Conflit étudiant au Québec : vers une loi spéciale

Coup de tonnerre pour les étudiants québécois en grève mercredi 16 mai au soir : la ligne dure aura finalement gagné au sein du gouvernement québécois. Le Premier ministre Charest a annoncé le dépôt d’un projet de loi spéciale pour mettre fin au conflit étudiant qui dure depuis 94 jours. Il devrait être déposé d’ici le 19 mai à l’Assemblée nationale où il sera sans aucun doute adopté.

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Des étudiants face à la police le 5 mai 2012 à Victoriaville, au Canadaal (AFP/Archives)
Des étudiants face à la police le 5 mai 2012 à Victoriaville, au Canadaal (AFP/Archives)
Ce projet de loi prévoit la suspension de la session d’hiver dans les 14 collèges et les départements des 11 universités où les étudiants sont en grève, cette session sera reprise en août jusqu’en septembre. 

La loi spéciale prévoit que les étudiants de ces établissements qui voudront retourner en cours pourront le faire en toute sécurité. Les étudiants en grève, eux, ne seront pas forcés de revenir en classe mais ils n’auront pas le droit d’interdire l’accès aux établissements des étudiants qui veulent retourner en cours, sinon ils s’exposeront à des arrestations et surtout à des amendes salées de plusieurs milliers de dollars. 

« Il est temps que le calme revienne, la situation actuelle a duré trop longtemps » a dit le Premier ministre Charest lorsqu’il est venu présenter sa décision à la presse, en ajoutant que l’éducation était un droit. Jean Charest estime que son gouvernement a fait preuve d’écoute et d’ouverture envers les étudiants, qu’il a proposé plusieurs mesures pour compenser cette hausse des frais de scolarité et il juge que les associations étudiantes, elles, ne sont pas prêtes à de réelles ouvertures. 

Le Premier ministre croit que cette loi spéciale va permettre de ramener le calme sur les campus – ces derniers jours, les interventions des policiers dans les établissements qui voulaient reprendre les cours ont été très musclées et la tension était très vive. Jean Charest a précisé que les canaux de communications n’étaient pas coupés avec les étudiants. 

Bref, un message d’autorité et un appel au calme et au retour à l’ordre… du côté gouvernemental. Mais c’est clair que là, le gouvernement vient de sortir son bazooka pour tenter de neutraliser la grosse mouche qui bourdonne depuis trop longtemps dans ses oreilles. 

Colère et déception chez les étudiants grévistes

La réaction des étudiants a été rapide : pendant qu’ils défilaient par milliers à Montréal et à Québec, les leaders des trois associations étudiantes sont venus dire leur colère et leur déception. Ils ont dénoncé d’une seule voix cette loi spéciale qu’ils ont l’intention de contester devant les tribunaux. 

« Le gouvernement vient de mettre le feu aux poudres, le premier ministre a perdu tout sens de la retenue, c’est au visage d’une génération en entier que les Libéraux crachent » a déclaré Gabriel Nadeau-Dubois, le porte-parole de la CLASSE.

« Les étudiants vont s’en souvenir aux prochaines élections, a dit de son côté Martine Desjardins, la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec, le gouvernement vient de creuser encore davantage le fossé avec la jeunesse du Québec ».

Léo Bureau-Blouin, le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec, a déploré ce geste du gouvernement et a dit perdre toute confiance envers les élus et les institutions démocratiques, un avis partagé par ses deux collègues.

Même le porte-parole des étudiants qui ne sont pas en grève a dénoncé cette loi spéciale. 
Les leaders des associations étudiantes maintiennent la mobilisation et appellent à la poursuite des manifestations, notamment une grosse manifestation le 22 mai à Montréal. 

De l'huile sur le feu

Ces appels à la mobilisation et à la poursuite des manifestations prouvent à quel point les étudiants en grève sont motivés et il semble de plus en plus clair que cette loi spéciale ne va jeter que de l’huile sur un feu déjà bien alimenté et ce, même s’il est allumé depuis plus de trois mois. 

Rappelons que les étudiants en grève réclamaient, pour accepter de retourner en cours, un moratoire sur la hausse des droits de scolarité et la tenue d’États généraux sur l’éducation l’automne prochain afin de discuter du financement des universités. 

Le gouvernement vient de rejeter ces demandes du revers de la main et il tente de mettre le couvercle sur une marmite en pleine ébullition. L’été risque d’être chaud au Québec…  

Le conflit étudiant en chiffres

La grève touche 14 collèges sur les 48 que compte la province, ainsi que plusieurs facultés de 11 universités sur 18. 

Actuellement 70% des étudiants ont terminé leur session d’hiver ou sont sur le point de la terminer et quelque 30% des étudiants sont en grève, soit un peu plus de 150 000 étudiants. 

Par contre, selon les associations étudiantes, 80% des étudiants du Québec sont contre l’augmentation des frais de scolarité, même s’ils ne sont pas tous en grève. 

Plus de 190 manifestations se sont tenues à Montréal depuis le début de la grève, le mouvement étudiant se déroule d’ailleurs principalement dans la région montréalaise. 

Le mouvement dure depuis 94 jours – en date du 16 mai - c’est le plus long conflit du genre dans l’histoire du Québec.