en juin 2009 ».