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Comment se porte le français comme langue de travail au Québec ?

Illustration : Radio Canada

Deux études récentes confirment que le francais reste très majoritairement la langue au travail pour les Québécois mais son usage a un peu diminué au profit de l'anglais dans la grande région montréalaise où les travailleurs sont de plus en plus nombreux à se servir autant du français que de l'anglais dans leur travail.

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Le 22 novembre dernier, le gérant de la boutique ADIDAS sur la rue Ste-Catherine, en plein centre-ville de Montréal, inaugure le commerce qui rouvre ses portes après des rénovations.  Dans son discours, il prononce quelques mots en français pour, dit-il, « accommoder » les médias francophones présents et les autorités municipales. Mais tout le reste se fait en anglais. L’affaire a soulevé un tollé au Québec et devant l’indignation généralisée, et des dirigeants politiques, et de nombreux québécois qui ont appelé au boycottage de la marque, la compagnie Adidas s’est dit désolée. Un incident qui illustre bien toute la problématique de la langue française au Québec, sa fragilité et la nécessité de la protéger adéquatement, surtout dans la grande région de Montréal.

Le français rest très majoritairement la langue de travail au Québec

Ceci dit, une étude menée en 2016 par l’Office québécois de la langue française du Québec, l’OQLF, organisme chargé de veiller à la bonne application de la Charte de la langue française, révèle que 89% des Québécois travaillent principalement en français ( 67,3% travaillent de manière exclusive ou générale à 90% et plus du temps en français, 21,7% le font de manière régulière entre 50 et 89% de leur temps de travail ). 
L’étude montre également que l’usage du français au travail a progressé chez les Anglophones et les Allophones et qu’il y a somme toute peu de variation dans l’usage des langues de travail au cours des vingt dernières années. 

Une situation confirmée par Statistique Canada


Statistique Canada de son côté vient de rendre publique des données tirées du dernier recensement datant de 2016 sur l’usage des langues par les travailleurs canadiens. 
L’organisme confirme qu’au Québec, 94,4% des travailleurs utilisent le français à leur travail. Mais le nombre de travailleurs québécois qui utilisent essentiellement le français est en baisse : il est passé de 82 en 2006 à 79,7% en 2016, un phénomène qui s’explique par l’augmentation du nombre de travailleurs qui utilisent autant l’anglais que le français au travail. Ce sont surtout des travailleurs qui sont dans des secteurs scientifiques et techniques dans lesquels l’anglais est fréquemment utilisé. 

La spécificité montréalaise

Dans l’usage de la langue française au travail, on peut très clairement parler d’une spécificité montréalaise : selon l’étude de l’OQLF, les Québécois qui habitent dans la grande région de Montréal parlent plus souvent anglais au travail que les autres Québécois : « Ce phénomène est sans doute attribuable dans une large mesure à la concentration des allophones et anglophones dans cette région et au fait qu’on trouve à Montréal, métropole et plus important centre économique du Québec, plus que partout ailleurs au Québec, un plus grand nombre d’entreprises de grande taille, notamment des sièges sociaux et des multinationales » écrivent les auteurs de l’étude. Une spécificité confirmée par les données de Statistique Canada : entre 2006 et 2016, l’utilisation prédominante du français à Montréal est passée de 72,2% à 69,6% mais celle de l’anglais a aussi diminué. Explication : de plus en plus de travailleurs montréalais utilisent maintenant autant le français que l’anglais. 
C’est donc l’augmentation de ce « bilinguisme » dans les milieux de travail montréalais qui expliquent la légère baisse d’utilisation prédominante du français par les travailleurs québécois. 

« Il y a des secteurs d’emploi où on utilise davantage l’anglais et ce sont des secteurs qui sont en croissance » précise l’analyste de recherche principal de Statistique Canada Jean-François Lepage.

Fini le  "Hi ! Bonjour !" 

Montréal et sa région sont clairement à part sur le plan linguistique au Québec. Il suffit d’aller « magasiner » - comme on dit au Québec – dans les magasins du centre-ville de Montréal ou les centres commerciaux de la grande région montréalaise pour se rendre compte de ce bilinguisme : le client se fait accueillir, plus souvent qu’autrement, par un « Hi, bonjour » dans les commerces. Une situation qui a fait les manchettes au cours des derniers jours et qui a été abordée au sein même de l’Assemblée nationale du Québec, sur l’initiative du Parti Québécois, le parti qui prône la souveraineté du Québec, qui voyait dans cette formule d'accueil un symbole de la généralisation du bilinguisme et une menace à la langue française. Le PQ a donc présenté une motion qui vient d’être adoptée à l’unanimité par les députés québécois et qui préconise que seul le mot "BONJOUR" soit utilisé pour accueillir un client dans un commerce au Québec.  

L’usage de la langue française est un sujet fréquemment abordé à l’Assemblée nationale du Québec ces dernières semaines, le premier ministre Couillard et son gouvernement sont accusés de ne pas assez se porter à la défense du français et de faire preuve de laxisme en la matière par l’opposition officielle, en particulier le Parti Québécois. 

"Le français se porte bien au Québec" réplique Philippe Couillard qui ajoute toutefois qu’il faut être vigilant. "Est-ce qu’il faut continuer d’être vigilant ? Oui. Est-ce qu’il faut continuer d’investir dans la francisation ? Bien sûr, c’est ce qu’on fait. Est-ce qu’il faut continuer à veiller au grain pour s’assurer qu’on a toujours des mesures qui renforcent le français dans l’espace public ? Bien sûr. Mais de dépeindre la situation comme une catastrophe ou une crise, ce n’est absolument pas conforme à la réalité" a-t-il ajouté.  

Réagissant à l’incident Adidas, il avait toutefois pris soin de préciser : "Le signal des chefs d’entreprise doit être clair : la langue de travail au Québec, c’est le français. Dans la métropole du Québec, on parle français". 

Point à la ligne.